Propos recueillis par Nadia Ziane
4 Juin 2006
interview
Avec l'accent chantant de son sud-ouest natal, l'"homme d'Astaffort" a insufflé une fraîcheur certaine à la chanson française.
C'est la première fois que vous vous produisez devant le public casablancais. Pouvez-vous nous parler de cette tournée ?
Je réserve au spectateur casablancais le même programme que celui que j'ai effectué lors de ma tournée à Paris, à Toulouse, à Melhouse et à Genève. Sauf que j'ai prévu d'autres chansons, un peu plus anciennes. C'est mon premier contact avec les Casablancais. Je ne connais leurs goûts pas plus que leur attente. C'est pour cela d'ailleurs que je ressors tous mes vieux tubes, les plus connus surtout et ceux dont je me rappelle les paroles (rire).
Justement ça vous arrive d'oublier vos propres chansons ?
Quand on a une centaine de chansons, la mémoire peut jouer des tours ! Mais j'ai confiance en mon public. J'ai dix albums qui comportent chacun dix chansons. J'ai gardé cette habitude depuis le vinyl. En plus de celles que j'ai écrites pour d'autres chanteurs comme Particia Kaas, Isabelle Boule, Michel Jonas
Vous étiez en tournée en France pour «Beaux dégâts ». Parlez-nous de ce nouvel album ?
C'est un album qui se distingue par la tendance bleues où j'ai mis des chansons légères. Je voulais absolument échapper à l'actualité trop lourde qui nous accablait il y deux ans, époque à laquelle j'écrivais ces chansons et qui était dominée par la guerre en Irak, les problèmes sociaux où pataugeait mon pays, le terrorisme qui défigurait la scène mondiale Mon principal objectif était de me détacher de cette sombre réalité et d'emprunter une voie plus optimiste.
D'où Beaux dégâts ?
Effectivement. En fait, je voulais aussi instaurer une vision où je relativisais toutes les choses. Le temps qui passe, les peines d'amour, les souvenirs ne sont pas que peine et douleur. Il y a une philosophie à en tirer pour pouvoir vivre : il y a des choses contre lesquelles on ne peut pas se battre. D'où la nécessité de trouver d'autres issues pour s'en sortir ou du moins pour pouvoir supporter ces contraintes. Par le partage, la fraternité et l'amour nous pouvons transcender ces difficultés.
Justement, vous le romantique attitré, quelle est votre définition de l'amour ?
(Une petite note échappe de sa guitare qu'il ne quitte pas). C'est la tendresse et l'affection. Mais surtout savoir écouter l'Autre. La passion illumine la vie sentimentale sous un grand projecteur mais elle n'est pas éternelle. Ce qui reste et résiste au quotidien est une petite flamme qui réchauffe et dont la principale composition sont l'entente et l'écoute.
Influencé par Bob Dylan et le country rock, vous symbolisez avec Jean-Jacques Goldman, l'esprit américain de la musique française des années 80. Pourquoi cette tendance ?
J'ai grandi sous le signe des images d'idoles qui m'ont marqué. A l'époque Bob Dylan, Jemy Hendrix faisaient fureur et je ne pouvais qu'être sous leur bonne influence. Mon seul regret est de ne pas avoir pu puiser de la culture de mon terroir. J'y réfléchis sérieusement depuis quelque temps. Nous avons des langues régionales comme l'Occitan qui mérite d'être exploré et des chansons de troubadours qui peuvent être revisitées. Ce n'est pas facile à chanter mais c'est une idée qui me travaille de plus en plus.
Après Casablanca et Marrakech, quelles autres destinations comptez-vous prendre ?
Un autre pays arabe. La scène de Beyrouth m'attend. Après c'est le passage obligatoire par Bruxelles et la saison de l'été où je prends mes vacances.
Vous êtes auteur-compositeur-interprète. Vous vous êtes lancé aussi dans la vie politique. Mais sans pour autant renouveler votre mandat de conseiller municipal. Pourquoi ?
Cela m'a pris douze bonnes années où j'ai voulu participer à améliorer la vie de ma région. J'étais conseiller municipal d'Astaffort mais je continuais à chanter. Les deux occupations ne cohabitaient pas comme je le voulais et finalement c'est ma passion qui a fini par l'emporter. D'ailleurs, je pense que deux mandats sont suffisants en politique et qu'il faut savoir donner la flamme à d'autres.
Que pensez-vous de la nouvelle loi sur l'immigration telle que présentée par Sarkozy ?
Je déteste cette loi. Je juge qu'elle est discriminatoire. Nous devons opter pour des programmes d'aide aux pays pauvres pour encourager les gens à rester chez eux plutôt que de se lancer dans des guerres. Mais on ne peut pas refuser l'hospitalité aux personnes qui viennent demander de l'aide.
Ma famille a subi ce rejet en 1920. Mes grand- parents qui venaient d'Italie se sont installés au sud de France. Ils ont subi les affres de cette société froide. La France est fermée à toute autre culture.
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