Kinshasa — Les 32 mercenaires ( 19 Sud-Africains, 10 Nigérians et 3 Américains) présentés à la presse par le ministre de l'Intérieur, Théophile Mbemba, le mardi 23 mai, reçoivent l'ordre de quitter le territoire national. Arrêtés à Kinshasa par les services de sécurité, alors qu'ils prestaient pour le compte d'une société de gardiennage dénommée "Omega", ils étaient accusés de fomenter la déstabilisation des institutions de la république et la perturbation du processus électoral.
Les observateurs pensent que la Rdc, par le biais du ministère de l'Intérieur, vient de se débarrasser de présumés putschistes fort encombrants. En effet, l'affaire semblait prendre un mauvais tournant politico-diplomatique avec des réactions négatives en chaîne des ambassadeurs des pays d'origine des intéressés.
Le Nigérian Onourah Obodize a fait ce commentaire interpellateur: " Comment comprendre que le Nigeria, qui forme des agents de renseignements pour le compte de la Rdc, puisse en même temps permettre à ses ressortissants de venir la déstabiliser ?" Quant à son homologue sud-africain, Sissa Ngombane, il s'est voulu plus conciliant: " Nous ne manquerons pas d'apporter toute l'assistance nécessaire à la Rdc en cas de confirmation d'une éventuelle culpabilité des ressortissants sud-africains dans cette affaire. Le processus électoral doit aller jusqu'à son terme en Rdc".
On croit savoir que le sentiment croissant de doute exprimé tant par l'opinion congolaise que les milieux diplomatiques n'était pas de nature à conduire à une longue détention des 32 mercenaires et surtout à l'ouverture d'un procès.
Ruberwa fâché contre Th.Mbemba
Azarias Ruberwa, Vice-président de la République en charge de la Commission Politique, Défense et Sécurité, donne une conférence de presse ayant pour cible nominativement désignée Théophile Mbemba Fundu, ministre de l'Intérieur. De un, il lui reproche d'avoir privatisé le dossier des soi-disant 32 mercenaires soupçonnés d'avoir voulu décapiter l'architecture institutionnelle issue de l'Accord Global et Inclusif. Très réservé sur la thèse du complot d'Etat, le président national accuse le ministre de l'Intérieur de "complaisance" dans le traitement d'un dossier jamais examiné et discuté au niveau du gouvernement.
"Ce qui choque, dit-il," c'est que ce sont des ressortissants des pays comme le Nigeria, l'Afrique du Sud et les Etats-Unis d'Amérique qui sont mis en cause. Qui oublie le rôle combien indispensable que ces trois pays ont joué et continuent de jouer en faveur de la Rdc, notamment l'appui politique, diplomatique, militaire et financier à ce processus de transition finissant ?" L'autre sujet qui fâche abordé par Azarias Ruberwa concerne l'arrestation de Kutino Fernando, pasteur et responsable de l' "Armée de Victoire" poursuivi, à en croire la version du gouverneur de la ville de Kinshasa, pour détention illégale d'armes de guerre et d'effets militaires. Selon le président national du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (Rcd), ce ministre de Dieu devrait rester en liberté au stade de l'instruction préjuridictionnelle, sa résidence étant connue du grand public et sa fuite n'étant pas à craindre.
S'agissant du refus des officiels congolais d'accréditer la journaliste de Rfi Ghislaine Dupont, le Vice-Président chargé de la Commission Politique, Défense et Sécurité parle d'une grave atteinte à la liberté de presse et d'expression, précisément à la veille des élections. Il plaide pour l'ouverture de l'espace congolais non seulement à la journaliste française empêchée de faire son travail en Rdc depuis un mois mais aussi à tous les professionnels des médias, nationaux comme expatriés.
Revenant sur le statut de Joseph Kabila, il persiste et signe qu'il s'était fait enrôler sous le statut de militaire. Par conséquent, la Cour Suprême de Justice a failli dans l'examen des plaintes en annulation de sa candidature à la présidence de la république, en refusant de se prononcer sur le fond.
"Dialogue" aux frais de Lumbala
Roger Lumbala, ancien ministre du Commerce extérieur limogé en janvier 2005 et remplacé au même poste par son épouse, expose une recette originale pour rapprocher les gestionnaires de la transition des "exclus" de la manne étatique depuis juin 2003. Devant des journalistes qui croient avoir mal entendu, il se dit prêt à financer, de sa poche, un "dialogue" à format réduit de 5 jours à tenir au Centre Nganda de Kinshasa, sous le parrainage du président de l'Union Africaine, le congolo-brazzavillois Denis Sassou Nguesso.
Dans l'entendement du président national du Rassemblement des Congolais Démocrates et Nationalistes (Rcd/N), ces concertations politiques sont "destinées, tout en préservant les acquis du processus électoral en cours, à l'améliorer pour plus d'inclusivité, de crédibilité et de transparence mais également pour doter les institutions d'une nouvelle légitimité afin de gérer dans l'apaisement l'après 30 juin 2006".
Sans préciser le nombre de délégués qu'il compte prendre en charge et le coût de ce nouveau round politique, Roger Lumbala en appelle à la participation de toutes les composantes et entités identifiées lors du Dialogue Intercongolais de Sun City et Pretoria ainsi que de toutes les forces politiques et sociales absentes des institution de la transition. L'idée est lancée mais des échos en retour se font désespérément attendre.
"Délestage" médical à Kinshasa
Les médecins des hôpitaux publics de Kinshasa sont en grève depuis lundi. Leur cahier de charges, tel que déposé au ministère de la Santé, de la Fonction Publique et au cabinet du Chef de l'Etat, s'articule autour de la non-mécanisation de plusieurs dizaines de "nouvelles unités", "oubliés" et "exclus", de l'aménagement d'un nouveau statut et de l'impaiement des primes et arriérés de salaires.
Compte tenu des promesses peu sûres reçues des décideurs politiques de la transition, les "blouses blanches" décident la radicalisation de leur débrayage. Celui-ci est toutefois assorti d'une clause de service minimum. Ce plan de "délestage médical" retient, au titre de prise en charge des urgences, deux hôpitaux de référence seulement par jour pour toute la ville de Kinshasa.
Ainsi, lorsque l'ex-Mama Yemo et Roi Baudouin sont ouverts aux cas d'urgence, toutes les autres formations médicales de l'Etat affichent portent closes. Un calendrier de service minimum est affiché aux portails des hôpitaux publics. Mais, la sous-information aidant, il n'est pas rare de voir des familles fortunées faire le tour de la ville avant de tomber sur un lit vacant pour l'internement d'un parent malade, les polycliniques privées étant présentement débordées. En conséquence, les morgues de Kinshasa voient monter en flèche leurs chiffres d'affaires.
Les 32 mercenaires évacués Les trois Américains présumés mercenaires sont les premiers à prendre l'avion pour le retour dans leur pays d'origine. Les Nigérians et les Sud-Africains partent eux aussi sur la pointe des pieds. Personne ne fait de déclaration: ni Théophile Mbemba, ni les diplomates.
La Rdc vient de se débarrasser d'épines de nature à faire ombrage à ses relations diplomatiques avec Abuja, Pretoria et Washington et à créer des fissures au sein de son espace présidentiel.
Oui à la marche. non au sit-in!
A l'appel de la Codek (Coordination pour le Développement de Kinshasa), une branche spécialisée du PPRD (Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie), une marche pacifique a lieu de la Gare Centrale, sur le boulevard du 30 juin, jusqu'à l'ambassade du Congo/Brazzaville. Les organisateurs parlent de 30.000 participants tandis que des sources indépendantes les évaluent à cinq fois moins.
Comme message principal véhiculé par des calicots, on note l'exigence du respect du calendrier électoral concocté par la Commission Electorale Indépendante (Cei), avec comme point de départ la date du 30 juillet 2006 pour les élections présidentielle et législatives.
Dans le mémorandum adressé à Denis Sassou Nguesso, président de l'Union Africaine et remis entre les mains de son ambassadeur à Kinshasa, la Codek et ses forces vives nationalistes " s'opposent à toute négociation visant un nouveau partage du pouvoir en République Démocratique du Congo, ainsi qu'à un report sine die des élections.Elles soutiennent le processus électoral actuel, et l'organisation des scrutins au 30 juillet 2006, conformément au calendrier fixé par la Commission Electorale Indépendante".
Alors que la Codek n'a aucune peine à faire marcher les supporters de la Cei, les mouvements de la Société Civile signataires du "Manifeste de la Conscience du Peuple Congolais" sont chassés du périmètre de cette institution citoyenne, à coups de crosses et de matraques, par des éléments de l'Unité de Police Intégrée (Upi). Dans ces conditions, leur sit-in se transforme en une chasse à l'homme. On lit dans la lettre adressée à l'Hôtel de Ville de Kinshasa par Anatole Matusila et compagnie pour l'informer de cette manifestation que "nous disons oui aux élections mais nous les voulons autrement, notamment par le respect de la séquence originelle des opérations inscrites dans l'Accord Global et Inclusif, dans la Constitution de la Transition ainsi que dans notre code d'électeur à savoir commencer par les élections locales et terminer par la présidentielle".

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