Fraternité Matin (Abidjan)
Bi Bally Maurice Ferro
30 Août 2006
analyse
Abidjan — La Côte d'Ivoire n'est réellement pas orpheline et la crise qui la secoue ne laisse presque personne indifférent. C'est ainsi que le Président gabonais, qui n'est pas avare en proposition, a encore apporté son grain de sel. A l'issue d'une audience que le Président français lui a accordée avant-hier, à Paris, il a rendu publique sa solution qui tient en quatre points: dissolution de la loi n°2000-513 du 1er août 2000 portant Constitution de la Côte d'Ivoire, nouveau Code électoral, mise à l'écart de Charles Konan Banny et recomposition du paysage politique pour une période de deux ans.
Omar Bongo Ondimba n'a, en effet, pas fait dans la dentelle. Il a purement et simplement disqualifié le Premier ministre ivoirien. Dénonçant implicitement l'impuissance de Banny à faire front et à contester l'autorité constitutionnelle de Laurent Gbagbo, il a rejoint les opposants ivoiriens qui s'élèvent contre sa collaboration, qualifiée d'«anomalie», avec le Chef de l'Etat. C'est pourquoi Bongo a, non seulement mis à la touche le chef du gouvernement, mais choisi de tirer dans les pattes de son homologue ivoirien. Le schéma mi-congolais mi-angolais est complexe et confus mais il montre à l'envi que le doyen des Présidents africains veut régler son compte à son cadet Gbagbo.
Selon ce plan, Alassane Dramane Ouattara et Soro Kigbafori Guillaume jouent, à une nuance près, le même rôle. Le président du RDR porte deux casquettes: vice-Président de la République et chef du gouvernement. Quant au Secrétaire général des Forces nouvelles, il devient Premier ministre. Sachant que la différence entre le poste de chef du gouvernement et celui de Premier ministre est celle qui existe entre Laurent Gbagbo et Gbagbo Laurent, Bongo trahit incontestablement le lien ombilical étroit qui unit RDR et rébellion qui apparaissent comme l'arbre et l'écorce. Car, si durant les tractations pour constituer l'équipe de Banny, Alassane Ouattara n'a officiellement postulé à aucune charge, Soro Guillaume a demandé à être soit, vice-Président de la République parce qu'il revendique être le chef de l'une des deux «factions», soit, Premier ministre. Il n'avait pas été écouté.
Ce n'était que partie remise. Bongo se propose de réparer le tort avec l'objectif de couper l'herbe sous les pieds de l'encombrant Gbagbo, c'est-à-dire réussir sur tapis vert là où les armes ont échoué dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, en retirant l'exercice du pouvoir d'Etat au Président ivoirien. C'est pourquoi la Constitution ivoirienne, qui consacre un pouvoir présidentiel fort, est dans sa ligne de mire. Il demande sa dissolution afin que le Président de la République, avec son titre honorifique, inaugure les chrysanthèmes: régner pendant que ses plus farouches opposants (Ouattara et Soro) gouvernent le pays.
Henri Konan Bédié sera chargé de faire leur lit constitutionnel. Président de l'Assemblée nationale de 1980 jusqu'à la mort de Félix Houphouet-Boigny le 7 décembre 1993, il est proposé pour présider l'Assemblée constituante qui va enfanter la troisième République que réclame le président du RDR. C'est donc le prince Nambê qui va faire, selon un diplomate, le «sale boulot». Ancien Président de la République et «père» de l'ivoirité, il aura pour mission de débarrasser la Côte d'Ivoire des oripeaux de ce fameux concept.
Ainsi, la Constitution, et la loi n°2000-514 du 1er août 2000 portant Code électoral, fortement influencées par l'élan nationaliste inculqué par l'ivoirité, devraient être plus souples en comprenant plus des dispositions dites confligènes comme «le candidat à la présidentielle doit être Ivoirien, né de père et de mère eux-mêmes Ivoiriens» ou «il ne doit s'être jamais prévalu d'une autre nationalité». Exceptionnel-lement candidat pour le prochain scrutin, Alassane Ouattara va ainsi se tirer une épine du pied, lui dont la candidature a été invalidée en 2000 pour «nationalité douteuse».
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