Fraternité Matin (Abidjan)

20 Juin 2006

Cote d'Ivoire: Lycée moderne de Grand-Bassam : 800 millions pour la réhabilitation

Abidjan — Résultats scolaires très moyens, effectifs pléthoriques, salles de classe insuffisantes, murs avachis, bâtiments délabrés, matériels de travail vétustes, de la broussaille partout. Tel est le triste décor que présente le plus grand établissement d'enseignement secondaire de la première capitale de Côte d'Ivoire.

Simplement désolant pour qui connaît son histoire ou qui l'a fréquenté à ses débuts. Le 1er octobre 1959, le collège moderne est ouvert avec 3 classes de sixième. Pour le Bepc de 1963, sur 16 candidats présentés, 14 sont admis. Soit un taux de réussite de 87,50 %. Ceci expliquant peut-être cela, ce modeste collège est transformé en lycée. Par décret n° 00848/MEN/DGE/DSD du 23/11/1972. Pour la première fois, des classes de seconde sont ouvertes dans l'établissement. Quatre ans plus tard, plus exactement en 1973, les premiers candidats au baccalauréat sont présentés. A la série A, 20 élèves sont reçus sur 25 candidats. Soit 80% d'admis. Au niveau de la série D, sur 16 c andidats, 11 élèves ont été déclarés admis. Soit un taux de réussite de 68,75%.

Chemin faisant, l'établissement va écrire ses lettres de noblesse. Le lycée gagne en notoriété. Son image dépasse la Dren d'Aboisso. Les élèves se bousculent pour s'y inscrire. Plusieurs générations de cadres nationaux ont fait leurs armes dans cette école. Citons un seul, l'actuel Directeur de la scolarité de l'Université de Cocody. Il y a même été interne.

L'internat est supprimé depuis les années 1990

L'internat n'existe plus. Faute de moyens, il a été supprimé dans les années 1990. En lieu et place, sont logés la salle informatique et le centre de documentation et d'information (CDI). Le CDI a un fonds documentaire évalué à ce jour à près de 5000 ouvrages. Tous les anciens livres ont été dérobés par les élèves. La bibliothèque gagnerait à être dotée surtout en livres inscrits aux programmes d'enseignement, des différents niveaux d'études. Ainsi que de tables de lecture et de travail. La salle informatique est équipée de 20 ordinateurs. Surexploités. Tous les 3811 élèves inscrits s'exerçant à l'outil informatique.

L'engouement auprès des élèves est réel et prometteur. De la sixième à la terminale, tous y passent. L'opérateur privé est en attente des sommes dues par le comité de gestion du lycée (Cogés). Pour l'acquisition de nouvelles machines en vue de doubler la capacité d'accueil et la disponibilité des micro-ordinateurs. L'on sait qu'une partie des frais de scolarité a limente les ressources nécessaires pour la rétribution du prestataire de service. Qu'attendent les parents d'élèves pour faire avancer cet important projet ?

Le tout petit bâtiment H, qui servait naguère de réfectoire, a été transformé en trois salles de classe. Grâce à Mme Mel Asseu Valentine, le nouveau proviseur. Arrivée seulement en début de la présente année scolaire. Elle a déboursé de sa poche l'argent nécessaire à la réhabilitation du local. Toiture comprise. Elle a été remboursée bien plus tard par le Coges. C'est ce comité qui aide l'école à faire face à certains besoins. Mais, sollicité de partout, il ploie sous la montagne des sollicitations, a indiqué Mme Mel. Ici, l'essentiel est d'avoir le sens de l'anticipation et de la responsabilité. Car,

Souligne-t-elle avec force arguments, " quand l'environnement est beau et propre, il est propice au travail ". C'est pourquoi, dès sa prise de fonction, Mme Mel a aménagé la devanture de l'école. Evoquant les projets pour son établissement, elle souhaite de tout coeur la réhabilitation totale de toutes ces vieilles bâtisses. Pour l'heure, le laboratoire de science de la vie et de la terre (SVT) est en train d'être rénové. Tout n'est pas fini. Il reste la pose du plafonnage. Sur financement du conseil général de la localité, sa toiture a été entièrement refaite dans du matériau résistant, inaltérable aux intempéries, dit-on. Mis à part ses soucis réels d'environnement et d'espace de travail décent et fonctionnel, Mme le proviseur est inquiète. Avec elle ses proches collaborateurs. Les résultats des examens blancs du Bac, toutes séries confondues, et du Bepc sont mauvais. " Ils seront catastrophiques, cette année ", a confié triste et déçue Mme Bidia Anne-Marie, Censeur. Si bie n sûr, cette tendance se confirme. Les terminales D fortement représentées dans l'école sont les plus touchées par ses mauvaises performances. Elles représentent les 3/4 des effectifs présentés au Bac.

40, 90 % au Bac et 31,29 au Bepc en 2005

En 2005, le taux d'admission au Bac toutes séries confondues s'établissait à 40, 90 %. A noter, toutefois, que la terminale C a fait 100 % de réussite avec 8 candidats inscrits et présents.

Les causes des récents échecs aux examens blancs de l'année en cours sont notamment liées aux grèves intempestives des enseignants. Comme on le sait, ces grèves sont consécutives aux revendications portant sur le profil de carrière et les primes de correction. Comparativement aux périodes précédentes, cette année, les élèves ont été moins agités. Il est vrai qu'il y a eu quelques mouvements d'humeur, mais qui ont été vite maîtrisés. Les raisons de leurs récentes protestations proviennent par exemple de la perméabilité constatée des toitures des classes. Il y a eu également de gros problèmes d'électricité en début d'année.

66 salles sur 76 pour la rentrée 2006- 2007

Autre soucie et non des moindres des responsables de la scolarité : la confection des emplois du temps pour la rentrée 2006-2007. En effet, pour cette période, il est prévu 76 classes contre 66 salles de cours. La capacité maximale. Pourtant, le lycée dispose de grands espaces. Mais, les nouvelles constructions sont quasiment rares voire inexistantes. Bientôt, il ne sera plus possible de " caser " les élèves dont les effectifs gonflent d'année en année. Les élèves ne sont pas seuls à l'étroit dans cet établissement. Cinq censeurs partagent deux bureaux. Tandis que les 13 éducateurs sont répartis en trois bureaux. Les 2 conseillers d'orientation sont logés chacun dans un local exigu. Pour tout dire, l'état de délabrement et l'insuffisance de locaux sont un gros handicap. A régler rapidement. Les aides ponctuelles ne pourront jamais suffire. Dans les années 1990, l'amicale des anciens élèves du lycée a fait quelques gestes symboliques lors des fêtes de retrouvailles. Le Conseil général de Grand-Bassam a prévu d'y remédier totalement. Dans les meilleurs délais. Par la recherche de financements à hauteur de 400 millions pour les bâtiments et 400 millions pour la rénovation de l'internat.

La vie scolaire est animée par deux associations : la coopérative scolaire et le conseil scolaire des délégués d'élèves. Et plusieurs clubs socio-éducatifs occupent les élèves les après-midi de mercredi : santé, journal, photo, sport, littérature, arts, informatique, anglais, chorale, cuisine -école. Les religions sont également représentées : musulmane, catholique. Ainsi que des cellules de prière.

Les élèves peuvent se restaurer sur place. La cantine, malgré ses équipements obsolètes, offre cinq déjeuners corrects par semaine. Pour une capacité de 20 tables de 8 places. Les repas sont payants pour la modique somme de 2000 francs par mois. Les repas sont subventionnés par l'Etat. A remarquer que le tiers des effectifs d'élèves provient d'Abidjan.

Enfin, le lycée dispose d'un terrain de sport non équipé. Qui ressemble plus à un terrain vague.

On trouve au sein de l'établissement une infirmerie dotée de trois lits d'hospitalisation. Les affections rencontrées sont : le paludisme pour 70 % des cas, les traumatismes et l'asthme, a affirmé l'infirmier d'Etat de service. Pour parer à l'urgent, les consultations et les pansements se font sur place. Ils sont gratuits. Le centre médico-scolaire du district sanitaire est très éloigné du lycée. L'hôpital de la ville est payant. Le conseil général a fait des dons en matériels. Mais, qui restent, encore insuffisants. La capacité d'accueil doit être améliorée, au regard des sureffectifs.

C'est ce visage peu reluisant d'un établissement guetté par la ruine qu'affiche aujourd'hui, le lycée moderne de Grand-Bassam. Autrefois, collège moderne d'excellence de la région du Sud-Comoé. Qui ne mérite pas le sort que lui réserve l'usure du temps.

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