Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Imprimerie - la sous-traitance prend de la couleur

Faute de matériel, les entreprises cherchent l'expertise ailleurs.

Tenir les engagements, voilà ce qui est bien difficile pour les responsables d'imprimeries dans la ville de Yaoundé. Pour la plupart des commandes qu'ils reçoivent, ils n'ont pas le matériel adéquat. Ã- l'imprimerie de l'Atelier de matériel audiovisuels (Ama) à Mvolyé, par exemple, les responsables, faute de flasheuse, machine qui permet d'obtenir une bonne résolution des images en produisant les pages sous forme de films, étaient obligés, il y a deux ans, de sous-traiter ce volet auprès de l'imprimerie St Paul, située à quelques mètres de là, pour leur commande d'impression de magazines. Les désagréments financiers rencontrés les ont contraint à s'équiper d'un tel appareil.

Depuis quelques années, constatent des experts, le marché de l'impression a augmenté au Cameroun. Des journaux paraissent chaque jour et les imprimeurs sont sollicités pour tous types de travaux de ville. Cependant, les fabriquer est très souvent un parcours du combattant. Selon Jean Bosco Awoumou, consultant dans le domaine, à Yaoundé, " devant ce grand marché, il est rare qu'une entreprise ait les moyens matériels nécessaires pouvant lui permettre de respecter la chaîne graphique, de la prépresse au façonnage. Il y a d'autres paramètres qui entrent également en jeu, comme le type de commande ou les délais d'impression ". Ceci a pour conséquence de conduire les imprimeurs à solliciter des sous-traitants.

Il existe deux types de sous-traitants : ceux qui exécutent les marchés et ceux qui les demandent. Dans la première catégorie se retrouvent les entreprises de renom comme l'imprimerie St Paul, Sopecam, Colorisprint, Netprint ou Vision print à Yaoundé, Multiprint, Graphics System, Macacos à Douala. Celles-ci disposent dans leurs ateliers d'un service de Pao (publication assistée par ordinateur), d'une insoleuse de plaques, des machines de presse à une, deux, quatre ou cinq couleurs, des plieuses, des massicots, des encolleuses, des plastifieuses et des relieuses.

Hommes d'affaires

"La majorité de nos clients sont des sous-traitants à certains niveaux de la chaîne graphique. Parfois, ils n'ont pas d'insoleuse et viennent réaliser cette partie ici. Parfois, c'est le façonnage qu'ils demandent ", confie Félicité Massah, chef service fabrication de Netprint à Yaoundé. Ici, 59% des commandes sont passées par des sous-traitants. Pour ces clients partenaires, les prix sont alors revus à la baisse. " Ce sont des clients à part entière dans la mesure où ils deviennent des partenaires. Si pour un client ordinaire, nous vendons une plaque insolée à 15 francs par exemple, à un sous-traitant nous la laisserons à 10 francs", indique Félécité Massah. Ils sont parfois présentés comme des prospects qui apportent des travaux aux grands imprimeurs.

Dans le secteur de l'imprimerie, le temps, c'est vraiment l'argent. Au Cameroun, il n'existe pas assez d'imprimeries équipées " pour exécuter des travaux d'impression numérique " dont certaines structures, comme les organismes et Ong internationaux apprécient et payent à prix d'or. Ce qui fait que les petites imprimeries qui naissent de l'initiative des " hommes d'affaires " saisissent cette opportunité en créant des unités fictives. Ce sont elles qui forment la catégorie des demandeurs des travaux à sous-traiter.

Très souvent, " ce sont des gens très introduits au sein des organismes internationaux, des entreprises internationales, des sociétés d'Etat et même privées, qui gagnent des marchés alors qu'ils n'ont pas du tout le matériel. Parfois même, l'on écrit imprimerie, alors qu'on y fait que de la prépresse. Le reste du travail s'effectue chez un imprimeur bien équipé", explique Laurent Ayissi, directeur technique de l'imprimerie Ama. Pour cette catégorie d'imprimeurs, la sous-traitance représente en moyenne 90% des travaux. Ils jouent donc sur les marges pour faire des bénéfices. Pour certains, c'est en novembre-décembre qu'ils font le gros de leur chiffre d'affaires avec l'impression des calendriers, des agendas, livrets scolaires, cartes de voeux, brochures, faire-part de mariage, journaux et autres magazine d'entreprise.

Dans cette crise de matériel, même les structures renommées recourent, elles aussi, aux sous-traitants. C'est un dysfonctionnement qui est souvent à l'origine d'un tel recours. Une panne d'électricité ou de machine peut également pousser les directeurs techniques à opter pour la sous-traitance si les délais sont très rapprochés. Certaines imprimeries, à l'instar de Macacos à Douala, ont parfois connu des pannes qui ont causé des désagréments à l'entreprise cliente. Un quotidien de la place n'a pu être imprimé parce que le blanchet faisait des caprices l'année dernière.

De l'avis de Laurent Ayissi, la plupart des machines en service au Cameroun sont de seconde main. Car, comme l'estime Dieudonné Olanguena Yene, chef service technique de la société Inter press à Yaoundé, " monter une imprimerie est une affaire de gros sous. On ne se lève pas un matin pour dire qu'on se spécialise dans ce secteur si on n'a pas au moins des dizaines de millions en poche ". Selon les professionnels, pour une machine de deux couleurs de marque Heidelberg, il faut prévoir au moins 12 millions de Fcfa. Un massicot coûte environ 6 millions, pour le plus petit format. Le coût élevé des machines d'imprimerie et le manque de personnel qualifié dans ce secteur expliqueraient aussi le non respect de la chaîne graphique et le recours systématique à la sous-traitance.


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