Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Production du coton à Zuénoula : les paysans risquent d'abandonner l'or blanc

Kouamé Alfred

12 Juin 2006


Abidjan — La culture de l'or blanc ne se porte pas bien dans le département de Zuénoula. Les productions de la campagne 2005-2006 demeurent toujours impayées.

Avec ce qui se passe, si rien n'est fait, le coton risque de disparaître totalement dans le monde agricole de Zuénoula ". Ces propos sont de M. Irié Bi Boti Zéphirin, magasinier de la coopérative Mianva de Zuénoula. La seule sur les 3 coopératives reconnues qui continue ses activités malgré la crise que traverse l'or blanc ces derniers temps. En effet, dans plusieurs villages, le nombre de planteurs diminue d'année en année.

Par exemple, à Ziduo-Yassua, les 4 paysans qui avaient espoir de sauver la culture de coton au cours de la campagne 2005-2006 ne savent pas, jusqu'à ce jour, quand leur produit sera acheté. Pour la campagne à venir, personne ne veut faire du coton dans de nombreux villages. C'est la même situation dans les villages de la sous-préfecture de Gohitafla, qualifié de grenier de l'or blanc car ils en produisent en très grande quantité.

De plus, on nous a signalé que dans le gros village de Maminigui, les planteurs n'ont pas accepté les semences distribuées par les encadreurs de la Cidt. Et pourtant, les paysans et les autorités administratives reconnaissent que malgré les difficultés la culture du coton, elle rapportait au monde rural des revenus substantiels à l'instar des planteurs du nord de la Côte d'Ivoire.

M. Toto Bi Youbou, responsable de coopérative à Ziduo-Yassua a révélé que les producteurs de l'or blanc de ce village ont pu, grâce à cette culture, mener plusieurs actions communautaires. Il s'agit notamment de la participation des coopérateurs au lotissement de ce village, la construction et l'équipement du magasin de cette coopérative, sans oublier qu'ils avaient également en projet l'élevage de poulets, la construction de salles de classes . Aujourd'hui, dans la coopérative mère basée dans la ville, plus de 2319 personnes ont pu mettre en commun leur intelligence pour équiper et continuer de développer les actions. Celle-ci est équipée de 2 camions de 10 et 3,5 tonnes, sans oublier le tracteur et bien d'autre matériel.

Au regard de certaines réalisations, des voix s'élèvent notamment celles des responsables de coopératives pour sensibiliser les planteurs à continuer de produire le coton malgré les difficultés rencontrées. Ils leur demandent même d'agrandir les surfaces cultivées.

Vu que, les avantages de cette culture sont incontestables dans la mesure où la Cidt pourrait par exemple réhabiliter ce qu'elle appelle les pistes cotonnières. Elle a déjà bouclé avec beaucoup de succès ce projet dans la partie nord du pays. Alors pourquoi pas dans le département de Zuénoula ? Cela mettra certainement définitivement fin à l'épineux problème de route dont on parle tant dans cette région.

C'est dans ce sens que M. David Kolou Bi Youan, président du conseil général de Zuénoula, soutient que cette localité peut aussi et doit se développer grâce à la culture du coton. Dans le contexte actuel, le désespoir et la colère des paysans face à la crise de la filière coton les ont poussés à abandonner l'or blanc au profit peut-être des noix de cajou dont la culture est encore à l'état embryonnaire. En attendant, les braves paysans de Zuénoula devraient prendre leur mal en patience. Malgré les difficultés, qui sont du reste réelles, ils doivent continuer à produire le coton, car diversifier les cultures ne veut pas dire abandonner une culture au profit d'une autre. Mais il s'agit de pratiquer à la fois plusieurs cultures pour résister à la fluctuation des cours sur les marchés mondiaux.

LE NOMBRE DES PLANTEURS A BAISSE

En observant attentivement les documents comptables de la section Ziduo-Yassua de la coopérative Mianva de Zuénoula, on peut se rendre compte de la régression constante du nombre de planteurs de coton dans ce département. M. Tolo Bi Irié Albert, le comptable de cette coopérative qui regroupe 5 villages, est formel. "De moins en moins les gens sont motivés à cultiver le coton". A sa création en 1998, la section de cette coopérative comptait 62 personnes. Elles ont produit au cours de la campagne 2000-2001, 58 tonnes de coton. En 2002, certainement attirées par le succès de cette coopérative, d'autres personnes vont y adhérer relevant le nombre de personnes de 62 à 100 pour une production de 47 tonnes. L'année suivante, 63 tonnes ont été récoltées par 87 adhérents de la coopérative. Les années 2004 et 2005, le nombre de personnes est passé respectivement à 94 et 11 correspondant à 43 tonnes et 4 tonnes. Pour la présente campagne, seulement 4 personnes ont planté le coton. Cela voudrait dire que le nombre de planteurs est passé entre 2002 et 2005 de 100 à 4 personnes. Et la production de 47 à 4 tonnes pour la même période.

Pour la présente campagne, les plus téméraires des planteurs, au nombre de 4 qui ont continué à cultiver le coton, ont leur récolte encore stockée dans leurs maisons qui fait office de magasin. L'or blanc n'a pas encore été ramassé par la CIDT. Pour la prochaine campagne, il n'y a pas de candidats à la culture du coton. " Habituellement, on vend le coton au mois de décembre. Or à ce jour, ce que nous avons planté l'an passé est encore entreposé dans ma maison", explique M. Zomati Bi Dibi Désiré, planteur de coton à Ziduo-Yassua. En vue de vérifier les propos du planteur, nous nous rendons dans sa maison. Effectivement, dans une grande chambre de la maison est stocké le coton récolté dont une bonne partie est disposée sur 4 grandes banches. Le reste est à même le sol et commence même à jaunir. Il est certain que les agents de la Cidt diront que sa récolte est de deuxième choix. "Je voyais venir cette situation. Alors, j'ai seulement fait un hectare pour minimiser les pertes. S i ce coton n'est pas acheté, c'est fini, je ne plante plus de coton. Je vais m'orienter vers une autre culture mieux payée", dit-il sèchement. Dans ce village, faute d'activité, le magasin de la coopérative est fermé.

Cette situation rejaillit inévitablement sur la coopérative mère, Mianva, basée dans la ville de Zuénoula.

En effet, les statistiques disponibles montrent que la quantité de coton commercialisée par cette structure baisse de façon constante d'année en année. De 3.634.861 kg de coton vendus en 2001, on est passé à 1.830.907 kg en 2005.

En 2002, Mianva a commercialisé 6.019.475 kg de coton. Pour les années 2003 et 2004, la quantité de cette marchandise vendue correspond respectivement à 3.970.752 kg et 2.396.332 kg. Au regard de ces chiffres, on peut conclure que la quantité de coton commercialisé par la coopérative Mianva est en nette régression.

A la mévente, si l'on ajoute les effets de la guerre, on comprend alors aisément les causes de la chute de la production du coton dans tout le département de Zuénoula. A ces raisons, il faut ajouter tous les braves planteurs, le plus souvent des allogènes, qui ont dû quitter dans la précipitation la zone du fait de la situation de guerre. "Plusieurs sections de notre coopérative n'existent plus. Elles ont disparu. On peut citer entre autres les campements Nambégué, près du village de Kanzra, Djakaridja, vers Traonfla, Kadiévogo, à côté de Vaafla, Adama qui dépend de Baazra. C'étaient des localités qui produisaient 300 à 400 tonnes de coton par an", souligne M. Siaka Silué, président du Conseil d'administration de la coopérative Mianva de Zuénoula.

Kouamé A.

76 MILLIONS DE F D'ARRIERES

Selon les explications de M. Silué Ladji, directeur et comptable de la coopérative Mianva de Zuénoula, quand la Cidt ramasse le coton des planteurs, en suivant la logique des décades, c'est-à-dire 10 jours d'activités, la paye devrait intervenir au plus tard à la moitié de la décade suivante. Soit 15 jours après. Or aujourd'hui, ce délai n'est plus respecté. Au contraire, il s'étend sur un ou deux ans. Pour la campagne 2004-2005, les planteurs de cette coopérative n'ont pas encore reçu la totalité de leur dû. Ainsi par exemple, sur 285.035.860 francs qui devraient réellement être payés avant le 25 juillet, la CIDT reste devoir aux planteurs de la coopérative Mianva à ce jour, la somme de 76.423.122 francs.

Dans les détails, la situation de paiement du coton graine au cours de la campagne 2004-2005 montre que la Cidt a déjà payé 208.612.738 pour les décades comprises entre le 21 févier 2005 et le 30 avril de la même année. Les impayés couvrent cette date jusqu'au 20 juillet 2005.

Toujours selon ce même document, il y a aussi des arriérés impayés dans les deux autres coopératives. A la coopérative Zintchiva de la localité, par exemple, sur une somme totale de 9.451.673 francs, 8.156.740 sont déjà versés. Il reste donc à payer 1.294.932 francs représentant les reliquats des villages de Zirifla (591.232.f) et Djéhifla (703.700.f).

K. A

CARTE POSTALE

NOUVELLE RECONVERSION AGRICOLE

Le département de Zuénoula est situé dans la Région de la Marahoué, entre la forêt et la savane. Les conditions climatiques sont favorables à la culture du coton, ce produit qui a fait et continue de faire la fierté de bon nombre de planteurs dans le nord de la Côte d'Ivoire. Car cette culture assure l'essentiel des revenus de ces planteurs. Le coton leur a permis de construire des maisons modernes, de scolariser leurs enfants et de satisfaire bien de leurs besoins. Dans la région de Zuénoula, lorsque les cultures pérennes, à savoir le café et le cacao, ont baisé, du fait de la régression, voire la disparition de la foret, les populations avec à leur tête les autorités administratives, ont pensé que le coton pourrait valablement remplacer ces premiers produits. Des campagnes de sensibilisation avaient même été menées pour encourager les populations de Zuénoula à se reconvertir dans la culture du coton. Quelques années plus tard, le constat est que cette reconversion est aujou rd'hui difficile. Les paysans soutiennent que la culture du coton est contraignante. En outre, ils sont obligés de s'endetter pour avoir les facteurs de production, notamment les intrants jugés trop onéreux. Mais le plus grave est que malgré des efforts fournis, ils sont souvent obligés d'attendre longtemps avant de recevoir leur paye. Cela a fini par démotiver bon nombre de planteurs qui ont immédiatement abandonné cette culture. Ils sont en train de scruter l'horizon, à la recherche d'une autre culture plus rentable que le coton qui leur a laissé des souvenirs amers. Ils parlent de plus en plus de la culture de l'anacarde dont les premières plantations sont visibles, surtout dans la partie nord du département. Dans ces conditions, une nouvelle reconversion agricole s'impose au monde rural de Zuénoula.

K. A

DES PRODUCTEURS DECOURAGES ET DEMUNIS

La coopérative Mianva, spécialisée dans la collecte et la commercialisation du coton dans le département de Zuénoula, semble résister à la crise actuelle qui frappe ce secteur d'activité. En avril dernier, elle était la seule structure sur les 3 dans ce secteur à ouvrir les portes à ses adhérents. Nous sommes dans l'intersaison. Cependant cette coopérative continue de recevoir ses membres présents dans cette structure d'encadrement pour diverses raisons. Mais pendant cette période précise, les préoccupations les plus récurrentes des visiteurs portent essentiellement sur les arriérés que leur doit la Cidt. Nous avons eu l'occasion d'écouter certains planteurs venus réclamer leur dû. M. Irié Bi Youan Françcois, président de la coopérative des planteurs

de Sokoura, localité située sur l'axe Zuénoula-Sucrivoire, est venu rencontrer les responsables de la coopérative Mianva, structure dont il dépend, dans l'espoir de se voir remettre l'argent des coopérateurs, en provenance de la Cidt basée à Bouaflé. Selon lui, cette somme se chiffre à 9.387.360 francs Cfa pour 19 planteurs, au titre de la campagne 2004-2005. Ces propos sont confirmés par M. Silué Ladji, directeur et gérant de la coopérative Mianva. " Nous avons appris que la Cidt était en train de payer les dettes de 2005. Donc je suis venu aux nouvelles, en tant que président de la coopérative de mon village. Je me rends compte que ce sont des rumeurs. Le gérant vient de me faire savoir qu'il n'en est rien. Je suis obligé de retourner bredouille au village", commente-t-il très déçu comme son regard l'atteste. " Nous comptons beaucoup sur cet argent pour nos divers besoins, mais, chaque fois, on nous demande de repasser car il n'y a rien pour le moment. C'est vraiment décour ageant", poursuit le responsable de la coopérative de Sokoura. Toujours selon lui, la production de la campagne 2005-2006 est encore stockée dans les maisons de chaque planteur. La Cidt n'a même pas encore procédé à la collecte et au ramassage pour éventuellement espérer les payer. " La production cotonnière de 2005 est ramassée mais non encore payée jusque-là. Au cours de la présente campagne, on ne nous dit pas quand le coton sera collecté. Dans ces conditions, nous n'avons plus le courage de continuer la culture du coton si ce n'est plus payé", commente-t-il. Pour sa part, le directeur de cette coopérative a indiqué que la situation de crise actuelle que traverse la filière du coton est difficile à vivre. La structure qu'il dirige ressent également les difficultés des planteurs. " Puisque nous sommes l'interface entre les planteurs et la Cidt, quand ça ne va pas nous sommes directement mis à l'index dans la mesure où nous sommes plus proches de nos coopérateurs. En réalit é, c'est la Cidt qui n'arrive pas à payer les arriérés qu'elle doit aux planteurs de coton. C'est tout le sens du blocage actuel que nous vivons tous malheureusement", explique-t-il. Avant d'ajouter que très souvent, la coopérative ne reste pas indifférente devant les multiples difficultés évoquées par les planteurs. Parfois, Mianva est obligée de contribuer aux frais de transports des adhérents pour regagner leurs villages respectifs.

Autre lieu, mais même réalité. Dans les villages de Bibikoréfla, Kouézra, Béziaka, Ziduo, pour ne citer que ceux-là, les planteurs vivent la galère. La situation est générale dans tout le département de Zuénoula. Celle relative à la crise de mévente du coton. M. Toto Bi Youbo est le président de la section de la coopérative Mianva. Cette section regroupe les villages de Ziduo-Yassoua, Kaya, Ganzra et Goabohifla, sur l'ancienne route de Bouaflé. Il résume le calvaire des planteurs de coton de ce secteur. " Je cultive le coton il y a plus de 20 ans. Avant, on faisait peser la production dans les villages et sur le champ nous sommes automatiquement payés. C'était bien. Mais maintenant les choses ont changé. En effet, depuis 5 ans, la Cidt ramasse le coton et on ne sait pas à quelle période vient notre argent. Nous sommes fatigués. On travaille dur pour produire 10 à 40 tonnes de coton par an, mais lorsqu'on ramasse le coton on ne voit pas l'argent. Tout le monde est découragé. C ertains planteurs même décèdent sans avoir goûté aux fruits de ces durs labeurs. " Même s'il y a un retard dans le payement, il faut reconnaître que les planteurs de cette coopérative ont tous perçu leur gain. La production de coton vendue en mars 2005 a été effectivement payée le 18 mars 2006, soit une année après le ramassage du produit.

L'autre grief évoqué par les planteurs rencontrés porte sur la qualité de leur produit déclarée premier ou second choix. En effet, selon eux, au moment où les agents de la Cidt procèdent à l'enlèvement du coton, ils ne leur signifient pas la nature de leur produit. Mais c'est seulement lors de la paye qu'on leur fait savoir qu'ils ont produit du coton de deuxième choix. Le prix est donc inférieur au coton de premier choix. En l'absence du chef de zone de la Cidt de Zuénoula (en séminaire à Daloa), les multiples tentatives effectuées auprès des autres agents trouvés sur place en vue de recueillir leurs avis sur ce sujet sont restées vaines. Toujours est-il que les difficultés évoquées ci-dessus ont considérablement réduit le nombre de planteurs et la production de coton dans le département de Zuénoula. Pourtant, il y a quelques années, cette culture était présentée comme la deuxième chance de réussite de ce département surtout après la chute de la production des cultures péren nes que sont le café et le cacao.

Par Kouamé Alfred

DES INTRANTS BRADES AUX RIZICULTEURS

La cherté des facteurs de production, surtout des intrants explique en grande partie. La mauvaise qualité du coton souvent évoquée par les techniciens chargés de l'encadrement des paysans, En effet, une autorité qui a requis l'anonymat a indiqué que les planteurs ne respectent pas les consignes des agents de la Cidt. Selon elle, très, souvent, quand on donne les engrais et autres produits phytosanitaires pour entretenir les champs, certains paysans les bradent aux riziculteurs. " Ils utilisent les produits d'entretien à d'autres fins. Dans ces conditions, on ne peut pas obtenir du coton de meilleure qualité et les plantes deviennent rabougries ", soutient notre source. Une telle qualité de coton est qualifiée de second choix et est achetée à 155 francs le kg contre 185 francs pour le premier choix. Soit une perte de 30 francs sur chaque kg de coton vendu. Il est également reproché aux paysans de ne pas suivre les programmations de cette activité agricole c'est-à-dire les péri odes de semences, les dosages de l'engrais et surtout le moment de cueillette.

De plus, avant les décades, les paysans très endettés sont obligés d'utiliser cet argent pour régler les dettes de sorte que lorsqu' on les paye, ils n'ont plus rien. Ce qui fait dire à certaines personnes que la culture de l'or blanc n'est pas effectivement rentrée dans les habitudes des populations de Zuénoula. Un changement de mentalité s'impose donc à ce niveau. Aussi les autorités n'approuvent-elles pas les activités de certaines coopératives qu'elles soupçonnent de gruger les honnêtes paysans, car ces structures ne sont souvent pas en règle vis-à-vis de la loi coopérative et n'existe en réalité que de nom.

Autre grief formulé contre le monde paysan. Certains reçoivent les engrais, les semences et les produits phytosanitaires, le tout financé par une coopérative à laquelle ils disent appartenir. Mais pendant la période de commercialisation de leur produit, ils se détournent de leur structure d'encadrement initiale pour aller vendre leur récolte ailleurs. Dans ce cas, ils font des bénéfices de 100%.

Les paysans eux-mêmes expliquent cette situation par le fait qu'avant la crise de mévente actuelle, ils ont toujours posé à qui de droit le problème de la cherté des intrants qui est réellement, selon eux, un frein au développement de la filière coton. Ainsi, les paysans de peur d'être endettés ne demandent pas la quantité requise des produits d'entretien pour leurs plantations. Par exemple, explique M. Ladji Silué de la coopérative Mianva de Zuénoula, pour un hectare de coton où il faut utiliser 24 boîtes d'insecticides en 6 passages, certains paysans en prennent seulement la moitié. Et cela explique la dégradation de la qualité de la production.

K. A

LE GRENIER

IL FAUT SAUVER LA CIDT

Il n'y a certainement pas à ce jour agriculteurs ivoiriens plus malheureux que les producteurs de coton. Partout dans les zones de production, les mêmes plaintes reviennent sans cesse sur toutes les lèvres : " voilà plus de deux ans que nos livraisons demeurent impayées. Les promesses de paiement faites jusqu'ici n'ont pas été tenues et nous ne savons plus à quel saint se vouer. L'on nous incite à continuer de produire, alors que nous n'avons aucun moyen pour supporter convenablement le coût des facteurs de production " Et si les autres acquéreurs potentiels de la production cotonnière ivoirienne sont moins cités, la Compagnie Ivoirienne pour le Développement du Textile (CIDT), qui en a été pendant longtemps le principal acheteur national est par contre la plus mise à l'index, comme responsable de toutes les misères que vit la quasi-totalité des "cotonculteurs ". Une situation bien embarrassante pour cette entreprise qui a pourtant réussi au cours d'un passé récent à faire le s beaux jours de la culture cotonnière ivoirienne. Toute chose que les paysans du nord se plaisent souvent à rappeler, avec une pointe de nostalgie assez perceptible du reste. Mais depuis la privatisation du processus de commercialisation de l'or blanc en Côte d'Ivoire, marqué par l'avènement d'autres égreneurs que sont notamment IVOIRE COTON, LCCI et l'URECOS-CI, les difficultés semblent avoir commencé pour la CIDT dont les pouvoirs publics restent partie prenante dans le fonctionnement. Elle est en fait venue sur ce nouvel espace de compétition avec des acquis et un savoir-faire non négligeables certes. Mais, elle y est arrivée déjà fragilisée par des difficultés financières consistantes. A celles-ci s'est par la suite ajoutée la faiblesse des cours sur le marché international, fortement entretenue par les subventions américaines. Et comme si tout cela ne suffisait pas, la situation de guerre dans laquelle le pays est plongé voilà quatre ans, est venue tout empirer. Mettan t la CIDT dans un contexte financier déficitaire et ses agents dans des conditions de travail assez périlleuses parce que évoluant dans des zones occupées par les Forces nouvelles. Il en est du coup résulté un renchérissement de ses coûts, notamment ceux relatifs à la logistique, au transport du coton-graine etc. Et plus grave, la CIDT s'est retrouvée dans l'impossibilité de payer convenablement aux producteurs de coton les prix de leurs différentes livraisons réceptionnées au fil des campagnes. Tout comme elle fut de moins en moins à même de payer ses fournisseurs. La Compagnie Ivoirienne pour le Développement du textile n'a pas pour autant raccroché. Elle s'est jusqu'ici efforcée de mener les opérations d'achat, de distribution d'intrants même si cela n'est pas gratuit ainsi qu'on pourrait le supposer. Et ceci n'est déjà pas rien. Mais en réalité, c'est d'un appui financier substantiel dont a besoin cette société d'égrenage de la part des pouvoirs publics pour tenir la rou te, en attendant la fin effective de la crise si toutefois l'on veut voir la CIDT continuer à exister avec tous les acquis qui sont les siennes en ce moment. Et si l'on tient également à maintenir notre production nationale de coton à un niveau de quantité et de qualité considérables.

Par Moussa Touré

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