Fatou Sarr
27 Juillet 2006
En nous recevant dans le cadre du Pacte républicain, Me Abdoulaye Wade a compris l'enjeu de prendre les mesures pour réparer l'injustice faite aux femmes, et nous a fait la promesse d'apporter une solution, mais auparavant il s'est interrogé sur la légitimité de notre démarche. Maître voici notre réponse Comme nous vous l'avons déjà dit, au-delà de la légitimité de l'idée, notre légitimité nous la tirons de notre statut de femme, de notre conscience que le combat mené est un combat juste, mais surtout de notre appartenance à ces espaces de femmes qui transcendent l'appartenance à des partis politiques et où le débat est mené.
Les femmes se sont invitées dans le Pacte républicain, comme l'a rappelé Maréma Touré, pour porter cette revendication et elles sont allées à la rencontre de toutes les couches sociales pour recueillir leur avis. Les femmes de votre parti, par les voix d'Aida Mbodj et d'Aminata Tall, ont entamé leur propre plaidoyer.
Le 8 juillet 2006, à l'Enea, dans une salle qui a refusé du monde, le Cosef qui, regroupe les femmes de tous les partis politiques et des membres de la société civile, a donné le ton de la mobilisation. Désormais, attendez-vous Monsieur le président de la République à être interpellé à chaque coin de rue de ce pays. Comme l'a dit Safiétou Diop du Réseau Sigguil Djiguen sur les ondes de Wal Fadjri, cela fait 25 ans que nous réclamons d'être rétablies dans nos droits. L'histoire a fait que vous êtes la bonne personne à la bonne place, et cette opportunité historique, les femmes ne la laisseront pas passer.
Zola n'a pas eu besoin d'un mandat populaire pour porter un combat pour la réhabilitation de Dreyfus, il l'a estimé juste. Aujourd'hui, au-delà de notre statut de femme, notre statut d'intellectuelle que nous revendiquons, nous autorise à porter tout combat d'idée qui nous semble légitime. C'est cela qui nous poussé, à Addis Abbeba le 23 mai 2004, à plaider pour que vous soyez choisi pour faire la déclaration sur l'égalité. Face à un groupe d'experts où nous étions la seule francophone, le choix était porté sur Thabo Béki. Mais nous avons interpellé les experts sur la nécessité d'établir des critères objectifs. Nous avons démontré que les femmes d'Afrique du Sud ne doivent leurs acquis qu'à leur propre combat, que celui qui a beaucoup fait pour les femmes de son pays, c'est Kagamé, mais celui qui a le plus fait pour les femmes africaines, c'est celui-là qui a plaidé la parité dans les instances de l'Union africaine. C'est sur la base d'un tel argumentaire, que le choix a fina lement porté sur vous. C'est la raison pour laquelle, le 22 juin 2004, Mme Binta Diop m'a demandé de faire partie de la délégation de Femme Africa Solidarité qui devait vous faire part de la décision des femmes africaines. En faisant cela, je n'avais aucun mandat, ni de vous, ni des femmes sénégalaises, mais un mandat dicté par ma seule conscience et mes convictions.
Vous avez porté le combat de la parité sans aucun mandat des femmes africaines. Simplement parce vous avez compris la légitimité de la revendication, simplement parce que des femmes qui, sur cette question, n'avaient nullement besoin de consultations préalables avec toutes leurs soeurs, dans les couloirs des conférences, ont vu en vous le personne qui pouvait porter ce combat historique. Vous l'avez mené à bien. Depuis, les femmes africaines vous ont adopté, et il ne se passe aucune rencontre sous-régionale des femmes, sans que votre nom ne soit évoqué. Elles vous ont accordé le Gender Award pour vous dire leur gratitude.
Après avoir instauré la parité à l'Union africaine, et être devenu l'avocat et l'idole de toutes les femmes africaines, vous ne pouvez faire autrement pour les femmes de votre pays, que de faire prendre les mesures justes, à l'image de celles opérées en faveur des militaires pour les rétablir dans leurs droits de citoyens. Le Sénégal et l'histoire ne peuvent exiger moins de vous, Monsieur le président de la République.
Le Sénégal ne peut pas faire moins que le Rwanda, le Mozambique, l'Afrique du Sud, le Burundi, la Tanzanie, les Seychelles, les Timores orientales, l'Ouganda, la Tunisie, l'Ethiopie et la Guinée, etc. En effet au 30 avril 2006 le site l'Union International des Parlementaires (www.ipu.org/wmn-f/classif.htm) classe le Sénégal derrière ces pays. Parce que nous ne pouvons imaginer un seul instant que vous puissiez concevoir la construction d'un Sénégal sans les femmes, nous sommes sûres que vous tiendrez votre promesse de répondre positivement aux besoins et attentes des femmes. Je puis même vous prédire que votre marque dans l'histoire, c'est avec les femmes qu'elle se fera, car elles, au moins, ont la fidélité de la mémoire. Quant aux citoyens et citoyennes de ce pays, j'espère qu'ils continueront la réflexion sur la construction d'un destin national, dans l'équité et la justice entre les hommes et les femmes.
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