Fraternité Matin (Abidjan)

Cote d'Ivoire: Matériaux de construction : Les prix prennent l'ascenseur

Abidjan — Les consommateurs sont sans cesse confrontés à une hausse des coûts du ciment, du fer...

" Le ciment est au secteur du bâtiment, ce qu'est le pétrole brut à l'économie mondiale. La moindre fluctuation influe sur l'ensemble du secteur ".

C'est l'amer constat de M.S. Jude. En six années d'exercice comme entrepreneur, il aura vu le prix du ciment augmenter au moins trois fois. Ce jeudi 28 juillet, il se rend " au sable " à Yopougon pour acheter du matériel de construction. A peine sort-il de son véhicule qu'il est abordé par des commerçants qui lui proposent leur service. " M. venez, je vais vous faire un bon prix ", lui lance un vendeur de gravier. Plus loin, un autre lui propose le sac de ciment à 4.350 francs. " C'est un bon prix. Ailleurs, il vous reviendra plus cher ", prévient le commerçant. M. S. Jude est intéressé puisque depuis la mi-juin, c'est le prix en vigueur. " Certains détaillants dans les quartiers huppés vont jusqu'à 4.500 francs le sac ", nous confie-t-il. Le prix du ciment a encore grimpé, réduisant davantage le pouvoir d'achat des populations. Ce qui les amène à déserter ce vaste espace jadis si bruyant où se rencontraient vendeurs, clients et transporteurs. Passés l'euphorie et le branle-bas qu'occasionne la vue d'un nouveau client, le calme plat qui est de rigueur en cette après-midi s'installe à nouveau. Non loin des monticules de sable, de graviers et de gravillons, sont stationnées des bennes. Plus loin, sont entreposés le fer et les briques. Le ciment quant à lui, est stocké dans des conteneurs. Les commerçants sont assis sur des bancs, attendant d'hypothétiques clients dans des hangars de fortune, couverts par des tôles gagnées en partie par la rouille. Sur toutes les lèvres, le même refrain : " les affaires ne marchent pas ".

Chacun s'accorde cependant à reconnaître que les prix ont grimpé. K. Ahmed, vendeur de fer se justifie. " Tout a augmenté avec le prix du ciment ", comme pour expliquer que c'est le secteur de la cimenterie qui tient toute la filière. M. L. Armand, un autre client, a du mal à cacher sa c olère : " J'ai construit ma maison en 1996. A cette époque, le paquet de ciment était à 1.500 francs, dix ans après, il coûte 4.500, voyez vous-même l'écart ". Sa petite expérience dans le domaine, lui a permis de faire une classification des matériaux. " Le ciment et le fer détiennent la palme d'une augmentation sans cesse des prix. Suivent le sable, le gravier, la tôle etc. ", nous confie-t-il. Ces deux dernières années, le prix d'une tonne de ciment à l'usine hormis le transport, est passé de 55.000 à 65.000, puis à 74.000 francs, depuis la mi-juin.

Le coût des bottes de fer a connu également une hausse de 12 à 13.000 francs. Ainsi de 33.500 francs en 2004, le fer 8 , 10 et 12 est vendu aujourd'hui par les détaillants à 46.500 francs. Le fer 6, lui, est passé de 36.500 à 49.000 francs. Sur les différents sites de Yopougon, du zoo et d'Abobo Avocatier, les prix sont sensiblement les mêmes. La petite benne de sable oscille entre 60 et 65.000 francs, tandis que la grande avo isine 80.000 francs. Le prix du gravier est fixé au tonnage. Chez les revendeurs "au sable", les prix sont de 140.000 francs, pour le camion de 8 tonnes et 160.000 francs pour la benne de 10 tonnes. Une hausse qui aura surpris les consommateurs en général et les acteurs du secteur en particulier. Sur les différents sites parcourus de Yopougon, du zoo et d'Abobo Avocatier. Cette information est avérée.

Pour M. Yao Jérémie Ange, Directeur général d'une société de construction, cette flambée des prix des matériaux est en partie due à la hausse du prix du carburant. Il ne cache pas aussi toutes les répercussions que ces nouveaux prix ont sur l'exécution des oeuvres. " Une maison qu'on construisait à 5 millions avoisine aujourd'hui 6,5 ou 7 millions ", commente-t-il. Les acteurs du secteur du bâtiment se disent dépités par cette situation. M. N'Kayo Simon, est l'un d'entre eux. " J'ai un devis que je n'ai jamais pu déposer parce que, quelques jours après l'avoir réalisé, je me suis rendu compte que les prix des matériaux avaient augmenté sur le marché ", déclare-t-il. Dans cette situation, M. N'Kayo Simon affirme être pris, à l'instar de tous ses pairs, entre deux feux.

A savoir : offrir un devis de moindre coût en se servant de matériaux de bord, ou opter pour des matériaux de qualité au risque de se faire ravir le marché par un concurrent . " Nous ne maîtrisons plus les cours des matériaux. Il suffit que le devis déposé fasse quelques semaines pour qu'il soit vite dépassé, autant de facteurs que le client refuse de comprendre", affirme-t-il, déçu. Mais les entrepreneurs ne sont pas les seuls à souffrir de cette flambée de prix qui a fini par décourager bon nombre de ceux qui aspiraient au logement. " Je me demande bien si je pourrai moi aussi, construire un jour ", s'interroge M. B. Maurice, infirmier diplômé d'Etat, qui a du mal à cacher son pessimisme. M. F. Paul, un autre client, se dit plutôt écoeuré par la qualité des matériaux vendus. "Aujourd'hui, les robinets, les serrures et bien d'autres articles utilisés dans la finition des maisons ont à peine deux mois de durée de vie. C'est une arnaque", clame-t-il.

Du côté de la Société des ciments d'Abidjan (SCA), on affirme que cette hausse des prix est due à l'augmentation des coûts de production. "Nous sommes le dos au mur, puisque le clinker (produit essentiel dans la cuisson des constituants du ciment) et les autres matières premières que nous importons d'Asie (Chine et Japon), ont augmenté de 50% ", explique M. Soro Nagolo, directeur général adjoint de cette cimenterie. Un autre facteur pèse lourd dans la balance, selon le directeur général adjoint. Il s'agit de la baisse drastique de près de 44% des tonnages vendus sur le marché local et à l'exportation. C'est-à-dire, au Burkina Faso et au Mali. Une réduction due selon lui à la situation de non compétitivité des produits ivoiriens depuis la crise armée dans notre pays. "Pendant que les produits de nos cimenteries mettent au moins quatre jours, pour traverser le territoire ivoirien, ceux des concurrents togolais ou même sénégalais ne mettent qu'un jour". Il n'omet pas aussi "les surcoûts injustifiables et injustifiés qui sont en moyenne de 270.000 francs pour tout camion qui quitte Abidjan, pour le Mali ou le Burkina".

Loin d'être sinistré, l'on peut néanmoins affirmer que le secteur du bâtiment a d'énormes problèmes au grand dam du consommateur qui ne peut que subir.

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