Libération (Casablanca)

30 Août 2006

Maroc: Les feux de forêt font de nouveaux ravages

Un nouveau feu de forêt a été déclaré au Nord. Cette fois-ci, c'est dans les environs de Tétouan que les dégâts eurent lieu. En effet, 100 hectares de bois furent ravagés au moment où les habitants de la commune, encadrés par les pompiers et les autorités et renforcés par l'intervention d'un hélicoptère ont parvenu, 24 h après le début de l'incendie, à maîtriser les flammes ravageuses.

Le bois a pris feu dimanche soir vers 17 h. Les causes sont toujours ignorés. Tout ce qu'on sait c'est que les habitants n'ont pas pu parvenir à le stopper. Beaucoup d'arbres d'eucalyptus qui composaient essentiellement la forêt "Al Malha" se sont transformés en cendre avant l'arrivée des pompiers. Selon un responsable, cet incendie est l'un des plus importants enregistrés dans la région cette année.

Au Maroc, 230 incendies en moyenne sont déclarés par an, pour une superficie moyenne de 3000 ha, avec un maximum en 1983 de 11.300 ha. L'année 2004 a été caractérisée par des incendies très violents, dont la forêt d'Izaren dans la région de Sidi Kacem qui a perdu 4500 ha en flammes. La région connue au Maroc pour être la zone à haut risque pour les feux de forêts et où on enregistre le plus important nombre de départs de feux, est celle du Rif. La seule région de Tétouan et de Chefchaouen a enregistré depuis le début de l'année 2005 plus de 30 incendies qui ont détruit environ 2500 ha de forêts. Dans la région de Kétama, province d'Al-Hoceima, les paysans brûlent chaque année des milliers d'hectares de forêts en pleine montagne pour gagner de nouvelles terres cultivables pour le cannabis.

Parmi les causes naturelles expliquant ce phénomène, l'on cite en premier lieu la sécheresse qui a fortement affecté, ces dernières années, l'ensemble des pays du bassin méditerranéen, en particulier le Maroc, l'Algérie, le Portugal, l'Espagne et la France. Conséquence à cette sécheresse exceptionnelle : le désolant enchaînement d'incendies de forêts dans ces pays, auquel on assiste impuissant chaque année.

En effet, depuis près d'une décennie, d'immenses régions forestières de la planète s'embrasent tour à tour : en 1997, les forêts de la Malaisie et de l'Indonésie ont été les premières ravagées par d'immenses feux, puis en 1998, l'Amazonie brésilienne, l'île de Palawan aux Philippines, ainsi que le Mexique. En 2003, 2004 et en 2005, des centaines de milliers d'hectares de forêts des pays méditerranéens, dont le Maroc, l'Algérie, le Portugal, l'Espagne, l'Italie, la Grèce et la France, ont flambé toute la saison d'été. 175.486 hectares ont été détruits en Galice en été 2006.

D'après les statistiques du service des incendies de forêts, une moyenne de 3 035 ha est incendiée annuellement. Les causes réelles de ces incendies sont bien connues, mais souvent on accuse la nature d'être à l'origine de ces feux. Ainsi en Amérique du Sud, c'est le phénomène "El Ni-o" qui est désigné comme principal responsable. Le phénomène "El Ni-o" est une anomalie climatique qui se produit "aléatoirement" presque tous les trois ans, lorsque les alizés, qui soufflent d'est en ouest sur le Pacifique, perdent de leur vigueur et forment une énorme masse d'air chaude.

Alors qu'en Asie du Sud-Est, le dérèglement climatique est également accusé d'être à l'origine des feux qui ont endommagé de grandes surfaces de forêts de certains pays. Une sécheresse exceptionnelle, avec un climat sec, a persisté dans l'Est Kalimantan jusqu'en 1998, contribuant au déclenchement d'incendies catastrophiques. Pendant la saison d'incendies de 1997 et de 1998, plusieurs rapports émanant des autorités politiques et scientifiques indonésiennes indiquent que la sécheresse qui a frappé le pays était à l'origine de ces feux.

En Méditerranée, malgré l'effet de changement climatique et l'effet de sécheresse qui favorisent ces incendies de forêts, et selon les statistiques, dans 90% des cas, les humains sont les premiers responsables de ces feux de forêts. Contrairement aux autres parties du monde, où un certain nombre de feux est d'origine naturelle, le bassin méditerraanéen se caractérise par la prédominance de feux provoqués exclusivement par l'homme. Les facteurs directs favorisant les feux de forêts sont connus depuis longtemps: culture sur brûlis, conversion des forêts en champs cultivables, incendies d'origine criminelle ou accidentelle, feux pour brûler les détritus, matériaux et produits rapidement inflammables, pratiques domestiques...

La prévention et la lutte doivent impliquer en premier lieu les riverains à proximité des forêts. Investir dans l'information et la formation en matière de lutte contre les incendies de forêts réduira aussi bien le nombre de ces incendies ainsi que les coûts de leur extinction. La Grèce a lancé une vaste campagne d'éducation en matière de prévention et de lutte au niveau national au lendemain de gigantesques incendies qui ont réduit en cendre plus de 100.000 ha. Grâce à cette campagne, 10.000 ha seulement de forêts ont été détruits par le feu en 2004. Les pays concernés et menacés par les feux de forêts pourraient sauver, chaque année, des vies humaines, de grandes superficies de forêts, et faire l'économie des dépenses si les populations étaient mieux informées et formées en matière de prévention et de lutte contre les incendies. Les pays européens dépensent, chaque année, des milliards d'euros pour la lutte contre les incendies de forêts et pour les subventions de reboiseme nt.

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