La Presse (Tunis)

Tunisie: Les droits de la femme et de l'enfant , au coeur de nos grands choix nationaux

14 Juin 2006


- Le respect des droits de l'homme commence par la manière dont la société traite ses femmes et ses enfants

- Notre pays a veillé à promouvoir les droits de la femme dans le cadre d'une approche cohérente fondée sur un ensemble de constantes dont la plus importante a trait à la prise en compte des facteurs sociaux, éducatifs, économiques et politiques, de l'opération d'insertion de la femme dans le processus de développement intégral

- Notre attachement au principe de l'égalité entre la femme et l'homme et à la primauté de l'intérêt optimal de l'enfant, en tant que choix qui fait l'unanimité de la plupart des peuples et pays du monde, nous impose un devoir de fidélité aux impératifs et échéances inhérents à ces droits

Madame Leïla Ben Ali, épouse du Président de la République, s'est adressée, hier, aux participants et participantes à la conférence internationale pour l'inauguration du réseau mondial féminin pour l'enfance qui se tient à Amman, en Jordanie, par une allocution prononcée en son nom par Mme Saloua Ayachi Labben, ministre des Affaires de la femme, de la famille, de l'enfance et des personnes âgées.

Voici le texte de cette allocution:

"Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.

Mesdames, Messieurs,

Il me plaît, à l'heure où vous tenez cette importante conférence mondiale pour l'inauguration du réseau mondial féminin pour l'enfance, d'adresser mes salutations et l'expression de ma considération à Sa Majesté la Reine Rania Al-Abdullah, marraine de la conférence. Je salue les efforts déployés par le Conseil national des affaires de la famille en Jordanie soeur. Je tiens également à saluer cette éminente initiative aux nobles dimensions humanistes, qui intervient en consécration de la prise de conscience accrue quant aux questions en rapport avec la consolidation des droits de la femme, qui représente la moitié de la société, et avec la protection de l'enfance, espoir de l'avenir, contre toute forme d'atteinte à ses droits à l'existence, à l'épanouissement et à la vie digne .

Que cette conférence ait lieu et que ses travaux soient focalisés sur deux questions aussi essentielles que l'instruction des filles et la mortalité infantile néo-natale et des mères enceintes, cela montre toute l'importance que revêtent ces questions dans un monde changeant, un monde dans lequel l'humanité connaît des développements de plus en plus rapides mais aussi des paradoxes illustrés par le décalage entre les formidables progrès réalisés en termes de production cognitive et technologique, l'escalade de la violence, la précarisation des couches vulnérables de la société et la détérioration de la condition des femmes et de l'enfance .

L'organisation d'une telle conférence mondiale en Jordanie soeur confirme en soi que la protection de l'enfance et la garantie des droits des femmes, en général, et des mères en particulier, ne constituent plus une affaire nationale et régionale, mais une question qui intéresse l'humanité tout entière .

De nombreux acquis ont, certes, été réalisés au profit des femmes et de l'enfance au cours des dernières décennies. Les droits des femmes et des enfants n'en continuent pas moins d'être violés dans de nombreuses contrées du monde où des femmes et des enfants sont souvent victimes de différentes formes de discrimination et de menace, ce qui ne manque pas d'avoir une incidence directe sur la condition sanitaire, éducative et économique des enfants. Nous savons tous combien est solide le rapport entre la garantie du droit de la femme à la santé et de ses chances d'accès à l'enseignement, d'une part, et la garantie du droit des enfants à une croissance saine et équilibrée, d'autre part.

Ce progrès a pu être accompli grâce aux efforts consentis par maints Etats et institutions et qui ont permis d'abaisser les taux de mortalité des enfants âgés de moins de 5 ans dans de nombreux pays en développement et d'améliorer le niveau de prévention, d'immunité et de planification familiale. Il n'empêche que de grands obstacles persistent, qui empêchent encore de garantir à chaque enfant de meilleurs débuts dans la vie. Plus de 10 millions d'enfants meurent chaque année avant l'âge de cinq ans, dont environ la moitié au cours des premières semaines de la vie, du fait de maladies dont la prévention est possible .

De même, plus d'un demi-million de femmes meurent chaque année des suites de complications de la grossesse et de la maternité .

Plus d'une femme meurt chaque minute dans le monde. De nombreuses femmes courent des risques de devenir handicapées .

C'est toutefois la pauvreté chronique qui représente le plus grand obstacle qui empêche l'accès des enfants et des femmes à la plénitude de leurs droits dont, en particulier, la garantie de leur droit aux prestations sanitaires de base et de l'égalité des chances d'accès à l'enseignement pour les filles. La moitié de l'humanité vit en effet dans le dénuement total et trois milliards d'individus ont un revenu de moins de deux dollars par jour .

L'instruction des filles est un défi que la communauté internationale a accepté sincèrement d'assumer. Si nous réussissons à réaliser un progrès significatif concernant leur instruction, nous aurons contribué à promouvoir la vie de toute une génération de femmes et aménagé de meilleures chances et des perspectives plus larges pour les générations futures. Le fait, cependant, est que les filles sont encore en butte à la discrimination et à la marginalisation dans l'enseignement, dans plusieurs régions du monde. En Afrique subsaharienne, plus de 24 millions de filles ne sont jamais allées à l'école .

Les deux tiers des analphabètes majeurs dans le monde, au nombre de 875 millions, sont des femmes. Ceci nous incite à réaffirmer qu'il ne saurait y avoir de mutation notable ou durable des sociétés sans que les filles aient des chances égales d'accès à l'enseignement de base et sans que la femme ait le statut de partenaire, à part entière et sur un pied d'égalité, de l'homme. L'enseignement est la meilleure arme dont nous disposons pour combattre les fléaux de la pauvreté, de la maladie et de la marginalisation .

Nous ne cessons jamais de répéter que l'enfance est l'espoir de l'avenir et que la femme est la moitié de la société et la première école de l'enfant. Comment serait-il, cependant, possible de transformer l'espoir en réalité et de jeter des fondements solides du développement durable, de la modernité, de la démocratie alors que l'enfance vit les affres de la négligence et que de nombreuses femmes souffrent encore de l'arbitraire et de différentes formes de discrimination et d'abus ?

L'humanité a plus que jamais besoin, en ce 21e siècle, de l'édification d'une solide plate-forme de progrès, de démocratie et de paix, dont le tout premier pilier serait la réunion des conditions de la protection de la femme et de l'enfance et la mobilisation de toutes les énergies pour gagner cet enjeu.

C'est pour moi un plaisir, à cette occasion, de dire avec fierté combien est constant l'attachement de la Tunisie à placer les droits de la femme et de l'enfant au coeur des grands choix nationaux qui font du développement et de la démocratie un binôme indissociable et des droits de l'homme un ensemble cohérent aux composantes et aux dimensions étroitement solidaires, sur la base de la ferme conviction que le respect des droits de l'homme commence par la manière dont la société traite ses femmes et ses enfants .

A la faveur de la sollicitude permanente de Monsieur le Président Zine El Abidine Ben Ali, la Tunisie a accompli des réalisations importantes au profit de la femme, de la jeunesse et de l'enfance, en général. C'est ce qui confirme l'engagement de notre pays à oeuvrer à la concrétisation de ces concepts, comme la ratification des conventions internationales y afférentes et la mise en place de stratégies nationales pour l'application des principes et idéaux énoncés par ces conventions .

La Tunisie a été pionnière en matière d'affranchissement de la femme de tous les carcans anachroniques, avec la promulgation, au tout début de l'Indépendance, en 1956, du Code du statut personnel qui a aboli la polygamie, fixé l'âge minimum du mariage des filles et garanti à la jeune fille et à la femme leurs droits dans tous les domaines de la vie familiale. Notre pays s'est toujours employé à consolider et à améliorer ces droits. Le Code du statut personnel a ainsi connu, à l'ère du Changement et plus précisément en 1992, un enrichissement en profondeur de ses dispositions, de manière à consacrer le principe de la non-discrimination contre la femme et la jeune fille .

Notre pays s'est aussi employé à promulguer nombre de législations et à mettre en place les dispositions à même de permettre à la jeune fille et à la femme de bénéficier de la plénitude de leurs droits à l'enseignement, à la santé, à l'emploi et à la nationalité. Le Code de protection de l'enfant a été promulgué dès 1995, de même qu'ont été mis en place les programmes indispensables pour concrétiser des dimensions plus larges du concept des droits de l'enfant qui ne se limitent pas à la satisfaction de ses besoins essentiels mais qui répondent à ses attentes en tant qu'être humain et social doté d'une personnalité latente et ambitieuse .

Notre pays a veillé à promouvoir les droits de la femme, dans le cadre d'une approche cohérente fondée sur un ensemble de constantes dont la plus importante a trait à la prise en compte des facteurs sociaux, éducatifs, économiques et politiques, de l'opération d'insertion de la femme dans le processus de développement intégral. La Tunisie a aussi tenu à concrétiser les droits fondamentaux de l'enfant dans les domaines de la santé, de l'éducation, de l'enseignement et de la protection. La plupart des indicateurs se sont améliorés dans ces domaines vitaux. Des maladies redoutables comme la poliomyélite, la diphtérie et le tétanos ont pu ainsi être éradiquées. Le taux de mortalité des nourrissons a été abaissé à moins de 21 pour mille. Le taux de scolarisation des enfants, garçons et filles, âgés de 6 ans s'élève actuellement à 99%, contre 90,5% en 1987 .

La Tunisie a accordé une importance extrême à la santé maternelle et infantile par la mise en place de programmes destinés à couvrir tous les besoins sanitaires de cette catégorie sociale et qui ont été surtout axés sur le volet préventif, la santé procréative et la sécurité de la mère et du nouveau-né. Il a été procédé, dans ce cadre, à la généralisation de l'intégration des prestations de santé procréatives dans les prérogatives des centres de santé de base. Le taux de consultations pré-nuptiales et de contrôle médical pré et post-natal a progressé, de même que le taux moyen d'accouchement médicalement assisté qui est passé de 71,3% en 1989 à 85% en 2003.

Ces acquis se sont renforcés par des réalisations qualitatives en matière de préparation des jeunes à adhérer à la société du savoir et à la culture numérique, par la création de centres d'informatique pour l'enfant et l'octroi de facilités pour l'acquisition de "l'ordinateur familial". Un intérêt particulier a été accordé à la prise en charge des enfants en difficulté par la mise en place d'un réseau d'établissements et complexes intégrés pour l'enfance. L'enfant dépourvu de soutien familial y trouve toute l'assistance sanitaire, éducative, sociale et psychologique .

Mesdames, Messieurs,

Notre attachement au principe de l'égalité entre la femme et l'homme et à la primauté de l'intérêt optimal de l'enfant, en tant que choix qui fait l'unanimité de la plupart des peuples et pays du monde, nous impose un devoir de fidélité aux impératifs et échéances inhérents à ces droits. L'intégrité de l'enfance en est la toute première condition et la plus digne d'intérêt. C'est pourquoi nous considérons le renforcement des efforts en faveur de la protection de l'enfance comme un devoir sacré qui incombe aux responsables politiques, aux composantes de la société civile et aux institutions de la communauté internationale. C'est ce qui commande à tous de redoubler d'efforts en vue de conjurer les périls auxquels l'enfance est aujourd'hui confrontée .

Je suis persuadée que cette importante conférence internationale constitue pour nous tous, avec les excellentes contributions auxquelles elle a donné lieu, le meilleur stimulant pour consentir plus d'efforts et aller de l'avant sur la voie de l'édification d'un monde dans lequel les enfants auraient toute leur place, un monde digne de l'homme sans aucune discrimination, un monde qui accueille et protège ses habitants, qui développe en eux la volonté de vivre et conforte leur attachement aux valeurs de droit, de bonté et de beauté".

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