L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Impôts sur les revenus - Syndicats : les fonctionnaires obtiennent satisfaction

Port Louis — Le ministre Sithanen ayant fait marche arrière sur la question de taxes sur tous les revenus, les syndicats de la fonction publique annulent la manifestation prévue aujourd'hui.

Les syndicalistes appellent les fonctionnaires à rester vigilants en ce qui concerne la réforme des lois du travail.

Quelques coups de fil, des explications et les fonctionnaires retrouvent le sourire... Ils ont du coup annulé la manifestation qu'ils avaient prévue aujourd'hui sur l'esplanade d'Emmanuel Anquetil Building, à Port-Louis, pour protester contre la mesure budgétaire qui consistait à taxer tous leurs revenus, soit la lump sum, l'allocation de voyage outre-mer, l'allocation de transport et les remboursements des congés de maladie accumulés. C'est la décision du ministre des Finances de procéder à quelques réajustements de la mesure qui a contribué à décanter la situation.

La Government General Services Union (Ggsu) avait, du reste, adressé une lettre de protestation au chef du gouvernement lundi, estimant que cette mesure les priverait de leurs acquis.

Mais hier, après quelques échanges téléphoniques entre le Premier ministre, Navin Ramgoolam et Rashid Imrith, le président de la Government General Services Union (Ggsu), puis entre ce dernier et le ministre des Finances, les fonctionnaires devaient obtenir satisfaction, du moins ceux qui toucheront une lump sum de moins de Rs 1 million.

"Pour nous, c'est une victoire de la communication", déclare Rashid Imrith. Sans cela, explique le syndicaliste, un fonctionnaire touchant Rs 20 000 et qui se retirerait après plus de 33 ans de service, aurait eu à payer une moyenne de Rs 100 000 en guise de taxe sur sa lump sum. Et de préciser que les fonctionnaires dépendaient pour la plupart de cette somme pour régler leurs dettes, payer les études des enfants... Cette mesure budgétaire venait bousculer leurs calculs.

La manifestation qui était prévue aujourd'hui avait obtenu le soutien des syndicats du secteur privé et de la Fédération syndicale du service civil. Réagissant à la décision du gouvernement, le président de ce syndicat, Toolsiraj Benydin, la qualifie de "victoire du mouvement syndical". "Notre campagne a porté ses fruits. J'invite cependant les fonctionnaires à rester mobilisés car il y a d'autres combats à mener."

Parmi ces autres combats de la classe syndicale figurent la réforme des lois du travail. Celle-ci était du reste au cÅ"ur de la Private Notice Question (PNQ), hier. Le ministre du Travail et des relations industrielles, Vasant Bunwaree, répondant à une question du leader de l'opposition, Nando Bodha, sur les objectifs et le pouvoir du National Wages Council (NWC), a confirmé l'abolition du comité tripartite annuel et a déclaré que le Pay Research Bureau et le National Remuneration Board (NRB) ne sont pas adaptés aux exigences de la situation actuelle.

Vasant Bunwaree explique qu'il existe actuellement trop "d'organisations et d'incohérences" dans le mécanisme de détermination salariale. Celui-ci, dit-il, ne tient pas compte de la capacité à honorer une augmentation salariale et met en péril l'investissement et la création d'emplois. De plus, l'actuel système "rend le recrutement difficile et ne motive pas les travailleurs à répondre aux nouvelles exigences de l'économie".

Or, affirme Vasant Bunwaree, les renseignements dont il dispose indiquent que les pays qui ont éliminé les rigidités du marché du travail ont un taux de chômage très bas : "Dans l'intérêt des travailleurs, la nation, les jeunes, les entrepreneurs, nous devons avoir le courage de changer le cours des choses."

"Hire and fire" : Si le gouvernement a décidé d'abolir le comité tripartite qui détermine la compensation

salariale annuelle, cela ne veut pas dire qu'il abandonne l'esprit du tripartisme, précise toutefois le ministre. En effet, dit-il, le NWC envisagé maintiendra les négociations gouvernement-syndicats-patronat. Il s'assurera que la détermination des salaires et de la compensation soit liée à la productivité et à la capacité de payer. Des consultations seront engagées avec les syndicats avant la mise en place du NWC.

Après l'exposé du ministre, le leader de l'opposition lui a fait remarquer que l'abolition du comité tripartite risque de mettre en péril la paix sociale. Car cela pourrait encourager la classe patronale à licencier comme bon lui semble, argue Nando Bodha, citant un rapport de la Banque mondiale selon lequel Maurice est classée à la trentième place sur cent cinquante pays au chapitre Hire and Fire.

A ce stade, Vasant Bunwaree, devait faire remarquer qu'en 1982 le gouvernement avait licencié quelque 20 000 travailleurs de la Development Works Corporation, remarque qui devait provoquer la colère du leader du Mouvement militant mauricien. Paul Bérenger lance alors : "stupid" et "fool ".

Pour Nando Bodha, l'abolition du comité tripartite engage le gouvernement dans la voie du patronat. ll est clair maintenant qu'il n'y aura pas d'augmentation salariale minimale, dit-il.

Lui succédant, Paul Bérenger, devait réclamer l'amendement d'une loi pour que la compensation salariale de Rs 135 ait force de loi à partir du 1er juillet prochain.

Réforme : National Wages Council

L'idée avait été lancée en 2002 par le professeur singapourien Lim Chong Yah. Dans son rapport remis au gouvernement, il préconisait la réforme des systèmes de détermination de salaires à travers la mise en place du NWC. Pour y arriver, il fallait, selon l'expert, démanteler le mécanisme de détermination de compensation salariale annuelle. Le Pr Lim suggérait une instance tripartite unique : le NWC pour les fonctionnaires et les travailleurs du secteur privé, instance composée de sept représentants de chacun des trois partenaires (syndicat-gouvernement-patronat). L'instance présidée par une personnalité non politique aura pour tâche de déterminer le taux d'augmentation de toutes les entreprises du public et du privé. Ce taux tiendra compte de la capacité de l'entreprise à payer, de la productivité, du taux d'inflation et de la compétitivité nationale.


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