Marguerite Estelle Etoa
19 Juillet 2006
Une enquête du pédo-psychiatre Daniel Mbassa Menick, présentée lundi, montre clairement la responsabilité des parents.
Sur le phénomène de l'exploitation sexuelle à des fins commerciales au Cameroun, les chiffres sont plus qu'alarmants. D'après une étude du Dr. Daniel Mbassa Menick, pédo-psychiatre, réalisée dans les villes de Yaoundé, Douala, Bamenda, et Bafoussam, quatre filles sur dix sont exploitées sexuellement à de fins commerciales. 40% des jeunes filles dans ces villes sont des prostituées. C'est pour lutter contre ce phénomène qui n'émeut pratiquement plus et prend des proportions inquiétantes que le Cercle international pour la promotion de la création (CIPCRE) a organisé depuis lundi une campagne. Intitulée " Campagne Semaines pascales " et plaidoyer pour la femme et les enfants, elle a pour thème " Trafic des filles africaines à des fins d'exploitation sexuelle et perspectives d'action. "
Pour animer la conférence de presse tenue au siège du CIPCRE, un panel composé par le Dr. Daniel Mbassa, maître d'oeuvre de l'étude, le Dr. Kä Mana, philosophe -théologien congolais et Amély-James Koh- Bela, auteur du livre " Prostitution africaine en Occident " et dont la réputation n'est plus à faire en matière de lutte contre la prostitution africaine et ses réseaux en Occident.
Si au courant de la conférence, il est apparu que les principaux facteurs de la prostitution et l'exploitation sexuelle sont la pauvreté, la misère, la sous-scolarisation, les grossesses et mariages précoces, les violences en milieu familial il a été clairement montré que les parents jouent un rôle important consciemment ou non dans ce drame. Car certains instrumentalisent leur progéniture pour des besoins de subsistance. En outre, la démission parentale aggravée par la pauvreté et les actes de violences ou de frustrations domestiques ont tendance à croître.
Face à tout ce désastre sexuel, Amély James Koh Bela, écrivain et fervente militante contre l'exploitation sexuelle des femmes et surtout des enfants, interpelle les parents : "Ils devraient reprendre leurs responsabilités de parents, de gardiens de valeurs. Préserver l'innocence des enfants, leur permettre de grandir et surtout, leur inculquer l'amour de leur patrie ". Pour la militante, ce n'est que par ce moyen que cesseront l'émigration à des fins sexuelles et le trafic des enfants. Si les différents panélistes sont unanimes sur le silence de la société en général, et sur les autorités en particulier, ils gardent espoir que celles-ci s'impliquent davantage dans la lutte contre cette nouvelle forme de " traite négrière " : " Il y a des lois dans ce pays sur le trafic des enfants, sur l'exploitation sexuelle des jeunes filles mais malheureusement rien n'est fait pour y remédier. C'est un problème qui peut trouver des solutions dans les partenariats, mais il faut néanmoins u n appui en amont ", explique le Dr. Daniel Mbassa Menick. La campagne qui prend fin le 21 juillet à Yaoundé a pour autres combats, la lutte contre la perversion de la dot qui transforme les femmes en marchandises, en objet érotique, et la lutte contre la torture lors des rites de veuvage.
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