Port Louis — Les visiteurs au musée de Mahébourg devront-ils débourser pour y avoir accès. Une possibilité qui est actuellement à l'étude. Pour ou contre, les avis divergent.
Mettre la main à la poche. Et payer pour visiter les pièces consacrées aux périodes hollandaises, françaises et britanniques du musée d'histoire national à Mahébourg. Une possibilité qui est à l'étude. Déclaration de Mahendra Gowressoo, ministre des Arts et de la Culture en réponse à une question posée par le député Yatin Varma. C'était à l'Assemblée nationale, mardi.
Faut-il rendre les musées payants ? Donner les moyens au patrimoine de se sauver par lui-même. Nous avons posé la question à plusieurs intervenants dont Cader Kalla, ancien président du conseil d'administration du Mauritius Museums Council (MMC), Emmanuel Richon, conseiller culturel au ministère du Tourisme et restaurateur de tableaux, Amédée Nagapen et Vijaya Teelock historiens.
-Tarif envisagé : Rs 30
Auparavant, Gorah Beebeejaun actuel président du MMC précise : "Nous avons le projet de faire payer une somme modique qui sera dans les Rs 30. Nous pensons aussi avoir l'entrée gratuite un jour par semaine, pour les personnes qui n'ont pas les moyens. La somme récoltée servira à la rénovation. Il faut que l'on essaye de trouver des fonds sans avoir recours au ministère de tutelle à chaque fois."
Cader Kalla : "Trouver d'autres solutions"
Sollicité, Cader Kalla, ancien président du MMC affirme : "Dans la situation où nous sommes, on n'offre pas grand-chose. Il ne faut pas faire payer les visiteurs pour voir ce qui existe." Et de raconter comment, quand il était en poste, les touristes laissaient un pourboire aux guides du musée de Mahébourg après la visite. "On aurait pu mettre une boîte et laisser les dons à la discrétion des visiteurs."
Il estime qu'il faut trouver d'autres solutions. Tout en se disant foncièrement contre le fait de faire payer les touristes uniquement ("Je ne vois pas comment on va distinguer une personne d'une autre personne"), Cader Kalla est d'avis qu'il faut développer le marketing du musée.
Se lancer par exemple dans la vente de répliques miniatures, de souvenirs. "à Port-Louis, c'est ailleurs qu'au musée que l'on peut trouver des dodos souvenirs. Il faudrait vendre cela au musée."
Emmanuel Richon : "L'hypocrisie de la gratuité"
Pour sa part, Emmanuel Richon nous rappelle qu'il a contribué à la rénovation du musée de Mahébourg, qui a été entièrement refait en 2000. Conseiller culturel au ministère du Tourisme, cet ex-coopérant du gouvernement français envoyé en mission officielle entre 1997 à 2000, est aussi muséologue et restaurateur de tableaux.
Il se demande à quoi servira l'argent récolté. Pour lui, "il y a une immense hypocrisie dans la gratuité. Des tour-opérateurs font payer de facto la visite aux touristes. Cela se fait en toute illégalité. Les musées n'en voient pas la couleur ".
Catégorique, il affirme qu'il ne faut jamais dire que l'entrée du musée est gratuite. Emmanuel Richon explique que le budget de fonctionnement du musée est financé par les contribuables. "De ce fait, il est totalement faux de dire que c'est gratuit. Il y a toujours quelqu'un qui paie."
Notre interlocuteur se demande aussi si c'est le bon moment pour une telle décision. "Est-ce que les musées sont en bonne santé ? Ce sont les vitrines d'un pays. Si ce qui existe, c'est cela la vitrine de Maurice, bonjour les dégâts." Il est d'avis qu'il faut s'assurer que les personnes auxquelles le musée est destiné pourront toujours y venir.
Emmanuel Richon ne mâche pas ses mots. Il parle aussi du musée d'histoire naturelle à Port-Louis. "Vous êtes assis sur des chefs-d'oeuvre comme la collection Rochecouste ou des Renoir qui dorment dans les réserves. Vous n'aurez jamais de touristes japonais sans des musées corrects."
Il affirme qu'il ne serait pas choqué "si on faisait payer les touristes seulement", parce que les musées ont une valeur pédagogique pour les étudiants, qui doivent y avoir un accès privilégié. Emmanuel Richon se dit interpellé par l'inexistence d'une association des amis du musée. "Il n'y a pas de contre-pouvoir, pas de bénévolat."
Amédée Nagapen : "Gare aux extrêmes"
L'historien Amédée Nagapen démarre son argumentaire en déclarant : "à Maurice, on est toujours pour les extrêmes." Allant au-delà du musée de Mahébourg, il se demande si on va aussi faire payer l'entrée des "petits" musées moins connus, comme celui situé dans la demeure de SSR à Port-Louis, où celui de Bissoondoyal à Tyack. "Ils sont des différentes catégories. à Port-Louis, il y a plein de choses exposées, comparé à Mahébourg où le contenu est moindre. Il y a un travail de discernement à faire."
Vijaya Teelock : "Aapravasi Ghat payant"
Enfin Vijaya Teelock, présidente du conseil d'administration de l'Aapravasi Ghat annonce que le centre d'interprétation - sorte de musée vivant - qui sera construit à la rue du quai, sera payant. Ce lieu, dont la mise en place ne commencera qu'une fois les travaux de rénovation terminés, abritera les objets trouvés sur le site durant les fouilles archéologiques. Il aura pour vocation de montrer, mais surtout d'expliquer, clairement ce que c'était que l'engagisme et le rôle de l'Aapravasi Ghat dans cette période de notre histoire.
"L'entrée du site sera toujours gratuite alors que la visite du musée sera payante. C'est nécessaire pour la survie du site", précise-t-elle.
Du nouveau à Mahébourg
Du nouveau à l'horizon pour le musée de Mahébourg. Un plan de ré-organisation couvrant la période 2007-2010 est en préparation. Il prévoit, entre autres, la construction d'un nouveau bâtiment qui abritera une exposition permanente consacrée à la période 1875 à 2000, ainsi que les fonds se trouvant dans les réserves. La présente année financière devrait voir la construction d'un Conservation Laboratory.
Gorah Beebeejaun, président du Mauritius Museums Council (MMC) explique : "Grâce à un accord avec le gouvernement égyptien, un archéologue sera chez nous vers septembre pour d'autres fouilles sur le site de Pointe-aux-Feuilles où une épave (possiblement celle du négrier Le Coureur) a été retrouvée. Le conservation lab servira à la sauvegarde des objets trouvés sur le site."
Des fonds de Rs 1,8 million ont été alloués cette année pour la construction de ce laboratoire, alors que Rs 750 000 seront déboursées pour l'achat de produits chimiques et d'équipements. Une construction qui nécessite que le ministère de l'Environnement, qui s'occupe d'une pépinière dans les jardins du musée de Mahébourg, évacue le site. "Ils ont collaboré", précise Gorah Beebeejaun. Est aussi prévue, la réparation du toit du musée. Le ministre Mahendra Gowressoo a également annoncé l'ouverture à terme d'un Museum shop, d'une librairie et d'une cafétéria dans l'enceinte du musée de Mahébourg.
La rénovation et le réaménagement des collections, la remise en état de l'expo permanente sont aussi prévus. Autant d'éléments fournis en réponse à une question du député de Mahébourg - Plaine Magnien, Yatin Varma qui voulait savoir si le ministère des Arts et de la Culture avait un plan de réorganisation pour le musée de Mahébourg.

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