La Tribune (Algiers)

Algérie: Hommage à Tahar Djaout à la Bibliothèque nationale : «Il voulait s'envoler, par son verbe, dans le ciel de l'Algérie»

«Le silence, c'est la mort. Et toi, si tu dis, tu meurs, si tu te tais, tu meurs, alors dis et meurs !» a dit Tahar Djaout.

Une «recommandation» que ce journaliste, poète, nouvelliste et romancier s'était appliqué, personnellement, à exécuter. «Dis et meurs !», c'est exactement ce qu'il avait fait. Il a dit, et il en est mort. En 1993. Il est assassiné peu de temps après avoir fondé l'hebdomadaire Ruptures où il développait «librement» les questions sur la culture, la société et la politique de l'Algérie.

Depuis cette année où la littérature algérienne a perdu un des ses symboles, des associations et institutions lui rendent, chaque année, un hommage. Comme c'est le cas de la Bibliothèque nationale qui a organisé hier, en collaboration avec l'association «Zinet el Qaada», un hommage, en présence, entre autres, de sa famille et de ses anciens collègues journalistes.

Cependant, le véritable «hommage» à Tahar Djaout ne lui a pas encore été rendu. «Nous déplorons que la littérature de Tahar Djaout ainsi que celle des autres écrivains algériens ne soient pas enseignées dans nos écoles. La nouvelle génération doit connaître sa culture, sinon cette dernière sera amenée à disparaître. Certes, de notre côté, on peut proposer des programmes pour faire connaître nos illustres hommes de lettres. Mais cela reste insuffisant. Nous ne pouvons pas travailler seuls. Il nous faut l'implication des pouvoirs publics», a affirmé une enseignante de l'école privée les Glycines. «Cet hommage que nous proposons, ajoutera Amine Zaoui, directeur général de la Bibliothèque nationale d'El Hamma, est un premier pas pour faire connaître nos écrivains, dont Tahar Djaout, à la nouvelle génération. En donnant lors de cet hommage la parole aux enfants pour réciter la poésie de Tahar Djaout, nous contribuons, à notre façon, à atteindre cet objectif même si notre contribution reste modeste.»

Des enfants âgés d'une dizaine d'années, élèves de l'école fondamentale privée des Glycines, se sont donc relayés pour réciter les vers et le verbe de Tahar Djaout, extraits notamment des Chercheurs d'os et de l'Invention du désert. Le professeur de l'université d'Alger, journaliste et ancien compagnon de Tahar Djaout, Mouhand Cherif Ghbalou, prendra à son tour la parole pour parler de son ami, l'homme et l'écrivain. «Tahar était animé par un devoir de mémoire. Il était humaniste, pacifiste et le traduisait dans un langage universel. Son écriture dépasse le champ littéraire algérien pour s'étendre jusqu'au champ planétaire. Il voulait, par son verbe, s'envoler dans le ciel de l'Algérie.»


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