Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Elections 2006 : le point de non retour

Kinshasa — La machine électorale est en marche. Le dernier développement des actions menées par la Commission électorale indépendante a été présenté le mercredi 31 mai par l'Abbé Malumalu, président de la Cei, lors d'un déjeuner de presse.

L'élément principal à retenir de cette rencontre c'est que, selon la Cei, le processus électoral est arrivé au point de non retour. Les élections, du moins présidentielle et législatives, auront lieu le 30 juillet 2006.

La Commission électorale indépendante, Cei, annonce le démarrage depuis le 1er juin 2006, des opérations d'accréditation des journalistes en rapport avec les élections, conformément au calendrier électoral du premier tour des élections présidentielle et législatives. Fait confirmé par l'Abbé Apollinaire Malumalu, président de la Cei, lors d'un déjeuner de presse. Il a saisi cette opportunité pour affirmer que le calendrier électoral demeure d'application. Bien plus, les préparatifs vont bon train et que le déploiement des urnes à travers le pays a déjà commencé. Il invite toutes les parties à faire preuve de bon sens, surtout aux partis politiques de bien préparer leur électorat en conséquence.

En ce qui concerne le timing pour l'impression des bulletins de vote, le président de la Cei a affirmé que tout se passe normalement. «Les maquettes, les spécimen pour l'élection présidentielle, tout s'exécute normalement et les urnes de couleur orange pour l'élection présidentielle sont fin prêtes. Les élections se dérouleront le 30 juillet 2006», a confirmé le président de la Cei.

Le défi sera-t-il relevé? Qu'adviendra-t-il si une décision politique décidait des concertations? Quels sont les rapports avec l'Eglise catholique? Voilà autant d'interrogations qui ont soutenu cet échange de vues avec la presse, et le président de la Cei a reconnu les efforts accomplis par elle dans ce processus électoral.

50 MILLIONS DE DOLLARS DE LA RSA

Cette rencontre a permis d'apprendre que l'Afrique du Sud s'est impliquée plus concrètement pour que des élections aient lieu en République démocratique du Congo. Ayant tiré les leçons de son dernier séjour en Rdc, et ses rencontres avec les leaders de la classe politique, le président Thabo Mbeki a pesé de tout son poids auprès de son gouvernement pour obtenir des ressources financières qui s'élèvent à 50 millions de dollars, contribution de l'Afrique du Sud. Cet argent est affecté à l'impression des bulletins de vote, à l'acquisition des avions de plusieurs types pour acheminer toute la logistique nécessaire dans les 14 sites qui reviennent à l'Afrique du Sud. Les autres sites seront desservis par les avions de la Monuc qui sont déjà à pied d'oeuvre. En plus, le gouvernement sud-africain, a mobilisé sa Commission électorale pour qu'elle soit à la disposition de la Cei. Environ 300 personnes apporteront leur expertise à la Cei. L'Afrique du Sud est convaincue que la Rdc ne p eut rater cette opportunité et qu' il faudra peser de tout le poids nécessaire pour que les élections aient lieu.

LA RDC AU CENTRE DES ENJEUX

Ce qui est intéressant, c'est qu'il ne fait plus l'objet d'aucun doute que la Rdc est au centre des enjeux régionaux et internationaux. Voilà pourquoi la tenue de ces élections est suivie de très près tant par les nationaux que les partenaires extérieurs.

Si ces élections ne ressemblent pas à «Davos» ou à «Rambouillet», les deux villes qui ont décidé de la situation en Afghanistan et à l'ex-Yougoslavie, les Congolais devront se mettre en tête que c'est en peu cela. Certes, les partenaires extérieurs ont apporté de l'aide substantielle à l'organisation de ces élections. Ils tiennent à ce qu'elles aient lieu pour sortir du tunnel et mettre en place un Etat classique afin que chacun trouve son compte. Ainsi, l'Union européenne joue son va tout et appelle à un succès de ces élections. Les Etats Unis observent et «dans ce marché de grandes puissances», chacune a son rôle à jouer. Voilà qui explique ce ballet diplomatique ininterrompu qui sera complété dans les prochains jours par l'arrivée de la délégation du Conseil de sécurité des Nations Unies. Certainement qu' elle viendra sceller le sort de la Rdc sur le plan international.

ET LES CONCERTATIONS?

La question est toujours d'actualité. Elle n'a pas été éludée au cours de cette rencontre. Cependant, le président Malumalu s'en tient à son rôle technique. Si les acteurs politiques expriment le désir de se concerter, la Cei ne voit aucun inconvénient. Mais que cela se répercute sur le calendrier électoral, la Cei refuse pour le moment d'y penser au regard de plusieurs contraintes, des enjeux régionaux et internationaux à ne pas sous-estimer.

Ici intervient le concept de «Communauté internationale». Qui a financé réellement ces élections et pourquoi? D'où viennent toutes ces ressources mises à la disposition de la Rdc? Ces questions sont pertinentes et il serait largement positif que les acteurs politiques se les posent pour une meilleure perception des faits politiques, évitant ainsi de naviguer à courte vue.

Il serait aussi intéressant de jeter un regard rétrospectif sur l'histoire de notre pays et ceux de l'Afrique. Qu'en est-il de la Commission nationale électorale décidée par la Conférence nationale souveraine? Pourquoi n'a-t-elle pas fonctionné? Comment les partenaires extérieurs se sont-ils comportés vis-à-vis du Togo, de la Côte d'Ivoire et que s'est-il passé? Pourquoi la Somalie est-elle en train de s'embraser? Autant d'interrogations pertinentes.

Mais il est vrai que la sensation nationale est aussi forte et qu' il faudra la prendre en compte dans l' organisation des élections. Cependant, qui doit gérer cette sensation nationale pour que des élections aient effectivement lieu? Les acteurs politiques l'ont-ils fait pour sceller la réconciliation nationale en vue d'un processus électoral inclusif? Autant d'interrogations qui soulèvent plus d'inquiétude. On se trouve alors devant cette alternative : les élections ou le chaos.

Des sources concordantes, les partenaires extérieurs ne sont plus disposés à mettre la main dans la poche, car fatigués de turpitudes de la classe politique. Ils voient dans cette demande de «concertations», un «Dialogue plus» pour ouvrir la boîte à Pandore. Ce qui ne les arrange pas du tout..

L'EFFET MONSENGWO

A cette évocation, l'Abbé Malu Malu renvoie tout le monde aux principes canoniques. Comme pour dire qu'il n'existe pas de problème entre lui et Mgr Monsengwo, tous deux soumis au Droit canonique.

Bien au contraire, la Cei se réjouit du travail de sensibilisation de la Loi électorale abattu par l' Eglise catholique qui invite la population à voter utile. Ce qui est un bon signe pour la tenue et les résultats des élections. Certes, il y a eu certaines interprétations, mais la Cei continue à dialoguer avec tout le monde, et particulièrement avec l'Eglise catholique pour parvenir à un résultat positif, a conclu Malumalu.

Ceci étant, pour la Commission électorale indépendante, le processus électoral est arrivé au point de non retour.


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