Mohammed Bakrim
28 Juillet 2006
Pour sa douzième édition, le Festival de Rabat fait la part belle au cinéma.
L'ouverture du Festival du film de Rabat qui se tient actuellement dans la capitale a été dédiée à un hommage cinématographique à une grande figure de la chanson orientale, Abdelhalim Hafiz à travers le film Halim de Chérif Arafa. Un double hommage en fait puisque le film est porté par la figure inoubliable de la star du cinéma égyptien Ahmed Zaki.
Le première internationale du film a eu lieu lors de la dernière édition de Cannes. Présenté hors sélection officielle, dans le cadre d'une vaste opération de promotion : l'affiche du film a fait la Une des grands magazines de la profession du cinéma ; une forte délégation égyptienne, Adil Imam en tête, a fait le déplacement pour la première projection à la salle Star de la rue d'Antibes à Cannes
Halim est un film qui s'inscrit dans la vague des biopic (biographical picture : récit de vie cinématographie) relancée par les Américains depuis quelques années : Aviator, Alexander, Ray et que les Egyptiens pratiquent souvent, notamment pour les derniers grands rôles de Zaki : on l'a vu en effet dans le rôle de Nasser, puis dans celui de Sadate Mais la biographie est un genre hollywoodien fortement codé dont les origines épousent pratiquement celles du cinéma lui-même.
La première biographie filmée a été éditée par Edison dès 1895 : The execution of Mary Queen ; on retrouve la star des planches dans le rôle de La Reine Elisabeth dans un film de 1912 le genre va connaître un grand essor avec l'apparition du parlant et en s'articulant à un genre cinématographique populaire, la comédie musicale. Au sein du genre, on peut alors parler d'un sous-genre musicus bographicus Le genre va connaître son âge d'or dans les années 50, jouant comme un révélateur des représentations dominan tes sur le rôle de l'individu dans une société où le succès et l'échec sont souvent ramenés à la qualité des performances des individus.
Halim comme son titre l'indique, pour un public natif, traite de la vie du célèbre chanteur égyptien mort en 1976, Abdelhalim Hafiz ou le « rossignol brun », pour ses millions de fans à travers la sphère culturelle arabophone. Un pari scénaristique qui ne manque pas d'audace tant la vie du célébrissime chanteur était riche et tumultueuse. Le film a tenté d'aborder frontalement cette immense matière dramatique. Apparemment les moyens ont été à la hauteur de l'intention : on parle d'une production de 4 millions de dollars (trois fois la moyenne d'une production « sérieuse » dans la région) Force est de constater que le résultat est largement décevant : les seuls moments d'émotion sont ceux où l'on reprend des extraits de chansons de la célèbre star, en play-back bien sûr.
D'abord, le film n'a pas su trouver la meilleure entrée, le meilleur angle pour aborder son sujet ; aucun fil directeur n'a pu être développé pour monter une narration originale. On est parti du prétexte d'une longue interview à la radio du défunt pour restituer le film de sa vie, avec d'incessants flash-back, depuis la toute petite enfance jusqu'à sa mort Esuite, on ne peut pas dire que le casting fut heureux : Ahmed Zaki dans le rôle de Halim ne fut pas une bonne idée. Son jeu fortement stylisé fut un handicap. Ayant interprété avec un certain bonheur Nasser et Sadate, Ahmed Zaki ne parvint pas à sortir de ses tics traditionnels pour donner une présence à son personnage. Pire encore, on le sentait souffrir ; malade lui-même, il était loin de son aura qui a fait sa gloire.
Ce fut presque un documentaire sur sa déchéance. Certes, les promoteurs du film ont voulu jouer sur le destin tragique des deux personnages (celui du chanteur et celui de l'acteur), mais le bilan cinématographique de l'opération est nul. Exception heureuse, l'interprétation de Halim jeune par Zaki junior, Haitham Ahmed Zaki. Cependant, au niveau de l'équilibre général du film, on voit Zaki-père interpréter Hal im à partir des années 70 alors que son fils qui interprétait Halim jeune est resté dans ce rôle jusqu'aux débuts des années 70 : un hiatus de la composition.
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