Lazare Kolyang
30 Juin 2006
L'acte d'achat de Shell Cameroun par Chevron Texaco est parsemé de grèves des employés des deux compagnies.
Officiellement, à partir de demain, 1er juillet, les négociations de rachat de la filiale camerounaise de la compagnie pétrolière Shell par Chevron Texaco devront prendre fin. Sur la base de cet accord, les enseignes Shell devraient alors disparaître des stations services du territoire camerounais, ou du moins, ces stations devront être reprises en mains par un personnel appartenant à la compagnie Chevron Texaco Cameroun. La compagnie anglo-néerlandaise Shell a, en effet, décidé de céder sa filiale camerounaise à son concurrent américain Chevron Texaco. Les négociations, menées jusque-là en sourdine entre les deux staffs, n'ont été connues des employés des deux compagnies qu'au courant du mois de novembre 2005. Ce qui a eu pour conséquence de provoquer le courroux de ces derniers. En acceptant l'offre de Texaco, Shell Cameroun souhaitait ainsi quitter le secteur de la distribution pour se consacrer uniquement à l'exploration offshore.
Concrètement, la reprise des actifs de Shell dans la distribution veut dire qu'en plus des 82 stations-service qu'elle compte (soit 17% des parts du marché, deuxième après Total qui compte 162 stations, soit 43% des pats du marché), Texaco va acquérir les 49 autres stations appartenant à Shell (15% des parts de marché camerounais qui compte quelque 400 stations). Quid maintenant des 82 employés qui appartenaient à Shell ? La gestion de ce volet social a d'ailleurs été à l'origine d'une grève de ces personnes qui ont peur pour leur survie professionnelle au sein de Texaco.
Primes
Entrés en grève en novembre dernier, notamment en séquestrant les responsables de la compagnie au Cameroun dans leurs bureaux de la direction générale de Bali à Douala, une situation transitoire, un peu floue, leur a permis de rester dans leur nouvelle société, jusqu'au mois de mai dernier. Après ce délai de six mois qui leur avait été prescrit, chaque employé devait faire la demande de rester au sein du groupe ou de démissionner. Il ne fait point de doute que Texaco, qui emploie actuellement moins de cinquante personnes, ne pourra reprendre tous les 82 employés de Shell.
Et alors qu'on s'attendait donc à une revendication du côté des employés de Shell, ce sont les 46 employés de Texaco qui veulent prendre les devants avant l'entrée en application de cet acte de rachat, eux qui n'ont pas encore digéré les conséquences du rachat par Chevron de Texaco en 2004. Les primes liées au changement de la société, affirment-ils, n'ont jamais été accordées aux employés qui indiquent au contraire avoir été dépossédés de certains avantages sous le fallacieux prétexte de ce changement de nom.
Mercredi dernier, 27 juin, ils sont passés à l'acte en observant un arrêt de travail pour amener la direction générale de Texaco, qui est jusque là restée sourde aux revendications, à réagir. En présence des responsables régionaux venus de Lagos au Nigeria et de Cap Town en Afrique du Sud, précipitamment dépêchés pour trouver un terrain d'entente, les négociations se sont poursuivies hier soir à l'hôtel Le Méridien.
Pour les employés de Texaco qui revendiquent des améliorations des conditions de travail, il s'agit, d'abord, de la "négociation en tripartite d'un protocole d'accord avec effet rétroactif au 1er juillet 2006". Ensuite, ils veulent " la souscription d'une police d'assurance maladie pour tous les employés et leurs familles avec couverture à 100%, prise en charge des cas handicapés et d'évacuation sanitaire, mise en place d'un plan de retraite complémentaire, revalorisation des avantages sociaux à hauteur de 50%, réactivation des avantages sociaux suspendus aux employés depuis la fusion de Chevron et de Texaco (prêts construction, prêts d'équipement, bourse scolaire, mise en place d'une avance de 12 mois de l'indemnité de logement) ". Et enfin, comme bonifications pour le travail bien fait, ils demandent le "paiement d'une prime pour les sacrifices consentis par le personnel depuis 1994".
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