Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Présentation des bandits à main armée à l'Inspection provinciale de la police

Donatien Ngandu Mupompa

1 Septembre 2006


Kinshasa — Assassinat du journaliste Bapuwa Mwamba, un crime crapuleux !

Louis Bapuwa Mwamba - le journaliste à la plume incisive - peut maintenant se reposer en paix. Invités à l'Inspection provinciale de la police/Ville de Kinshasa, les organes de presse étaient remplis d'un sentiment de tristesse et de joie hier jeudi 31 août. Sentiment de tristesse pour la disparition de ce confrère assassiné le 8 juillet 2006, mais de joie à cause de la présentation, par le bataillon police d'investigations criminelles de l'inspecteur divisionnaire adjoint Patrick Sabiti Abdala, de quatre groupes des bandits à main armée, dont celui présumé avoir tué Louis Bapuwa Mwamba. Mais pour ce cas qui avait révolté toute la confrérie, la police soutient que c'est un crime crapuleux qui avait mal tourné.

C'est dans les installations de l'Inspection provinciale de la police de la ville de Kinshasa que des bandits à main armée, auteurs de plusieurs forfaits à travers la ville de Kinshasa, ont été présentés hier à la presse. Témoin : l'inspecteur provincial PNC/Ville de Kinshasa Patrick Sabidi Abdala. Ces malfaiteurs ont été scindés en quatre groupes. Le premier, composé du soldat Vungu Mbembo alias Manasé, l'ancien braconnier Mangwele Lowayi José, et de Kuku Makwala Sekula, a été présenté comme celui qui a fauché Bapuwa Mwamba.

Selon le commandant de ce groupe de police, après avoir abattu notre confrère, ces brigands sont allés s'introduire dans l'hôtel « Monastère », situé au n° 39 de l'avenue Nyangi, au quartier De Bonhomme, dans la commune de Matete. Ils ont dépouillé les pensionnaires de cet établissement de tous leurs objets de valeur : valises, bijoux et argent. Il a été saisi entre leurs mains une arme FA n° 66678 avec chargeur garni, trois appareils cellulaires et une chemise ravie à l'un des clients dudit hôtel.

Recherchés, a-t-on fait savoir, ces criminels s'étaient retranchés dans la ville portuaire de Matadi (dans la province du Bas-Congo) où ils avaient été arrêtés par l'expédition des éléments du bataillon police d'investigations criminelles dirigé par le commandant Tostao. Ces bandits sont tous des repris de justice. Et c'est à deux reprises qu'ils ont visité le domicile du regretté journaliste Bapuwa Mwamba. A leur première incursion du 8 mars 2006, ils lui avaient arraché des appareils cellulaires, un ordinateur portable et une somme de 850 dollars américains.

Outre ce groupe, il y a celui du soldat Loris Tonga (déserteur de l'ex-Division spéciale présidentielle, DSP), Apanda Ekwele alias Emedo, Ndongala Emmanuel alias Dominique et l'informateur André Mulenda. Ces gens sont les auteurs du hold-up de l'agence Malu-Transfert située au rez-de-chaussée de l'immeuble Rwindi dans la commune de la Gombe. Ils y avaient extorqué 12.600 dollars américains, 5.000.000 de francs congolais et huit appareils cellulaires. Avant ce coup, ils avaient d'abord extorqué, en date du 12 juillet 2006 vers 22 heures, une voiture Mercedes E 220 couleur bleu de nuit appartenant au Dr Makwebo Manza, domicilié au quartier Motel Fikin. C'est cette voiture qui leur avait servi pour aller opérer à l'agence Malu.

LA MOISSON...

Le présentateur de la police a dit qu'il été saisi dans leurs mains trois armes de guerre, dont deux armes FA avec respectivement un chargeur garni de 21 cartouches et un deuxième avec 17 cartouches; et une arme GALILE avec un chargeur garni de 19 cartouches. Hormis la Mercedes, il a été trouvé sur eux un ordinateur, vingt-cinq sacs de ciment achetés avec le produit de ce vol, deux appareils cellulaires et une somme de 400.000 francs congolais.

Le troisième groupe est composé des malfaiteurs ci-après : capitaine Imungu Mizua, sous-lieutenant Sambala Muwa, 2ème classe Kimbamba Kaboto, 2ème classe Episa Makambo et du civil Elambo Awuka. Ce groupe a pour terrain de prédilection la commune de Kimbanseke. Ses membres y ont perpétré plusieurs forfaits, dont le vol à main armée commis en date du 6 juillet 2006 vers 2 heures au domicile d'un certain Sakata Mabungu; sur l'avenue Asalako n° 47, quartier Kasa-Vubu. Au cours de ce vol, ils sont abattu par balle l'enfant dénommé Sakata Chancaro, âgé de 6 ans, et dont le grand-frère Sakata Surprise, âgé de 9 ans, a été blessé au pied gauche. Quelques appareils électroménagers et autres objets de valeur ont été saisis entre leurs mains.

Le dernier criminel à être présenté est un sergent répondant au nom de Kimbeni Kwikila. Opérant en solo, il est auteur de plusieurs extorsions d'argent et des appareils cellulaires dans la commune de Kimbanseke. Une arme FA n° 8607 a été saisie entre ses mains.

Ainsi s'en est allé Bapuwa Mwamba

Selon les informations récoltées sur place, ce n'est pas le journaliste qui était visé cette nui-là. L'expédition était destinée à une femme qui venait de vendre sa parcelle. Mais n'ayant pas pu opéré à cause de l'obscurité, les malfaiteurs se sont alors souvenus de ce vieux de 64 ans qui leur avait donné 850 dollars américains le 8 mars pour épargner sa vie.

Ils se dirigeront donc au quartier Malandi 31/C où résidait le journaliste Louis Bapuwa Mwamba. La porte de devant est vite cassée. Sentant le danger, le neveu Bapuwa Kazadi quitte le salon et va alerter son oncle Bapuwa Mwamba qui se trouvait dans la chambre à coucher.

Les deux fugitifs sortent par derrière et essaient d'escalader le mur. Le neveu réussit cette acrobatie. Mais trahi par le poids de l'âge, Bapuwa Mwamba abdique. Son salut reste la petite porte de la clôture de derrière. Hélas ! il la trouve condamnée. Il la bouscule donc, la porte cède avec un vacarme à réveiller un sourd. Les bandits ont compris et accoururent. Bapuwa Mwamba s'enfuit dans le tunnel. Mais plus agiles, ses poursuivants contournent le mur et le coincent. Ils le ramènent dans le salon.

BAPUWA DISPUTE L'ARME AVEC SES AGRESSEURS

Là, ils lui profèrent ces paroles : « Cette fois, on ne vous laissera pas vivant, car vous nous avez causé beaucoup de tort à cause de la bonté que nous avions affichée la fois passée ». Bapuwa Mwamba tente le tout pour le tout et se met à se disputer l'arme avec l'un des agresseurs. Plus costaud, il semble l'emporter dans ce duel désespéré. Comprenant qu'ils n'en arriveront pas à bout avec cette méthode, l'un des assaillants charge son arme et loge deux balles dans la jambe gauche du journaliste. Celui-ci s'écroule et les malfaiteurs prennent la poudre d'escampette.

Lorsque le neveu Bapuwa Kazadi rentre en compagnie d'un policier, il s'aperçoit que son oncle baigne dans le sang. Mais Dieu soit loué ! Il vit encore et il est lucide, bien que se tordant de douleur. Mais dans ce piteux état, il ne peut pas se lever pour atteindre un centre hospitalier. La solution est trouvée : il faut un brancard. Mais il faut aller à l'autre bout du monde pour en trouver. Le neveu courageux repart donc avec l'agent de l'ordre. Les minutes passent, les heures durent.

Enfin, un brancard vient d'être déniché dans un autre quartier de la commune de Matete et on l'emmène. Les deux sauveteurs rentrent et constatent l'évidence : Louis Bapuwa Mwamba, ancien de l'Agence congolaise de presse (ACP), journaliste à Jeune Afrique et pigiste dans les canards de Kinshasa, a rejoint ses pères. Le corps qui était si plein de vie s'est déjà refroidi. Bapuwa Mwamba, la plume alerte, ne pourra plus inquiéter.

Exprimant ses sentiments à cette triste occasion, l'inspecteur provincial de la police Patrick Sabiti a dit qu'il était habité par un double sentiment de tristesse et de joie. De tristesse à cause de ce confrère qui a perdu sa vie, et de joie du fait qu'on a arrêté ceux qui l'ont tué. Ainsi, il a exhorté tout le monde à aider la Police nationale congolaise, et souhaité qu'il y ait collaboration entre la police et la population d'une part, et la police et la presse d'autre part.

Justement, les agents du bataillon de la police d'investigations criminelles ont exprimé leurs inquiétudes, du fait que ceux qui ont tué Bapuwa Mwamba ont déjà été arrêtés plus de trois fois et auraient été même condamnés à mort. Curieusement, ces genres d'oiseaux se retrouvent en liberté quelque temps après. Qui les libère ? C'est là la question.

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