Port Louis — Dans l'express de ce jour à la rubrique "Repères", le directeur général de La Sentinelle déclare ne pas "croire un traître mot de cette excuse d'Air Mauritius" au sujet de la décision de la compagnie de ne plus proposer l'express à ses passagers.
En quoi Air Mauritius aurait-elle besoin d'une "excuse" ou de justifier le choix d'un fournisseur ? La presse, au-delà de son rôle majeur en démocratie, est également un produit qui obéit aux règles économiques du marché. Face à l'ascension fulgurante de nos coûts, et surtout des prix de carburants, sur lesquels nous ne pouvons nullement intervenir, nous devons impérativement veiller à contenir nos divers postes de dépenses.
Nous continuerons toutefois à mettre à la disposition de nos clients un choix de lecture comprenant, entre autres, des journaux locaux. Dans la mesure où un journal à fort tirage, et au tiers du prix de l'express, est disponible, il nous semble normal d'aller dans cette direction.
Nous concevons que cette décision représente un manque à gagner pour l'entreprise qui, on peut le penser, a, comme Air Mauritius, une finalité commerciale. Ce que vous avez qualifié de censure, relève pour nous, de la mise en oeuvre de principes de bonne gestion.
Robert ALIZART, Direction de la Communication - Conseiller du directeur général d'Air Mauritius
NOTRE RÉPONSE: Une question de crédibilité
M. Alizart ne connaît pas le rapport de force réel entre les journaux du pays ; d'un directeur de communication, cette ignorance des réalités du marché est un grave manquement. Au lieu de prêter foi aux racontars sur les "tirages", il devrait s'être référé aux études réalisées sur le lectorat. Il aurait dispensé un meilleur conseil à son directeur général. Cela fait, il aurait pu ensuite lui expliquer que la valeur d'un journal ne se mesure pas à son prix mais à la crédibilité que lui accorde le lectorat.
M. Alizart ne maîtrise pas mieux les principes de bonne gestion sur lesquels il nous fait la leçon. Que l'on sache, l'argument commercial d'Air Mauritius est d'incarner "l'esprit de l'île Maurice". Ce qu'elle vend, c'est la haute qualité de sa prestation. Mais comment peut-elle prétendre porter cet esprit en enlevant de son service le produit presse qui le reflète le mieux puisqu'il est le quotidien le plus populaire ? Comment peut-elle continuer à se dire au plus près des besoins de ses passagers en les privant du journal qu'ils préfèrent ? La bonne gestion ne dicte-t-elle pas de ne jamais rogner la qualité du produit ?
M. Alizart ne nous a pas convaincus. Nous ne croyons pas à l'argument "économique" d'Air Mauritius. La compagnie nationale n'est pas devenue à ce point pauvre qu'elle doive revoir à la baisse la gamme des produits de cette nature. Nous maintenons qu'il y a censure. Nous savons que les choix éditoriaux de "l'express" et son "attitude", jugée "mauvaise" à l'égard de la compagnie, ont pesé sur la décision d'Air Mauritius. M. Alizart le sait. Nous comprenons cependant qu'il ne puisse l'admettre publiquement.
Il reste à souhaiter qu'Air Mauritius se sente le besoin de se justifier. Cela ne devrait pas tarder. Il faut juste qu'elle prenne la mesure de l'insatisfaction que le choix de ce retrait provoque. A "l'express", c'est fait. Nous avons déjà reçu des protestations et des demandes d'explications du public.
Le rédacteur en chef

Comments Post a comment