Libération (Casablanca)

8 Juin 2006

Maroc: Lutte contre les incendies de forêt

Il faudra attendre le début de l'année prochaine pour voir enfin lancée une large stratégie méditerranéenne de lutte contre les incendies de forêt.

Une stratégie d'action élaborée autour d'un véritable "modèle de développement rural".Plusieurs pays de la région particulièrement affectés, sont actuellement à pied d'oeuvre pour concevoir un tel programme d'action qui devrait englober toute la Méditerranée occidentale.

Des régions du Portugal, de la France, de l'Espagne, d'Italie et la région Tanger-Tétouan se sont, ainsi, lancées dans ce projet ambitieux de lutte contre ce mal endémique qui détruit les ressources forestières et épuise les richesses économiques de toute la zone. Un projet qui sera financé par des fonds européens dans le cadre du programme Interrg III-C et qui vise non seulement la lutte proprement dite contre les incendies avec ce qu'elle suppose comme système d'alerte et d'intervention rapide, mais aussi un développement économique dans les régions sinistrées ou particulièrement vulnérables.

Un modèle de développement rural intégrant qualité de vie, emplois et protection de l'environnement forestier, devrait ainsi être conçu et appliqué à ces régions. Car, comme l'affirment les spécialistes de la zone, réunis récemment en Espagne, la situation est telle que "le nombre des incendies continuera à croître comme augmenteront leurs dégâts ". Et ce n'est pas par faute de moyens mis en place, mais à cause du manque d'une action concertée entre tous les pays de la région.

Le problème a pris un caractère structurel. Aussi requiert-il une stratégie commune et des moyens appropriés. Ce qui revient non pas à "acheter de nouveaux canadairs et engager du personnel supplémentaire", souligne-t-on, mais se pencher sur les véritables causes des incendies et mettre en place un solide modèle de développement rural. Et pour commencer, il a été décidé à l'issue de cette récente rencontre régionale sur la question, tenue dans la capitale de l'Andalousie, Séville, le lancement d'une campagne d'information dans la zone. "Un grand instrument éducatif" pour la "prévention sociale" des incendies, souligne-t-on.

A noter que la région Tanger-Tétouan, partie prenante de cette stratégie d'action, est particulièrement touchée par ce fléau endémique. Des statistiques officielles indiquent qu'en 2004, le Rif est la région du Maroc la plus touchée avec 69% de l'ensemble de la superficie incendiée au niveau national. Et les causes des incendies sont souvent méconnues bien que, dans une grande partie, elles aient été imputées à l'élément humain.

Selon les mêmes chiffres, plus de 700 incendies ont été enregistrés la même année.

En outre, près de 720 ha en moyenne disparaissent chaque année, dans la région de Tanger-Tétouan, à cause des incendies volontaires et involontaires, soit plus de 35% de la superficie forestière incendiée à l'échelle nationale.

D'après le Haut Commissariat aux Eaux et Forêts, durant les quatre dernières décennies, la moyenne d'incendies de forêt, à l'échelle nationale, s'élève à 230 annuellement, ravageant 2.800 hectares, soit une moyenne de 12 hectares par incendie.

Par ailleurs, l'année dernière, plusieurs centaines d'hectares de forêts sont partis en fumée dans la zone. Le premier s'est déclaré à la mi-juillet à Khmis Sahel, près de Larache, et a ravagé quelque 300 ha de forêts de chêne liège. En même temps, à 24 heures d'intervalle, un autre a détruit 60 ha de la forêt diplomatique à une vingtaine de km de Tanger.

La région de Tanger a connu d'autres incendies pendant la même période et ce sont plus d'une centaine d'hectares de forêts qui sont partis en fumée dans la nouvelle province de Fahs-Anjra et Mediouna notamment.

Face à la multiplication des incendies dans cette région, les services de sécurité ont affirmé à maintes reprises ne pas exclure l'éventualité de leur provocation préméditée. Ce qui a amené à l'ouverture d'enquêtes policières qui se sont soldées parfois par l'arrestation de présumés pyromanes.

A rappeler que le patrimoine forestier tangérois fait face actuellement, outre aux risques d'incendies souvent provoqués, à un déferlement immobilier sans précédent. Des capitaux du Golfe arabique sont en passe de transformer plus de 500 hectares de la forêt diplomatique et de Houara en complexes touristiques. De plus, 34 hectares d'arbres et de végétation sauvage de Mediouna sont actuellement massacrés par une société immobilière émiratie pour donner lieu à un complexe résidentiel de haut standing.

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