Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: 30 Juillet - choses apprises

Ben-Clet

31 Juillet 2006


analyse

Kinshasa — Le 30 juillet 2006, nous en parlons déjà au passé. Mais, plus que jamais, le 30 juillet peuplera encore longtemps nos rêves. Parce que ceux que nous, peuple, avons élus ce jour-là nous rappelleront toujours notre choix. D'autant que nous aurons à apprécier leurs actes posés dans l'intérêt ou au détriment de la population.

Date repère dans la renaissance de la Rdc, à partir d'elle les citoyens se créent des chimères, bâtissent des rêves, tissent des mythes. Mais, pour éviter de se réveiller pris en otage par leurs propres illusions, ils auraient intérêt à capitaliser les leçons qu'inspire cet évènement. Le 30 juillet nous a appris que la démocratie est de retour après une éclipse de 40 ans ! Elle a été mise sous le boisseau un certain 24 novembre 1965 par un lieutenant général. A peine venait-elle d'annoncer son retour sur la place publique le 24 avril 1990 qu'un nouvel autocrate s'improvisait «libérateur» en mai 1997. Son unique exploit est d'avoir réhabilité le régime de la pensée unique.

Le 30 juillet a démontré que le peuple avait une soif incommensurable de démocratie. Durant des décennies, il a bravé les tyranneaux du village. Et c'est jusqu'à ce 30 juillet 2006. A l'unisson, sur l'ensemble du pays, quelque vingt-cinq millions de citoyens se sont rendus aux urnes. Dans certains coins de la République, ils ont défié les barrières de l'insécurité dressées par des compatriotes, ou des milices étrangères, opposés au processus électoral.

Le 30 juillet a appris aux électeurs qu'ils détiennent le véritable pouvoir de sanction sur les dirigeants. Ils réalisent désormais que de leur choix, objectif ou subjectif, dépendra le sort, brillant ou terne, du pays. Ils se rendent compte que, si demain la République est de nouveau gérée par des prédateurs, c'est leur propre responsabilité individuelle qui est engagée. Car ce sont eux qui ont choisi, le 30 juillet, des prédateurs.

Le 30 juillet a, enfin, appris aux élus de 2006 qu'ils doivent tout au peuple. Ils lui doivent leur ascension politique et sociale. Cette évidence bat en brèche la prétention d'un quidam qui, dans les années '90, claironnait que «le peuple congolais me doit tout» ! Ainsi, au regard du «peu d'élus», le peuple se rend compte que beaucoup de frimeurs de Kinshasa ne sont connus, depuis Mobutu, que de leur conjoint(e) et des femmes de petite vertu. D'où leur égoïsme viscéral les a dissuadés de se jeter dans la bataille des législatives. Pauvres matamores émasculés !

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