Ambroise Ebonda
29 Juin 2006
A quatre mois de la présidentielle attendue, le processus de paix marque toujours le pas sur place et on reparle de l'après 30 octobre.
L'élection présidentielle annoncée comme devant mettre fin à la crise ivoirienne, pourra-t-elle se tenir cette année ? Elle n'avait déjà pas pu se tenir l'année dernière, à la date du 31 octobre 2005 qui marquait la fin du mandat du président Laurent Gbagbo. La résolution 1633 du Conseil de sécurité des Nations Unies était alors venue proroger d'un an le mandat du président ivoirien à qui il avait été adjoint un Premier ministre " acceptable par toutes les parties en crise " ; avec pour mission d'organiser l'élection présidentielle au plus tard le 30 octobre 2006.
Mais, à quatre mois de cette échéance, aucun des préalables à cette élection n'est encore satisfait. Le pays n'est toujours pas réunifié et l'administration n'est pas encore déployée sur l'ensemble du territoire. Le désarmement de la rébellion qui conditionne cette réunification est loin d'avoir commencé. La communauté internationale n'affiche pas une réelle volonté de contraindre les rebelles à déposer les armes. T out au contraire, elle a fait sienne une autre de leurs revendications, l'identification des populations, qui conditionne le désarmement, et qui marque le pas sur place, compliquant davantage la sortie de crise.
Lors de sa 8e réunion la semaine dernière, le Groupe de travail international sur la Côte-d'Ivoire (Gti), mis en place par la résolution 1633, pour évaluer mensuellement l'avancée du processus de paix, a dû admettre à sa façon, le retard considérable observé sur tous les grands chantiers inscrits sur la feuille de route du Premier ministre Charles Konan Banny.
" Malgré les progrès réalisés, le groupe note qu'à quatre mois du délai fixé par la résolution 1633 du Conseil de sécurité pour la tenue des élections, un certain nombre d'actions concrètes restent toujours à entreprendre sur les aspects essentiels de la feuille de route, notamment en ce qui concerne le démantèlement et le désarmement des milices, le redéploiement de l'administration de l'Etat, le lancement à l'échelle nationale des processus d'identification et de Ddr et la préparation du processus électoral ", indique notamment le communiqué final de la 8ème réunion du Gti. Au nombre des préoccupations du Groupe inter national, figure la lenteur de l'extension sur le terrain des activités de la Commission électorale indépendante (Cei) et de la Commission nationale de supervision de l'identification (Cnsi).
Après 30 octobre
Sauf miracle très improbable, tous les observateurs en conviennent, l'élection présidentielle ne pourra pas se tenir au 30 octobre 2006. Alors, que se passera-t-il après cette date, comment et par qui la Côte-d'Ivoire sera-t-elle dirigée ? La question se pose dans les mêmes termes et acuité que l'année dernière. Et, comme en 2005 déjà, elle divise profondément la classe politique ivoirienne. Cette fois-ci, c'est le secrétaire -général de l'Onu, Kofi Annan qui a ouvert les hostilités en affirmant le 14 avril dernier que si l'échéance du 30 octobre n'était pas tenue, " la communauté internationale, ne pourra plus reconduire les accords de gouvernance actuels ". Une sortie bien malheureuse, aux allures de menace de sanction à Laurent Gbagbo, qui assumerait ainsi d'avance le non respect de la date butoir. Une sortie, surtout, susceptible d'encourager les autres parties de la crise à traîner les pieds pour se débarrasser enfin du président ivoirien.
L'idée d'une transition sans Gbagbo a ainsi refait surface dans le débat ivoirien. Où l'on parle d' une " mise à l'écart intégrale " des protagonistes de la crise, Gbagbo y compris, afin de positionner un Premier ministre de transition, qui aurait les pleins pouvoirs pour conduire la Côte-d'Ivoire jusqu'aux élections, la constitution étant par ailleurs suspendue. Une idée que le camp présidentiel et sa redoutable galaxie patriotique rejettent déjà par avance. Et ils ne sont pas seuls à s'opposer à un tel schéma. Le ministre sud-africain de la Défense, Missoua Lekota, qui a pris part à la 8e réunion du Gti , s'en est ainsi violemment pris à la France et à certains pays d'Afrique de l'Ouest que l'on voit derrière l'agitation de l'après 30 octobre 2006. " Ces gens-là veulent nous emmener à parler déjà de ce que nous ferons si les élections n'ont pas lieu en octobre. Ce genre de débat n'est pas mobilisateur. Il faut se concentrer sur la manière de conduire le processus le mieux p ossible pour atteindre cet objectif des élections en octobre et non de se demander ce qu'on fait si on n'y arrive pas ", martèle le ministre sud-africain.
Rendez-vous en Gambie
A coup sûr, ce débat va s'inviter au prochain sommet ordinaire de l'Union africaine les 1er et 2 juillet à Banjul en Gambie. On devrait s'attendre à y voir les deux camps s'affronter. Certains pays francophones cornaqués par la France, manoeuvrant pour obtenir une résolution demandant une transition sans Gbagbo, à valider par le Conseil de sécurité de l'Onu ; et le président ivoirien se battant pour demeurer en son palais et obtenir le désarmement, y compris par la force, de la rébellion. Généralement soutenus par les pays non francophones d'Afrique dont l'Afrique du sud, l'Angola, la Libye ou le Rwanda, souhaite également obtenir des ralliements dans le camp d'en face. On peut observer qu'il a rendu visite ce mois au Tchadien Idriss Déby et à l'Equato-guinéen Obiang Nguema, soit deux présidents françafricains qui ont récemment dû faire face à la déstabilisation et qui sont par conséquent susceptibles de prêter une oreille attentive au chant contre les rébellions que Gbagbo e ntend entonner à Banjul pour sauver son fauteuil au-delà du 30 octobre 2006.
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