31 Juillet 2006
éditorial
Kinshasa — 30 juillet 2006 restera inévitablement un grand jour pour la République démocratique du Congo. Une journée historique. En effet, le peuple congolais a accompli son devoir civique en se rendant aux urnes, 4O ans après l'accession du pays à l'indépendance, dans le cadre des élections présidentielle et législatives. Le rendez-vous a été respecté et tout s'est déroulé dans la dignité nonobstant quelques faits inhérents à toute organisation électorale. Une page de l'histoire est tournée en attendant le verdict des urnes.
Le peuple congolais s'est levé tôt ce dimanche du 30 juillet 2006 pour accomplir son devoir de citoyen. Il est vrai qu'il y avait des appréhensions au regard d'une campagne électorale très agitée. Les dernières heures de cette campagne suscitaient de nombreuses inquiétudes avec la mort de 4 personnes, les symboles de la démocratie, à savoir: les sièges de la Haute autorité des médias et de l'Observatoire congolais des droits de l'homme pillés, des temples saccagés . Les craintes se justifiaient.
Bien plus, le soir du vendredi 28 juillet, le dernier débat des candidats à l'élection présidentielle a failli ne pas avoir lieu. Pour des raisons ignorées, certaines stations de télévision n'avaient pas manifesté de l'empressement pour prendre le signal de la chaîne qui diffusait ce débat. Les candidats à l'élection présidentielle ont crié au sabotage. Il a fallu l' intervention énergique du président de la Haute autorité des ;édias pour que l'équité soit respectée et le débat se poursuive. Tous ces signaux n'apportaient pas du tout un message positif et d'apaisement.
Heureusement, il y a eu plus de peur que de mal. A Kinshasa, tout s'est déroulé dans le calme et la dignité. Et comme s'il s'agissait d'une journée ordinaire, alors qu'elle était exceptionnelle, les Kinois se sont empressés de retrouver leur ' bistrot' pour siroter un verre de bière, heureux d'avoir accompli leur devoir. .Certes, des incidents, des cas d'irrégularité ont été dénombrés. D'ailleurs, Le Potentiel qui a largué une équipe sur les lieux, relève tous ces faits dans les pages suivantes. Une chose est vraie : le rendez-vous de l'histoire a été respecté et le 30 juillet 2006 s'annonce indubitablement comme ce jour où tout a changé en République démocratique du Congo.
Maturité politique
Ce résultat positif, on le doit avant tout au Peuple congolais qui a donné les preuves de sa volonté d'aller aux élections. En se rendant massivement, il a démontré sa capacité politique de s'assumer et d'amorcer le processus de changement en République démocratique du Congo. C'est dans la dignité que le peuple congolais s'est rendu aux urnes, accomplissant ainsi son devoir civique. Un véritable défi à l'endroit de tous ceux qui s'obstinaient à le maintenir en otage pour perpétuer l'ordre ancien : la crise de légitimité. On ne peut que saluer cette manifestation de volonté politique, encourager cette prise de conscience collective et ce sens de responsabilité de plus en plus poussé afin de sortir le pays de l'ornière.
Il est un fait que les urnes n'ont pas encore livré leur secret pour savoir si le vote a été utile ou pas. Mais ce qui demeure vrai, c'est que plus rien ne sera comme avant et que le peuple congolais vient de mettre un terme au règne des usurpateurs et des imposteurs. Sûrs que demain les animateurs des institutions de la IIIè République assumeront leurs responsabilités dans cette logique de l'indépendance des institutions de la République, car ils auront toujours à coeur « la sanction » du peuple désormais inévitable à chaque étape importante de l'histoire de notre pays avec la réinstauration des habitudes démocratiques.
L'appel de Monsegwo, le silence de Tshisekedi
Autres faits à relever et qui ont sûrement contribué à ce que le peuple congolais se rende massivement aux urnes. Il s'agit du dernier appel de Mgr Monsengwo, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo, Cenco, et du silence de Tshisekedi.
Le premier, au nom de ses collègues évêques de l'Eglise catholique, a certainement pris la mesure de cet important événement. En demandant au peuple congolais de se rendre massivement aux urnes, Mgr Monsengwo a rassuré quasiment tout le monde de la « fiabilité » de l'organisation des élections. Décision prise après qu' il ait été convaincu que les irrégularités dénoncées seraient corrigées. Il a donc permis aux Congolais de ne pas rater le rendez-vous de l'histoire.
Quant au président national de l'UDPS, Etienne Tshisekedi, il a opté pour le silence bien qu'il avait appelé le peuple congolais à boycotter les élections. Si par obstination politique, il s'était permis de renouveler l'appel au boycott durant les dernières heures qui précédaient le vote, il ne fait l'ombre d'aucun doute qu' il aurait « surexcité » ses milliers de sympathisants. Puisque qui ne dit mot consent, le silence de Tshisekedi a beaucoup pesé sur la balance en faveur de ce vote massif du 30 juillet 2006. Par ailleurs, cet engouement s'explique aussi par deux faits; la paix pour les habitantsde l' Est; et le changement dans la perspective d'une bonne gouvernance ence qui cncerne les habitants de l' Ouest de la RDC. D' où cet engouement pour les élections. A Kinshasa, les bureaux ont été pris d'assaut dès 6 heures et à 17 H 45; les bureaux de vote ont été officiellement fermés pour que débute le dépouillement. Selon le présidentde la Cei, les premières tendances ne pour raient être connues qu' après la journée d'aujourd'hui , lundi 31 juillet.
Le plus dur...
Si le peuple congolais a accompli son contrat électoral dans la dignité, il revient aux organisateurs de soutenir cet élan de transparence jusqu'à la proclamation des résultats définitifs. Comme on le lira dans les prochaines lignes, nous osons croire que les incidents relevés et certaines irrégularités constatées ne seront pas en mesure d'influencer les résultats définitifs. La Commission électorale indépendante devra tenir compte de tous ces faits dans cette volonté de rendre publics des résultats crédibles. Et même si l'on enregistrait des contestations, que les institutions habilitées à examiner des contentieux électoraux bénéficient d'un crédit de confiance pour que leur verdict ne souffre pas de contestation.
Il va de soi que les candidats malheureux de demain devront faire preuve d'honnêteté intellectuelle pour accepter les résultats des scrutins. D'éviter surtout de se livrer à des contestations spectaculaires dans le seul but de semer le trouble dans les esprits pour provoquer des dérapages significatifs qui replongeraient le pays dans le chaos ; afin de combler leurs propres insuffisances politiques. Nous répugnons donc tout comportement narcissique.
Au demeurant, il revient maintenant à la Commission électorale indépendante, aux observateurs nationaux et internationaux ainsi qu'aux candidats vainqueurs et vaincus de demain, d'assumer également leur part de contrat. Dans la dignité.
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