Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: L'argent du tabac ne fait pas du bruit

Les vendeurs sont peu bavards sur le niveau de leurs affaires et les points de ravitaillement.

A regarder les marques de cigarettes exposées dans nombre de points de vente dans la ville de Douala, on semble être bien loin de la grosse menace que le Syndicat des commerçants détaillants du Wouri (Sycodew) a fait peser, il y a environ deux mois, sur les distributeurs et vendeurs de tabac. Dans la caisse d'une vendeuse, peinte aux couleurs de "Yes International", juste en face de la direction de l'entreprise Eric Cameroun, une Pme spécialisée dans l'importation et la distribution de certaines cigarettes, diverses marques sont exposées : Benson & Hedges, L&B, Palmall et Diplomat sont soigneusement rangées à côté d'autres marques telles que Columbus, Superkings, Business et Aspen. Pendant quelques jours, au début du mois de mai dernier, cette cohabitation de produits était rare. Le Sycodew venait d'appeler au boycott des produits de la British American Tobacco (Bat). Un communiqué adressé à "tous les distributeurs et surtout les détaillants" les me naçait de représailles en cas d'exposition des produits Bat.

La multiplicité des points de vente de cigarettes à travers la ville de Douala, renseigne quelque peu sur le niveau de consommation de ce produit par les populations. Pour le commerce de gros, des magasins spécialisés sont ouverts dans divers marchés de la ville. Seulement, ils sont surtout connus par des "semi-grossistes" qui se chargent de la distribution. Hormis les épiceries, les points de vente dits de "proximité" jonchent les rues et les quartiers. De nombreux kiosques à tabac sont logés essentiellement à côté et même à l'intérieur des grands hôtels. Ce sont surtout les "débrouillards", propriétaires des caisses tabliers le long des rues assez fréquentées, aux grands carrefours et aux alentours des débits de boisson, qui se montrent les plus nombreux. Il y a aussi de jeunes vendeurs ambulants que l'on rencontre partout, leurs marchandises, faites de diverses marques de cigarettes et d'autres produits, sur la tête.

Business

A Yaoundé, c'est quasiment le même constat. Au marché central où l'on remarque la présence de nombreux "semi-grossistes", il n'est pas aisé d'en trouver qui parlent. " Le business n'aime pas le bruit ", dit l'un d'entre eux, pour esquiver nos questions. Plus sensible à la presse, l'occupant de la boutique N°60 accepte pour sa part de dire un mot, " à condition de parler sans afficher [son] identité ". Dans cette boutique qui fait dans le " commerce général ", l'un des quatre rayons est exclusivement réservé à la cigarette. Sont ainsi exposées : L&B, Gold Leaf, Benson & Edges, Gold Steal, Business, Malboro, etc. Ici, l'acheteur ne peut acquérir la marchandise en détail. " Nous les vendons en cartouches ou, tout au plus, en paquets ", explique-t-il, la cartouche étant un conditionnement contenant 10 paquets au minimum. De ce fait, la plupart de ses clients se recrutent parmi les petits détaillants.

Dans cette boutique, la plupart des cartouches sont vendues à 3.300 Fcfa.

C'est le cas des marques Gold Steal, Business, Gold Leaf, Superkings, Fine, Bond Street, etc. Des cigarettes " grand public ". Ce sont, toutes, des marques importées, à l'exception de Diplomat. Dans cette même catégorie, la cartouche de L&B, marque produite localement par Bat-Cemac, est, quant à elle, cédée à 4.100 Fcfa. Malgré cette différence du prix de la cartouche entre produits locaux et produits importés, notre commerçant cède invariablement chaque paquet de cigarettes à... 500 Fcfa. "La différence du prix de la cartouche entre les cigarettes de Bat et les cigarettes importées, qui est de 800 Fcfa, est là pour stimuler les détaillants", explique notre commerçant. Il y a, tout à côté, des "produits de luxe", qui sont "consommés par une infime partie des gens, surtout les Blancs", précise-t-il. Ce sont, pour les plus connues, Benson & Edges, Malboro, etc. Leur cartouche se vend à 8000 Fcfa au moins, et le paquet à 1000 F pour les moins chère s.

Dans certains supermarchés, notamment Leaderprice et Mahima où Marlboro, St Moritz, Gold Tobacco et d'autres marques de cigarettes occupent un rayon, l'on est moins ouverts sur les sources de ravitaillement. "Nous vendons surtout des cigarettes de luxe et quelques autres marques ordinaires présentes sur le marché. Mais, nous ne les détaillons pas. Elles se prennent par cartouche", explique une jeune vendeuse dans le rayon des tabacs de Leaderprice à Douala. Une espèce de flou qu'entretiennent aussi d'autres vendeurs.

Au hit parade des cigarettes vendues, notre commerçant du Marché central situe, au sommet de la pyramide, L&B (bleu et menthol), suivie de Diplomat. "Il y a aussi Gold Steal et Businness Club qui se vendent bien ces derniers ", dit-il, avant d'ajouter : "Businness se vendait mieux encore, il y a quelques mois, mais avec les ruptures régulières des stocks, les clients vont voir ailleurs. Il y a quelques années, c'était aussi le cas avec Aspen, qui a pratiquement disparu aujourd'hui ". Quels sont les critères de choix des marques pour les consommateurs ? La plupart des commerçants, distributeurs comme détaillants, affirment que c'est la qualité et le prix. Et comme les consommateurs sont de plus en plus pauvres, le prix prend assez souvent le pas sur la qualité.

Qualité

"Je vends surtout les cigarettes qui passent facilement sur le marché. Je ne sais pas si elles sont fabriquées au Cameroun ou si elles sont importées. En tous cas, ce sont les clients qui déterminent les commandes que je passe", explique une vendeuse en face du cinéma le Wouri à Douala. Jacques Ndob, vendeur de cigarettes au carrefour Ndokotti, partage la même logique : "Je parviens à écouler, par jour, plus de 10 paquets de L&B menthol et presque autant de L&B bleu. Pall Mall et Benson passent aussi, puisqu'il arrive souvent que je vende quatre à cinq paquets par jour. Ici, Business bleu et menthol passent à peine, ainsi que Club", précise-t-il. C'est dans ces proportions qu'il se ravitaille auprès des distributeurs qui le trouvent généralement sur place. "J'ai des livreurs qui passent régulièrement me vendre des cigarettes. Il y en a un qui me vend les produits de Bat et des autres qui viennent me proposer d'autres marques de cigarettes comme Aspe n, Business et Superkings", argue-t-il. Seulement, il avoue ne jamais s'être posé de questions sur la provenance des cigarettes qu'il vend.

Au marché Mboppi à Douala, de même qu'au marché Congo et au marché central à Yaoundé, les commerçants qui tiennent des magasins de distribution de tabacs se montrent moins bavards sur les quantités et surtout sur l'origine des cigarettes qu'ils commercialisent. "J'avais un contrat avec Eric Cameroun pour la distribution de Yes International et Mehr Gold. Mais ce sont des cigarettes qui ont disparu du marché. Depuis, ce sont seulement des produits Bat que je vends en gros à certains détaillants", explique Albert Tagne Wabo. Dans son magasin pourtant, deux acheteurs sont venus récupérer quelques cartons de Business et de Superkings, en principe importés au Cameroun par les sociétés Abc et Comdita.


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