Propos recueillis et traduits de l'anglais par Xavier Luc Deutchoua
30 Août 2006
interview
Le chairman exige que l'assassin de Diboulé réponde de ses actes.
En 16 ans, le Sdf n'a pas accédé au pouvoir, ni obtenu une amélioration du système électoral, alors que sur le terrain, son influence se rétrécit. A quoi est dû ce recul ?
Il serait simpliste de conclure que le Sdf a échoué parce qu'il n'a pas pu accéder au pouvoir en 16 ans. Au contraire, quand le régime au pouvoir a organisé un semblant d'élection libre en 1992, nous avons remporté massivement et cette victoire a été volée en plein jour. Depuis lors, M. Biya et la junte au pouvoir ont resserré leurs rangs; et ont perfectionné la machine de fraude électorale. Je ne vous apprend rien en disant que les résultats électoraux sont arrêtés d'avance au ministère de l'Administration territoriale et, plus tard, proclamés au peuple pour légitimer la fraude.
L'influence de notre parti va grandissant. Nos détracteurs le savent bien. Si jamais les règles du jeu étaient équitables, il y a longtemps que nous serions déjà là où nous méritons d'être, c'est-à-dire au pouvoir. C'est pourquoi l'idée d'une Commission électorale indépendante (Cei) donne des frissons au régime Biya. Même sans être au gouvernement, notre influence se ressent à travers les causes que nous défendons, telles que la création d'une Cei, la lutte contre la corruption, etc. Demander au gouvernement pourquoi il s'oppose à la création de la Cei comme le Commonwealth, la Francophonie et les autres partenaires le recommandent. C'est parce qu'il sait que le Sdf n'est pas aussi affaibli qu'il le proclame.
Des gens estiment que le mal du Sdf est en vous. On vous reproche votre autoritarisme...
Ceux qui véhiculent cette opinion sont des provocateurs. Le Sdf, en tant que parti politique, est plus grand que ma modeste personne. Le mode de prise de décision est clairement défini et, en tant que chef du parti, je ne fais que suivre la voie à moi tracée par l'organe suprême qu'est le congrès. Et je me bats pour appliquer à la lettre les résolutions du Nec et les textes organiques du parti.
N'empêche que vous affichez des attitudes jugées dictatoriales. L'une des preuves de la dictature qu'on brandit contre vous est cette modification des statuts et la création du shadow cabinet, opérées pour renforcer vos pouvoirs, à l'initiative du député Emmanuel Yoyo Mohmbankah.
Si vous aviez bien lu l'amendement en question, vous auriez constaté que son bien-fondé est de rendre le parti plus fort, centré sur un objectif, donc plus à même d'assumer les responsabilités gouvernementales le moment venu. L'amendement répond donc aux aspirations du parti en ce moment précis. Ils n'ont donc pas été taillés à ma mesure pour satisfaire mes ambitions personnelles comme vous l'insinuez. Mieux, avec le Shadow cabinet, nous devons faire preuve de courage pour soutenir la vague de mécontentement croissant et les aspirations des Camerounais à une bonne gouvernance. Je ne pense pas que nous aurions pu accomplir une telle tâche en procédant par essais et erreurs. Les Camerounais ne nous le pardonneraient pas, en cas d'échec. Notre parti à vocation à gouverner, et je crois que les amendements opérés au congrès, notamment la création du Shadow cabinet, auront un effet salutaire en ce sens qu'il met le gouvernement sous pression, so us surveillance et l'oblige à améliorer son action en faveur des populations.
A quoi attribuez vous l'usage récurrent du 8.2 au sein du Sdf?
Un parti politique est un conglomérat d'opinions, d'ambitions, d'aspirations politiques. Il faut une idéologie cohérente et articulée pour harmoniser ces courants divers. Mais, du fait des divergences sur les modalités d'atteindre nos objectifs, certains militants choisissent la solution de raccourcis, qui ruine la réputation du parti. Ces militants sont passés en jugement et s'ils sont reconnus coupables, sanctionnés selon les diverses dispositions de nos statuts, y compris le 8.2. Mais l'article 8.2 n'est pas utilisé au hasard ou à la tête du client. Ayant trait à la discipline, il ne s'applique qu'en cas de besoin. Il entraîne la comparution et une procédure d'appel est prévue. Les militants, à tous les niveaux de responsabilité, peuvent recourir à cet article pour maintenir la discipline dans leurs rangs. Le Nec se contente de confirmer les décisions prises au niveau de la cellule. Tous ceux qui ne sont pas satisfaits de la décision du Nec peuvent faire appel devant le congrès qui statue en dernier ressort.
L'exclusion des cadres et l'intolérance sont-elles bonnes conseillères pour un parti qui aspire à diriger le pays?
Tout parti politique qui aspire à gouverner doit maintenir la discipline dans ses rangs. Accepter l'anarchie dans les rangs serait fatal pour le pays, si le parti arrivait au pouvoir. L'exclusion des militants pour cause d'indiscipline est une indication claire que personne ne sera au-dessus de la loi si nous arrivons au pouvoir. L'article 8.2 ne reconnaît ni founding father, ni chairman. Ceci veut dire en clair que, quand nous serons au pouvoir, aucun acte de d'indiscipline, de corruption ou de détournement de fonds qui ont enfoncé notre économie et clochardisé les Camerounais ne sera toléré.
On vous reproche aussi votre gestion financière opaque. Le 27 septembre 2005, Tazoacha Asonganyi parlait de financement occulte venant du Rdpc et, en octobre 2005, le journal The Post relayait une information qui vous attribuait une fortune de 64 milliards de Fcfa planqués à l'étranger. Pour dissiper la rumeur, pouvez-vous lever le voile sur votre le patrimoine. Pouvez-vous déclarer vos biens?
Au Sdf, les questions financières ne sont pas entourées d'opacité. Il y a un département en charge des transactions financières. Durant les congrès, un rapport portant sur les finances du parti est dressé et lu publiquement. L'ancien Secrétaire général a fondé ses affirmations sur des rumeurs. Jusqu'à ce jour, il n' pas été capable d'apporter la preuve de ses accusations. En ce qui concerne ma fortune qui s'élèverait à 64 milliards, il s'agit d'une machination diabolique orchestrée par mes détracteurs. Le journal The Post a dû admettre qu'il a été trompé par son mystérieux informateur.
Toutes ces critiques ont débouché en février dernier sur une tentative de coup d'Etat organisé le 13 février dernier par une partie du Nec. Quelles appréciations faites vous de la crise interne au Sdf?
Le Nec n'a pas pris par à la manÅ"uvre. La tentative de coup d'Etat a été organisée par le président de la Cellule des conseillers, Clement Ngwasiri, qui avait démissionné de son poste le 12 mai 2003. La crise au Sdf n'est qu'une tempête dans un verre d'eau. Elle n'existe que dans les journaux. Nous venons d'organiser l'un de nos congrès les plus courus, avec 1880 délégués venus des dix provinces et de l'étranger. Le shadow cabinet, l'une des innovations majeures prises au cours du congrès est en place. Toutes les structures du parti fonctionnent normalement. Le parti avance.
Quels sont les points de divergence idéologique qui vous opposent à Bernard Muna?
Quand vous lisez ou écoutez les déclarations de Ben Muna, est-ce que vous y discernez un contenu idéologique? Moi non. Vous ne pouvez pas parler de divergence idéologique. Ben Muna veut être Chairman de quelque chose à tout prix, comme tremplin pour entrer au gouvernement. Il n'est pas militant du Sdf.
L'opposition entre vous porte donc sur quoi d'après vous?
Je vous l'ai dit, Ben Muna a pour intention de faire entrer le Sdf au gouvernement. Ceci est vérifiable depuis l'élection présidentielle de 2004. Après cette élection, il est venu vers moi et a tenté de me convaincre d'entrer dans le gouvernement de M. Biya.
La réconciliation avec Bernard Muna est-elle encore possible ou bien pensez-vous que le point de non retour est atteint et que l'on peut désormais parler de deux Sdf?
Cher monsieur, il n'y a pas deux Sdf! Si on vous met à la porte du journal Mutations aujourd'hui, irez vous partout vous réclamer de Mutations. C'est ce qui arrive avec ceux-là qui se disent militants du Sdf. Si ces anciens dissidents veulent la réconciliation, ils connaissent la voix à suivre.
Les autres se disent ouverts à la réconciliation. Comment comptez-vous alors surmonter ou gérer la crise qui secoue le Sdf?
La prétendue crise est un phénomène imaginaire créé par la presse. Pour être honnête, certains de vos collègues pratiquent du "self-seeking journalism". C'est-à-dire qu'ils rapportent la rumeur et le mensonge, et non les faits? Ils inventent l'information au lieu de la relayer. Les journalistes doivent recouper les informations qu'ils publient. La prétendue crise trouvera une solution quand les journalistes feront montre de professionnalisme. Pour revenir au Sdf, je peux vous assurer que nous sommes sortis plus fort que jamais de notre dernier congrès. Les militants de partout continuent à me rendre visite. Je suis en contact avec la base et je crois que tout se passe bien.
Quelle est votre réflexion sur la violence politique au Cameroun?
Le Sdf n'a jamais prôné la violence politique. Si nous étions partisans de la violence, nous aurions engagé la guerre en 1992, quand notre victoire a été volée. Au contraire, c'est le parti au pouvoir qui encourage la violence et provoque la division dans les rangs des autres partis politiques
En octobre 2004, vous déclariez ceci à Mutations: "Les responsables du Rdpc estiment que la violence joue un rôle en politique. Les événements de Balikumbat sont là pour nous prouver que le Renouveau est un régime criminel. Le fon de Balikumbat a personnellement participé à l'assassinat de John Kohntem. Tous les témoignages le confirment. Mais il est toujours libre de ses mouvements et continue d'intimider les militants du Sdf. Nous demandons au régime Biya de mettre fin à ce genre de provocation". La décision de mise en liberté provisoire du fon de a été contestée par vos partisans à Balikumbat.
Comment appréciez-vous la manière dont la justice camerounaise a géré ce dossier jusqu'à présent?
Notre système judiciaire a encore du chemin à faire. Comment un individu qui a été jugé et condamné peut encore bénéficier d'une liberté provisoire? Ceci traduit les errements de notre système judiciaire.
La crise au Sdf a débouché sur la mort de Diboulé le 26 mai denier. Ne pensez-vous pas que trop de sang jalonne l'histoire d'un parti pourtant encore jeune?
Depuis le lancement du Sdf, nous avons été victime de la violence gouvernementale. Notre parti n'est pas responsable de la mort de Diboulé. Muna et le régime Biya sont responsables de tout ce qui s'est passé au siège provincial du Sdf le 26 mai 2006. Muna et sa clique, qui ont organisé cette réunion interdite, sont libres alors que des militants innocents du Sdf souffrent et se meurent en prison. Le décès en prison de John Ngu est un cas et si rien n'est fait urgemment, quatre autres militants actuellement agonisant vont le suivre dans les jours à venir.
Vous avez été convoqué au parquet de grande instance du Mfoundi le 22 août dernier dans le cadre de l'affaire Diboulé. Que s'est-il passé au cabinet du procureur?
Le procureur de la République m'a simplement demandé si je sais quelque chose à propos du décès de Diboulé. Je lui ai répondu.
Que savez-vous de l'affaire Diboulé?
Rien.
Sur le plan politique, quelle leçon tirez-vous de votre inculpation dans l'affaire Diboulé?
Cher monsieur, je n'ai pas été inculpé. J'ai simplement été invité dans le cadre des enquêtes préliminaires. Je profite de vos colonnes pour exiger un jugement rapide de cette affaire dans la mesure où le dilatoire est un déni de justice
A défaut d'être impliqué, votre responsabilité politique n'est-elle pas en jeu dans la mort de Diboulé?
Non. De même que je l'aurai fait pour n'importe quel Camerounais, je demande que l'assassin de Diboulé réponde de ses actes.
Maintenant que vous êtes inculpé, n'envisagez-vous pas démissionner pour défendre votre honneur?
Je vous ai dit que je n'ai pas été inculpé. Le procureur de la République m'a invité pour une entrevue qui n'a pas durée plus de 10 minutes.
Comment entrevoyez-vous l'avenir immédiat du Sdf, au regard des procédures judiciaires en cours et des élections municipales et législatives à venir?
L'avenir du Sdf est meilleur et plus radieux que jamais. Nous préparons sereinement les élections de 2007. Les procès ne constituent qu'une diversion. Notre plus grande préoccupation était de pouvoir tenir notre congrès. Et nous l'avons fait avec une autorisation dûment délivrée par l'administration.
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