Ndzinga Amougou
31 Juillet 2006
analyse
Contrairement aux prédictions apocalyptiques qui ont annoncé des troubles graves lors du scrutin du 30 juillet en République démocratique du Congo (RDC), des troubles susceptibles de mettre en péril tout le processus électoral mis patiemment en place pendant trois ans par la communauté internationale, rien de tel ne s'est produit hier sur toute l'étendue du territoire de cet immense pays qu'est la RDC.
En tout cas, au moment où nous mettions sous presse hier aucun incident majeur n'était signalé, sauf au centre du pays, une région où les troubles sont endémiques depuis l'indépendance du pays, notamment à Mbuji-mayi, où un bureau de vote a été incendié sans grande conséquence d'ailleurs, aux dires de nos confrères sur place.
Selon toute vraisemblance, le ton est plutôt optimiste et les premières estimations font déjà état d'une forte participation de l'ordre de 90%. Il y a donc lieu de saluer la maturité et la bravoure du grand peuple congolais. En se rendant massivement hier aux bureaux de vote malgré les menaces proférées par les ennemis de la paix, il administre aux yeux de tous qu'il est prêt à surmonter les divergences qui parcourent de temps à autre le pays et qu'il peut lui-même prendre son destin en main. Parce que le peuple n'avait pas été consulté pendant quarante ans, on était en droit de croire que l'apprentissage serait dur. Les choses se sont plutôt déroulées normalement. On l'avait déjà pressenti en décembre dernier lors du référendum sur la constitution.
La victoire remportée hier par le peuple congolais est d'autant plus éclatante que le territoire est vaste et peuplé. On comprend donc la difficulté des organisateurs à s'assurer que tous les 33 candidats à la présidentielle et les 9 707 candidats aux législatives avaient leurs bulletins de vote en place dans les 50.000 bureaux de vote disséminés sur toute l'étendue de ce territoire de 2.350.000 km_, que les 25 millions d'électeurs allaient chacun retrouver sans encombre leurs bureaux de vote. Même aguillés par 260 000 agents électoraux, ce n'était pas une tâche aisée.
Au vu des innombrables difficultés qui ne manqueront pas de se poser, s'agissant des communications et des voies de communications en très piteux état après deux guerres civiles, on comprendra facilement pourquoi les Congolais devront attendre la fin du mois de septembre et peut-être même le milieu du mois d'octobre pour connaître enfin le nom de leur président et la composition de leur parlement.
Ce sera là aussi un moment important pour le peuple congolais : accepter le verdict des urnes et éviter de mettre le pays à feu et à sang une fois de plus. La dernière guerre civile congolaise qui a ensanglanté le pays de 1998 à 2003 a causé directement ou indirectement la mort de quelque quatre millions de personnes. On considère que c'est la plus grande tuerie depuis la fin de la dernière guerre mondiale. Des organismes tels que l'UNICEF estiment que cette guerre civile continue encore à faire mourir aujourd'hui 600 enfants par jour par diverses maladies. On n'a aucun doute sur la capacité de la RDC à résoudre ses problèmes une fois ses institutions stabilisées, et tout indique qu'il saura relever le défi de la réconciliation.
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