Port Louis — La démocratie parlementaire donne une grande visibilité aux affaires. Bien entendu, elle n'offre pas de garantie absolue contre la tentation du pouvoir d'étouffer les scandales mais elle permet à l'opposition d'informer l'opinion publique. Et, ce n'est pas rien. Un célèbre journaliste disait que "si l'opinion n'en sait rien, les affaires seront indolores".
Le leader de l'opposition a une lourde responsabilité parce que le système parlementaire lui donne le privilège de pouvoir interpeller un ministre sans préavis sur une question brûlante de l'actualité. Certes, il ne peut pas par ce biais forcer la police à diligenter une enquête mais il peut prévenir des manoeuvres de "cover-up" en alertant l'opinion.
Il est dangereux de vouloir limiter ce droit des parlementaires à demander des éclaircissements. De même, museler la presse serait un pas en arrière. Les citoyens savent que ce sont les reportages d'investigation qui ont souvent permis de mettre au jour des affaires enterrées par les politiciens. En particulier dans un pays où la majorité politique occupe une position si dominante, il est essentiel de ne pas imposer des restrictions excessives sur les contre-pouvoirs qui contribuent à la manifestation de la vérité.
En ce moment, par exemple, il y a plusieurs explications que l'on aimerait avoir sur des sujets qui demeurent mystérieux. On aimerait comprendre l'attitude des enquêteurs de police qui semblent indulgents vis-à-vis des conseillers de ministres impliqués dans des affaires. On voudrait savoir pourquoi le dossier du scandale des terres a été mis en veilleuse depuis qu'il a été confié à l'Icac. Etc.
Quand Nando Bodha demandait, mardi dernier, au ministre des Finances si les noms des ministres Dulull et Valayden figuraient sur les listes des parieurs qui misaient à crédit, il s'est attiré les foudres de bien des censeurs. Heureusement que sa démarche a été jugée "proper" par le speaker. Si les lois du pays devaient interdire à un député de répercuter une interrogation qui a fait le tour du pays, la République aurait mieux fait d'aller planter des bananes.
Le leader de l'opposition a eu l'occasion de poser sa question sur les parieurs illégaux présumés. Les deux ministres ont eu l'occasion de s'expliquer. La démocratie est sauve. Du reste, Nando Bodha a respecté la forme en évitant de faire une accusation directe contre les deux ministres.
En revanche, le leader du PTr était moins nuancé quand il était dans l'opposition. Le MSM vient de nous rappeler dans quelles circonstances il avait cité les noms de deux anciens ministres au Parlement dans l'affaire de détournement des fonds du NPF: "That is why I'm saying no cover up, let us open up, let us have the enquiry, let us have NTan come and have a full enquiry including on the names of the two other ministers, honorable Cuttaree and honorable Khushiram", avait déclaré Navin Ramgoolam le 7 avril 2005 au Parlement. Il avait également allégué, ce jour-là au Parlement, que "le Sun Trust Building a été financé par l'argent venant de la MCB".
Dans le lot d'accusations que se lancent mutuellement les politiciens, il se trouve tant des dossiers fondés que des imputations malveillantes. En général, le public arrive, dans sa sagesse, à distinguer le sérieux du frivole. Les justes n'ont pas à avoir peur des libertés qui autorisent les citoyens curieux à poser des questions.

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