Gabonews (Libreville)

27 Août 2006

Gabon: Journée du souvenir pour Pierre Louis Agondjo Okawé

Libreville — Le Parti gabonais du progrès (PGP), aile Séraphin Ndoat Rembongo a organisé dimanche à Libreville une journée du souvenir en mémoire de son président fondateur Pierre Louis Agondjo Okawé décédé le 27 août dernier dans la capitale gabonais après avoir longtemps combattu le pouvoir en place.

Plusieurs militants du parti se sont rassemblés dimanche soir au siège de leur formation politique sis à Likouala (3ème arrondissement) pour une cérémonie sobre présidée par le vice-président de ce parti, Jean-Marie Aganga Akelaguelo.

Le président de ce parti désormais divisé en deux, Séraphin Ndaot Rembongo, maire de Port-Gentil n'a pas effectué le déplacement de Libreville.

Vendredi la seconde aile du parti s'est, dans un point de presse vendredi, réclamé être fidèle à l'idéologie originelle de ce parti créé en 1990.

Benoît Mouity Nzamba, patron de cette deuxième frange du parti a longtemps été le numéro deux de Pierre Louis Agondjo Okawé de son vivant.

La querelle a débuté au moment où Me Pierre-Louis Agondjo Okawé, se sentant fatigué, préparait sa succession à la tête du parti. Les appétits des uns et des autres ont bloqué l'organisation d'un congrès national censé élire les nouveaux dirigeants du parti.

A la mort du vieux leader le 27 août dernier, M. Mouity Nzamba a fait valoir les statuts du parti dont il était le vice-président. Il a été "intronisé" à la présidence lors d'un congrès auquel n'ont pas participé plusieurs cadres du parti.

Me Ndaot Rembongo, très proche du leader disparu a fait valoir de son côté les décisions du président du PGP ayant mis en place un comité ad hoc ou transitoire. Ce sont les membres de ce comité qui ont élu Me Ndaot Rembongo à la présidence du PGP en novembre 2005.

Les deux courants diamétralement opposés ont fait recours à la justice gabonaise qui a rendu une décision plutôt favorable au courant dirigé par Maître Ndaot Rembongo. Mais le camp de Mouity Nzamba ne s'est pas voué vaincu. Il a introduit un recours et espère un retournement de la situation.

PIERRE LOUIS AGONDJO ET LE PGP : LA MEME HISTOIRE

Le destin politique de Me Pierre Louis Agondjo Okawé s'est véritablement dessiné pendant la conférence nationale (mars-avril 1990) qui a instauré le multipartisme dans le pays. Il profite du vent de liberté qui soufflait sur le pays et créé le 10 mars 1990, le Parti gabonais du Progrès (PGP).

Parti d'inspiration socialiste, le PGP, membre de l'internationale socialiste, recrute dans les milieux universitaires. Le vice-président du parti a d'ailleurs été l'ancien secrétaire général de l'OPEP, Marc Saturnin Nan Nguema alors que le professeur Joseph Rendjambé, cousin germain du président, s'est vu confié les responsabilités de secrétaire général du parti.

Le PGP affirme son ancrage dans l'opposition et réclame la démission du gouvernement Casimir Oyé Mba mis en place le 29 avril 1990 pour préparer les premières élections législatives multipartites. Le parti évoque l'absence de consultations préalables des partis pour la formation de ce gouvernement.

La jeune formation politique a très vite été soumise à une rude épreuve par le décès de son secrétaire général, M. Rendjambé retrouvé mort le 23 mai 1990 dans une chambre de l'ancien hôtel Re-Dowé de Libreville.

Des émeutes éclatent dans le pays particulièrement à Port Gentil où des employés de la société Elf Gabon, devenu Total Gabon au début des années 2000, sont pris en otage. Des troupes françaises sont débarquées à Port gentil. Le président Bongo Ondimba décrète l'état de siège. L'ordre est rétabli au bout d'une semaine.

La même année, le PGP participe aux premières élections législatives et remporte 17 sièges au parlement. Le Rassemblement national des bûcherons (RNB) de Paul Mba Abessole boycotte ces élections.

En 1993, Me Agondjo est parmi les 12 candidats à l'élection présidentielle.

Me Agondjo Okawé occupera la 3ème position avec 4,7% des voix, loin derrière le président Omar Bongo Ondimba (51,1% des voix) et Paul Mba Abessole (26,5%).

Refusant les résultats de cette élection qu'elle estime être entachée de fraudes, l'opposition réunie au sein du Haut conseil de la République (HCR) forme un gouvernement parallèle. Le HCR deviendra Haut conseil de la résistance à la suite de la validation de ces résultats par la Cour constitutionnelle.

Le HCR lance un appel à la désobéissance civile. Des violents émeutes ont lieu dans le pays, avec le RNB comme chef de file.

C'est à ce moment que Pierre Louis Agondjo Okawé montre son talent de patriote rassembleur. Il lance le désormais célèbre « appel à la paix de braves » qui a abouti aux accords de Paris en octobre 1994.

L'homme a cependant refusé de siéger dans le gouvernement issu des accords de Paris. Il va connaître des problèmes cardiaques qui l'amèneront à effectuer de novembre 1994 à juillet 1996 un long séjour en France pour des soins.

Me Agondjo n'a pas cependant baissé les bras, il poursuivra son combat politique. Son parti a obtenu 7 sièges de députés lors des législatives de 1996.

En 1998, il a soutenu l'opposant radical, Pierre Mamboundou, président de l'Union du peuple gabonais (UPG). Malgré ce soutien de taille, M. Mamboundou n'a obtenu que 16,5% des voix encore très loin derrière le président Omar Bongo Ondimba 66,55% de voix.

Le dernier poste politique le plus important occupé par Me Agondjo a été la mairie de Port-Gentil, capitale économique du Gabon et fief politique de son parti. Me Agondjo a achevé le mandat de Marie-Augustine Houagni-Ambourouet, exclue du parti en août 2000 pour « indiscipline et dérive tribaliste ».

Au lendemain des élections locales de 2002, Me Agondjo a cédé son poste de maire à son protégé, Séraphin Ndaot Rembogo, un riche avocat membre de son parti.

Brillant avocat, Me Agondjo sera désigné bâtonnier de l'Ordre des avocats du Gabon de 1976 à 1984. Il a su concilier ses activités politiques à sa carrière juridique. Il possède deux cabinets d'avocat (un à Libreville et un autre à Port Gentil).

L'ancien doyen de la faculté de droit et des sciences économiques de l'Université Omar Bongo Ondimba (1976-1979) a également connu des moments difficiles dans sa carrière. Il a été emprisonné en 1972. Il était accusé d'être impliqué dans le « complot des professeurs » conspirateurs contre le président Bongo Ondimba.

Né à Omboué (sud oust) le 30 décembre 1936, demi-frère de l'actuel ministre gabonais des affaires étrangères, Jean Ping Me Agondjo laisse une famille nombreuse.

« Les divisions après sa mort prouvent que les africains ne savent pas hériter », a commenté un sexagénaire gabonais.

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