La Tribune (Algiers)

Algérie: Numériser les mentalités

Le nouveau ministre de la Communication semble décidé à ne pas passer à côté de la révolution numérique. Pour les profanes que, du reste, nous sommes, il suffit de savoir que la numérisation serait à la radio, grosso modo, ce que le décodeur numérique est à la télévision par rapport à l'analogique, en attendant la TNT, une autre merveille de la télévision, cette fois terrestre comme son nom l'indique. Soit, sans entrer dans les détails, une meilleure qualité de son, des fréquences plus facilement repérables, une portée lointaine qui rendrait possible une audition de nos radios, même les plus locales, en des lieux insoupçonnés.

A en croire M. Djiar, un budget en conséquence sera dégagé sans le moindre problème par les pouvoirs publics pour basculer vers le numérique la totalité des stations de radio locales, plus d'une trentaine en ce moment, dont la moitié ont été mises en place depuis l'arrivée du président Bouteflika au pouvoir, en 1999. Dans son élan prometteur d'une polit ique volontariste dans le secteur, le ministre de la Communication souhaite voir chaque wilaya -48, actuellement- dotée de sa propre radio, publique, et promet de mettre les moyens qu'il faut pour «faire face à la rude concurrence que la mondialisation nous impose».

Autant, les premières intentions et appréciations du ministre sur la presse écrite peuvent paraître hérétiques, eu égard à une tendance mondiale qui marque partout le désengagement des pouvoirs publics de cette sphère des médias, autant l'intervention directe de l'Etat dans l'audiovisuel paraît nécessaire et souhaitable pour un certain temps encore. En Algérie, en tout cas, il est certain qu'après le bref et catastrophique épisode des télévisions et radios à capitaux privés algériens, et émettant depuis l'étranger dans un contexte politique national précis, la prudence doit être de mise avant toute ouverture au privé de l'audiovisuel. Devinez qui est déjà pressé d'investir ce créneau ? Il suffit d'avoir en mémoire les incommensurables dégâts causés au secteur bancaire algérien par la branche mafieuse du secteur des affaires pour se convaincre de la nécessité de prémunir la télévision et la radio contre une mainmise identique.

On conviendra, par conséquent, avec le ministre que la modernisation de la presse audiovisuelle et sa mise au diapason des dernières innovations techniques ne peuvent trouver de meilleur entrepreneur, en ce moment, que l'Etat. Cela pour le côté technique. Il reste cet autre aspect, très important, qui est plus tributaire d'une exigence de qualité réelle que des milliards de l'Etat. La question est centrale et unique : comment faire gagner en crédibilité les organes d'information gérés par les pouvoirs publics, directement ou indirectement, et au sein desquels il est rarement fait de distinguo entre les effets grandiloquents d'une puérile et surannée propagande d'un autre âge, d'une part, et l'obligation d'une communication officielle et de service public, d'autre part ?

Le questionnement vaut, ici, pour l'ensemble de la presse publique. Censée être au moins un petit bout du pavillon national, ne serait-ce que par le regard qui est porté de l'étranger, par son entremise, sur l e fonctionnement des institutions nationales, cette presse rend de l'Algérie une image peu reluisante : le fil de l'APS en français est truffé de grossières fautes et incorrections alors que l'agence recèle des journalistes en nombre qui maîtrisent avec brio la langue de Molière ; le JT de la télé, dans la même langue, fait toujours sursauter par ses incongruités phonétiques et linguistiques ; les titres emphatiques jusqu'au ridicule de journaux naguère prestigieux complètent ce triste décor. A quand la numérisation des mentalités ?


Copyright © 2006 La Tribune. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire — ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 130 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations d' AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

Comments Post a comment