15 Juin 2006

Cameroun: Forêt : Le " eru " désormais cultivé

Le Cameroun alimente à 50 % la vente du gnetum dans les pays étrangers. A ce propos, selon les statistiques de l'Organisation des nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (Fao) de 2002, cette plante appelé okok dans la province du centre et eru dans le Sud-Ouest du Cameroun, a connu un volume de vente total de 44 427 tonnes en 1997. Ces dernières années, la demande du Nigeria, du Gabon et du Congo Brazzaville se faisant de plus en plus croissante, le volume d'exportation de ces espèces a considérablement augmenté. Les véhicules chargés de gnetum qui partent des ports de Idenau et de Campo, les deux principaux points pour l'exportation le démontrent assez.

Pour des raisons commerciales, le gnetum est pour ainsi dire surexploité. Certains chercheurs estiment tout simplement qu'il est en voie de disparition. Ce d'autant plus que, les effets provoqués par la récolte entravent la repousse et le renouvellement du stock de feuilles d'okok. Il ne s'agit donc pas d'une méthode de récolte durable. "Jusqu'ici, le gnetum poussait naturellement. Seulement les gens n'ont pas pensé à le replanter. Surtout que, lors des récoltes, les racines sont aussi arrachées pour attacher les bottes de feuilles", explique le coordonnateur du programme camerounais de la Fondation Living Earth, M. Nouhou Ndam. Par ailleurs, lors de la coupe des lianes, les bourgeons sur les tubercules sont souvent endommagés et il faut parfois du temps avant que les nouveaux bourgeons donnent des lianes. Dans certains cas, une extraction trop vigoureuse des lianes provoque parfois des blessures sur les tubercules et les racines, qui deviennent ainsi plus sensibl es aux attaques de champignons et peuvent pourrir.

Domestication

Durant la collecte, selon la Fao, il arrive souvent que l'on abatte les arbres sur lesquels poussent les feuilles de gnetum, causant de graves dégâts. De plus, de nombreuses zones forestières où le gnetum prolifère subissent une dégradation importante suite à l'exploitation illégale et incontrôlée du bois d'Å"uvre, à l'agriculture, à la construction de routes et à d'autres formes de développement économique.

Pour commencer à limiter certains problèmes liés à la surexploitation du gnetum, des associations ont développé de nombreuses techniques de multiplication dont la germination et l'enracinement de boutures. Il s'agit notamment du Programme de conservation des cultures de plantes locales (Programme Ctc) du Jardin botanique et zoologique de Limbe qui initie les agriculteurs locaux. "L'opération nécessite des boutures d'okok provenant d'une tige d'okok arrivée à maturité. Elle sera mise dans un sac en plastique enlever et planter une fois que les racines vont apparaître. L'intervalle entre le plantage et la récolte d'okok est de 12 mois", explique l'ancien conservateur du Jardin botanique de Limbe.

Ann Degrande du Centre de recherches pour le développement international (Icraf) ajoute du reste que la technique de propagation végétative des boutures feuillues, de lianes constitue la meilleure méthode de multiplication du gnetum. Contrairement à la technique de multiplication de gnetum par des semences. Pour le chercheur, celui-ci ne germe pas dans les pépinières alors qu'il le fait sans problèmes sur le tapis forestier. Et quand bien même il parviendrait à pousser dans une pépinière, le processus prendrait plus de temps que d'ordinaire.

Jusqu'ici, les résultats obtenus lors de ces différentes expériences démontrent que les deux espèces de Gnetum peuvent être aisément domestiquées. Mais déjà, M. Abdon Awono du Cifor conseille aux populations d'adopter de bonnes habitudes de cueillettes. Il s'agit, entre autres, d'enlever deux paires de feuilles sur trois, de sorte qu'il reste une paire de feuilles après deux noeuds sans feuille; de récolter toutes les feuilles parvenues à maturité et de couper toutes les lianes au niveau du sol et non à la racine.

Les populations ont plutôt bien accueilli ces nouvelles techniques. Depuis plusieurs années, le Cifor et l'Association for développement of environnement initiatives (Adie), travaillent avec un groupe de femmes de la Lékié pour les encourager dans cette procédure. "Avant nous ne savions pas qu'on pouvait planter d'okok. Depuis notre initiation, nous le plantons et vivons des fruits de notre travail", témoigne une cultivatrice.

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