La Presse (Tunis)

Tunisie: Les pionniers du théâtre et de la télévision en Tunisie

Hamda Ben Tijani intégra le théâtre Ben Kamla (actuel garage Simca) au Passage. Il y fit connaissance avec Abderrazak Karabaka, doyen du groupe Taht Essour et grand poète, parolier et écrivain.

Karabaka était la cheville ouvrière de la troupe, écrivant des pièces brèves et d'autres longues et y assurant des rôles. Il allait être par la suite relayé par Tahar Belhadj qui chargea Sidi Hamda de jouer une pièce théâtrale chaque semaine contre un salaire de cinquante francs.

Notre Maréchal devenait de la sorte acteur professionnel et put côtoyer Ahmed Bouleymane, surnommé Kaïdoum el masrah («le vieux du théâtre»), d'autant plus qu'il faisait un peu de tout : acteur, auteur, préparateur de décors et costumes, maquilleur

Ahmed Bouleymane se rendit célèbre par certains rôles comiques et enregistra sur disque des chansons humoristiques et de brèves comédies comiques de sa propre voix.

La ballade

Seulement, usé par ce rythme infernal d'une pièce toutes les semaines, Si Hamda abandonna cette troupe pour émigrer vers «L'avenir théâtral» (Al mostakbal attamthili) fondée par un groupe d'élèves ayant fait leurs armes dans Le Théâtre arabe «Jamaïet attamthil al arabi», et formée par Georges Abiadh. Ils allaient d'ailleurs tout faire pour installer ce dernier à Tunis, mais en vain.

Béchir Metheni et Mohamed Lahbib dirigeaient cette troupe où avaient exercé Naceur Bouderbala, Sadok Karoui, Chedly Ben Friha, Hamouda Maâli, Béchir Rahal, Allala Sfaïhi et Hamadi Chaouch.

C'est le 20 janvier 1927 que cette troupe allait donner sa première représentation de Louis XI.

Habiba Msika joua le rôle principal dans Marie Tudor et Si Hamda interpréta à ses côtés pour la première fois un rôle dans Al ahdab «Le bossu».

Coup de théâtre !

Le jour même où l'on devait jouer la pièce Les martyrs du nationalisme, le résident général français ordonna d'en suspendre la représentation, la troupe fut ainsi contrainte de jouer Fath Beït El Makdès à la place des Martyrs du nationalisme.

Ben Tijani jouera par la suite Samson dans la pièce Samson et Dalila aux côtés de la belle Habiba Msika qui incarnait naturellement Dalila. Comme on le sait, Samson et Dalila fut joué dans un film grandiose de Cecil B. de Mille présenté à Tunis en 1949.

Puis vint le tour de L'aiglon «Ennesr Assaghir» jouée par Habiba Msika, et où Hamda Ben Tijani campait le rôle du commandant Flambo. Ensuite, Les deux orphelines (Al yatimataïne).

Polygamie à l'italienne

Gaston Costa, acteur et écrivain italien, vint à Tunis, ramenant avec lui le texte d'une pièce en italien Les épouses (El Harimayn) traduite en arabe littéraire par un juif du nom de David. Cette pièce traitait de la polygamie et essuya un échec cuisant du fait d'une campagne fiévreuse des journaux de la place, critiquant sévèrement le thème de cette pièce. Le directeur du journal Annadim, M. Houcine Jaziri, orchestra cette campagne et en donna le ton.

Habiba Msika brûlée

Devant ce fiasco, Hamda Ben Tijani fut amené à réintégrer, lui et Habiba M'sika, la Troupe de l'Avenir théâtral.

A «L'Avenir», la troupe se préparait d'arrache-pied pour la première de la comédie musicale Aïda jouée par Habiba Msika dans le rôle principal avec à ses côtés Mohamed Agrebi et Ben Tijani.

En pleines répétitions générales, en Ramadan 1930, tomba, tel un coup de tonnerre, la nouvelle du décès de Habiba Msika, brûlée vive par son amant.

Aïda ne sera plus jouée que beaucoup plus tard, Wassila Sabri devait remplacer la regrettée Habiba Msika.

Premiers rôles

Du Caire, vint en 1933 à Tunis le mythique Georges Abiadh, Béchir Metheni le chargera de diriger la Troupe de l'Avenir théâtral. Labiadh fut chargé de la mise en scène de plusieurs pièces théâtrales ÂŒdipe-Roi, Carillon y étaient jouées par Hamda Ben Tijani. Dans Louis XI, il incarna le rôle du prêtre français, Le sabre d'Otoroli où il tint le rôle principal aux côtés de Georges Abiadh et Jamel Eddine Bousnina.

Hamda Ben Tijani soignait la direction des acteurs et poussait la manie jusqu'à corriger le nombre de pas qu'il faisait sur scène en plein jeu.

Au bout d'un an, Hamda Ben Tijani se sentit à l'étroit dans l'Avenir théâtral.

Jamel Eddine Bousnina et Belhassen Ben Chedly le prièrent de les rejoindre à la Troupe du théâtre arabe fondée en 1922, donc l'une des plus vieilles associations théâtrales du pays. Elle avait pour direction artistique l'incontournable Georges Abiadh, assisté par Cheikh Brahim Lakoudi. Ce dernier était un des pionniers de l'action théâtrale tunisienne. Il fonda et joua dans l'Association des lettres arabes (Jamaïet el adab el arabia).

A l'arrivée de Si Hamda, la troupe était dirigée par Mohamed Ouertani. Elle élisait domicile juste à côté du mausolée de Sidi Brahim Riahi.

Ben Tijani hérita de plusieurs rôles principaux dans Antara du Prince des poètes Ahmed Chawky Bek, Saladin de Kaïrallah et Abderrahmane Ennaceur.

La troupe mettait la dernière main à la représentation de la pièce Abdelmoneem Ben Ali de Hédi Labidi qui appela à l'union des pays du Maghreb arabe.

Mais la veille de sa première, le résident général décida de la suspendre et on dut jouer à sa place De la lame du sabre «Had esseïf», traduite par Chedly Ouenniche et Mustapha Khraïef.

Trois troupes en une

Cette période était marquée par la fragilité des troupes théâtrales et par leur extrême éparpillement.

Le maire (ou cheikh) de la ville de Tunis entendait y remédier, en décidant la fusion de toutes les troupes en une seule, puissante et structurée.

Le cheikh de la ville de Tunis, Mustapha Sfar, rassembla ce qui restait de trois troupes en déliquescence : le Théâtre arabe, l'Avenir théâtral et l'Association du théâtre. La fusion donna naissance à l'Union théâtrale (Al Ittihad El Masrahi).

Le comédien pouvait y percevoir un salaire fixe allant jusqu'à 300 francs par mois, ce qui représentait des émoluments respectables.

Ce fut à l'évidence une puissante association présidée par Mohamed Lahbib Ouertani. Mohamed Lahbib y assurait les fonctions de contrôleur général, alors que la direction artistique échouait aux soins de Salah Ridha Lahmar, secondé par Béchir Metheni et Brahim Lakoudi.

Hédi Labidi a été désigné souffleur.

Le 14 janvier 1937, l'Union théâtrale donnait sa première représentation Les mains coupables (Al ayadi al athima). C'était le coup d'envoi d'une généreuse saison où la troupe allait jouer la bagatelle de dix pièces théâtrales : Les mains coupables, Le baiser mortel, Hamidou, Les martyrs du nationalisme, Ali Baba, Filles d'aujourd'hui, L'enfant du peuple, Le commissaire Latif, Douleurs de l'oubli et le Courrier de l'enfer.

La mort du directeur

Le directeur de l'Union théâtrale, Mohamed El Ouertani, décédait au début des années 40 et sera relevé par Hmida Lahbib, ancien Gaïed de Béja, féru de théâtre.

A la mort du directeur, Hamda Ben Tijani inaugurera une nouvelle page de sa carrière en rejoignant Al kawkeb attamthili présidé par Mohamed Rassaâ et dont le directeur artistique n'était autre que l'écrivain Mohamed Lahbib.

La saison 1941-42 signa les débuts de cette troupe dont le local est situé rue Sidi Aloui qui mène vers Halfaouine.


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