Abidjan — Après plus de 8 mois d'errance, le Probo Koala a finalement déversé ses produits à Abidjan.
Plus de 528 m3 principalement d'hydrogène sulfuré (H2S), de la soude (NaOH) et du mercaptan, des produits très toxiques pouvant entraîner la mort, ont été déversés sur 7 sites répertoriés pour le moment à travers la ville d'Abidjan depuis le 19 août 2006. Ce sont la décharge d'Akouédo, le Plateau Dokui, Vridi canal, N'Dotré, proche du Banco, route d'Allépé après le corridor de la Gesco, et le bas-fond vers l'école de police.
Arrivée au Port autonome d'Abidjan (PAA), le vendredi 18 août 2006, au quai de la Pétroci, le navire russe battant pavillon panaméen, le «Probo Koala» a, durant plus de 30 heures, déchargé son contenu qu'il a dénommé «Slops» (eaux usées, contenant un peu de pétrole). Or, d'après les analyses réalisées par les laboratoires de la SIR pour le compte du CIAPOL, il s'agit bien d'hydrogène sulfuré, de soude et du mercaptan.
Le courrier électronique envoyé le 17 août 2006 au Capitaine N'Zi Kablan, donne quelques éléments de réponses quant au contenu du navire. Dans ce courrier, M. Jorge Marrero de la société Trafigura LTD, qui a affrété le navire, basée en Espagne, a précisé qu'il s'agissait de produits chimiques (Chimicals Slops). Il demandait par ailleurs au capitaine de prendre toutes les dispositions afin d'éviter tout problème environnemental.
L'affaire fait grand bruit aujourd'hui à tel point que M. Jean-Pierre Valentini, un des directeurs de la société Trafigura devrait fouler le sol ivoirien dans les toutes prochaines heures.
Le Centre ivoirien antipollution (CIAPOL) qui a pris connaissance de ce document a géré le transport des déchets. Un des plus proches collaborateurs de M. Doh André, directeur de ce centre, M. Bayé Etienne, inspecteur des installations classées, a assisté aux rotations des camions, le mercredi 23 août 2006, de 22 H à 3 H du matin. Et ce, malgré les réunions tenues au sein du CIAPOL, sur le déversement du produit toxique à travers la capitale économique.
Le directeur du CIAPOL affirme n'avoir pas été, lors des réunions, informé de la teneur des produits disséminés à travers la ville. Or le 21 août 2006, M. Doh transmet par courrier N° 00261/MINEF/CIAPOL/DIR/Ads, «une mise en demeure» au commandant du navire «PROBO KOALA» lui demandant de rester à quai pour que ses services procèdent aux différents contrôles et examens du produit.
A cette date, il reçoit les résultats d'analyse d'échantillon qui ont été prélevés à la décharge d'Akouédo, en provenance du navire. D'un côté, le CI APOL joue la carte du protecteur et de l'autre il supervise les opérations de déversement à travers la ville, avec la société Tommy. Cette structure spécialisée dans le vidange des eaux usées des navires, détient un agrément probatoire délivré par le ministère des Transports, N° 169/MT/DGAMP/DTMSL du 12 juillet 2006 valable pour un an.
Le 21 août 2006, la société Tommy, par le biais des transporteurs qu'elle a sous-traité pour l'aider dans sa tâche s'est présenté à la décharge d'Akouédo avec un produit industriel, en provenance de Vridi. Et pour 500 000 F cfa, en fonction du tonnage, elle a déversé sa cargaison.
Bien qu'ayant reçu des informations sur les déchets toxiques, le district d'Abidjan a délivré des autorisations de déversement de ces types de produits à la décharge.
Selon un des transporteurs, M. Bayé Etienne, un autre responsable du CIAPOL, lui aurait demandé de verser du Grésil sur les lieux du déversement pour atténuer les odeurs. Le navire, le PROBO KOALA, aurait été refoulé avec son chargement dans cinq pays africains. Dont le dernier en date est le Nigeria. Après s'être débarrassé de sa cargaison en Côte d'Ivoire, il est en partance pour l'Estonie.
De sources informées, le navire aurait cherché pendant plus de huit mois un pays pour l'accueillir.
Le PAA, plus précisément la capitainerie, est garante des installations portuaires de la société WAIBS, consignataire du PROBO KOALA. C'est la capitainerie également qui autorise l'accostage et l'appareillage des navires. Le commandant du port, M. Bombo, qui a été entendu par la police, n'a pas plus été inquiété, même après avoir donné l'autorisation au navire de quitter le port. Malgré les courriers soupçonnant le navire d'avoir transporté des produits autres que des Slops (eaux usées).
Il faut savoir que dans le secteur industriel, l'hydrogène sulfuré intervient dans différents processus de production. Notamment dans la fabrication de fibres synthétiques ainsi que dans les cokeries et raffineries. L'hydrogène sulfuré obtenu lors du raffinage du gaz naturel est le plus souvent transformé immédiatement en soufre.
Sur le plan pathologique et toxicologique, surtout chez les hommes et les mammifères, le H2S est une substance irritante et un poison nerveux et cellulaire. Il provoque l'irritation des yeux ainsi que des organes respiratoires. L'inhalation prolongée de sulfure d'hydrogène peut causer la dégénérescence du nerf olfactif (rendant la détection du gaz impossible). L'inhalation du gaz, même en relativement faible quantité, peut entraîner une perte de connaissance. Des lésions au niveau des bronches, des nausées et, en forte concentration, des lésions des nerfs olfactifs, des convulsions, des engourdissements et finalement la mort par apnée.
En général, les personnes atteintes sont par la suite allergiques au H2S. Les affections provoquées par le H2S font partie des maladies professionnelles à déclaration obligatoire dans les pays occidentaux. Chez les végétaux, les dommages sont peu importants. Les plantes utiles les plus sensibles à cette substance sont le navet, la tomate, le co ncombre et le soja.
Selon des études réalisées à la demande du ministère de la Santé français en 1981, et disponibles sur l'Internet «effets de l'hydrogène sulfuré sur l'homme (OMS 1981)», il existe deux seuils de toxicité des "seuils des effets létaux " (S.E.L.) et des "seuils des effets irréversibles "
Les résultats d'analyse montrent que les effets sont 8 à 10 fois supérieurs au seuil autorisé dans les deux cas.
Selon, les informations communiquées par le ministre de la Santé, il y a deux morts. Deux enfants d'une dizaine d'années.
D'un autre côté, il a fallu attendre cette catastrophe pour que la Société ivoirienne de raffinage (SIR) mette en place une nouvelle procédure d'enlèvement de Slops au quai PETROCI Holding. A savoir : la demande d'autorisation douanière comprenant une escorte douanière pour l'enlèvement des slops, le certificat d'origine du produit à enlever, le certificat de quantité délivré par un organisme agréé en Côte d'Ivoire. Et enfin, un document certifiant la destination finale des Slops et indiquant le nom de la société pour le compte de qui l'opération s'effectue.
Repères
Riposte. Dès les premiers instants, le Premier ministre a décidé de la mise en place d'un Comité interministériel qui s'est réuni le mercredi 30 août à la Primature sous la présidence du ministre d'Etat, ministre du Plan et du Développement, M. Paul-Antoine Bohoun Bouabré.
Interpellations. Une enquête judiciaire a déjà permis l'interpellation de six personnes. Ces objectifs sont de déterminer clairement les responsabilités. Soins. Des dispositions sanitaires ont été prises pour accueillir les populations touchées dans les principaux centres de santé que sont le CHU de Treichville et le CHU de Cocody pour la prise en charge médicale des malades.
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