Kinshasa — La vérité des urnes a éclaté au grand jour pour ce qui est de l'élection présidentielle. Les résultats annoncés par la CEI révèlent le choix du peuple congolais dans son ensemble sur tel ou tel candidat qui avait sollicité son suffrage à ce niveau de scrutin. Mais, par rapport à la loi électorale, le scrutin présidentiel n'a pas connu de vainqueur au premier tour. Car aucun des candidats en lice n'a réuni la majorité absolue pour être proclamé vainqueur du scrutin présidentiel organisé le 30 juillet 2006.
En effet, l'article 114 de la loi portant organisation des élections présidentielle, législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales stipule ce qui suit : « Est proclamé élu président de la République le candidat ayant obtenu la majorité absolue des suffrages exprimés. Si aucun candidat n'a obtenu la majorité absolue au premier tour, il est procédé à un second tour dans les quinze jours qui suivent la proclamation des résultats définitifs».
Selon la CEI, la majorité absolue est fixée à 50 % des suffrages exprimés plus une voix (50 % + 1 voix). Score qui n'a pas été atteint par aucun des 33 candidats à l'élection présidentielle. Ce qui donne lieu, naturellement, à un second tour. Dans le cas d'espèce, deux candidats sont classés en ordre utile. Il s'agit de Joseph Kabila (45 %) et de Jean-Pierre Bemba (20 %).
Ils sont d'office qualifiés pour le deuxième tour du scrutin présidentiel dont la date est fixée par le calendrier électoral de la CEI au 29 octobre 2006. Une date qui pourrait entrer en contradiction avec les dispositions de l'article 114 de la loi électorale qui parlent, elles, des quinze jours suivant la proclamation des résultats définitifs par la Cour suprême de justice. Probablement la mi-octobre. Le débat est ouvert à ce sujet mais, il ne nous préoccupe pas pour l'instant.
Pour l'heure, le temps est à l'analyse et aux projections au regard du tableau des résultats obtenus par chacun des 33 candidats au premier tour. Notre analyse porte donc sur la manière dont les deux candidats restés en compétition vont s'y prendre pour conquérir l'électorat congolais qui n'aura plus qu'à choisir entre Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba.
DE NOUVELLES ALLIANCES
Dans leur bataille électorale, les candidats Jean-Pierre Bemba et Joseph Kabila ont dû compter sur leurs alliances respectives, à savoir le Regroupement des nationalistes congolais (Renaco) et l'Alliance de la majorité présidentielle (AMP). Au vu des résultats récoltés au premier tour, ils se sont vite rendus compte des limites des troupes mises à contribution pour la réussite. Désormais, une évidence s'est imposée à eux : il faut élargir le champ des alliances en coalisant avec de nouvelles forces politiques.
C'est à ce niveau qu'entre en jeu la donne "bons perdants". Ces derniers sont des candidats qui viennent en ordre utile derrière Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba, à l'issue de la compilation des données chiffrées relatives au premier tour du scrutin.
Caracole à la tête de ce groupe le Palu Antoine Gizenga avec environ 13 % des suffrages gagnés. Il est suivi par l'Udemo Mobutu Nzanga avec 4,8 %. L'Urec Oscar Kashala lui file le train avec 3,5 %.
Les nouvelles coalitions entre Jean-Pierre Bemba reposent sur eux dans la mesure où ils ont su démontrer, par les suffrages obtenus, qu'ils ont des bases réelles. Lesquelles peuvent être déterminantes dans la victoire de l'un ou l'autre candidat retenu pour le deuxième tour de la présidentielle.
La question qui se pose est celle de savoir si ces leaders confirmés peuvent conduire leurs militants partout ils voudront aller. On dit d'Antoine Gizenga qu'il serait la poule aux oeufs d'or car, à lui seul (13 %), il peut faire basculer la balance électorale dans un sens ou dans un autre. Est-ce que ses membres, réputés lui vouer une adoration religieuse, peuvent le suivre dans sa coalisation avec l'un des candidats en lice pour le deuxième tour ? Ces questions, autant que d'autres non posées ici, montrent que la partie n'est pas gagnée d'avance en comptant seulement avec les "bons perdants" en tant que leaders ou individus.
PARTICIPATION AU SCRUTIN ET ABSTENTION
Ceux-ci devront encore convaincre leurs militants du bien fondé de leur revirement. Avec à la clef le risque d'être traités de traîtres en rapport avec l'idéologie ou l'engagement politique dans lequel se reconnaissent leurs bases.
Cela vaut autant pour le groupe d'autres perdants dont les scores se chevauchent : le RCD Azarias Ruberwa (1,7 %), le Codeco Pierre Pay Pay (1,6 %), Lunda Bululu(1,4 %). L'on a vu le RCD-KML Mbusa Nyamwisi obtenir des voix (0,4 %) même dans son fief de Beni-Butembo malgré son désistement solennel en faveur du candidat Joseph Kabila. Qu'en sera-t-il au deuxième tour ? Difficile à dire pour l'instant.
L'autre donne qui pourrait être déterminante dans les résultats au deuxième tour de la présidentielle concerne le nombre des électeurs. Si au premier tour il y a eu environ 16 millions sur les 25 millions d'enregistrés, rien n'indique si ce nombre va augmenter ou régresser davantage. Dans ce cas, une forte abstention peut jouer contre ou pour l'un des deux challengers. De même qu'une participation massive. La géopolitique, quoique mal digérée par tous, risque de revenir en force dans le jeu électoral. Qu'il s'agisse de l'Est ou de l'Ouest le jeu électoral s'annonce ardu. Le centre, constitué de deux Kasaï, penchera vers quel côté ?
LA DONNE TSHISEKEDI
Quoique resté en dehors du processus électoral, Etienne Tshisekedi, pourrait, selon certains analystes, rebondir sur la scène politique en cette dernière phase du scrutin présidentiel. Comment ? Les tenants de cette hypothèse estiment que l'électorat du leader de l'UDPS a été récupéré par certains candidats à l'élection présidentielle. On cite, notamment Oscar Kashala et Jean-Pierre Bemba. Cela pour répondre à logique de TSK (tout sauf Kabila).

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