Il était dix-neuf heures quarante deux minutes, hier, quand le charter Air Europa Espagnol s'est immobilisé sur le tarnac de l'aéroport Dakar-Bango de Saint-Louis. Un aéroport qui était sous haute surveillance policière. Après dix longues minutes d'attente, on aperçoit les premières silhouettes sortir de l'aéronef. Deux émigrés clandestins traversent, les premiers, la centaine de mètres qui séparent le charter de la tente installée pour les besoins de l'identification des occupants de l'appareil. Encadrés par trois policiers sénégalais, ils vont se présenter avant d'attendre sagement l'arrivée du reste de la troupe toujours flanqué de leurs gardes-chiourmes.
Quatre minutes plus tard, arrive le reste de la troupe, bien aligné, escorté par des limiers visiblement décidés à maintenir l'ordre. S'ensuivirent les discours pour remonter le moral des refoulés et l'identification de ces malheureux candidats à l'émigration clandestine.
Et le colonel Athie, venu spécialement de la présidence, s'adressant aux refoulés, d'expliquer, en substance, qu'une somme de dix mille Fcfa (10 000 !), un sandwich et de la boisson sont reservés à chacun de ces soixante gaillards. A sa suite, le chef de l'éxécutif régional, qui a souhaité que les émigrés dorment dans le bus qui les ramène chez eux, de réaffirmer la ferme volonté du gouvernement sénégalais à respecter ses engagements vis-à-vis de l'Espagne. Ass Sougoufara a aussi réitéré l'engagement de l'Etat à assurer la réinsertion de ces candidats à l'émigration à travers des programmes comme le plan Reva.
Interdits de s'adresser à la presse, le temps de l'identification, certains rapatriés ont malgré tout pu se confier. A en croire quelques uns, à leur arrivée en terre ibérique, ils ont été jugés puis condamnés pendant quarante jours dans des camps militaires de Ténérife. 'Nous avons même été chicotés par moments', déclare Tahibou Sylla, originaire de Missira, une localité de la région de Tambacounda.
Revenant sur les conditions du voyage, certains refoulés nous ont certifié avoir été menottés pour être libérés une fois à Dakar-Bango. Dans la foulée, ils ont avoué avoir voyagé de Las Palmas, d'où ils ont embarqué, au Sénégal avec des policiers espagnols et certains élèments de la Dic (Division des Investigations criminelles ).
Pendant que, de sources officielles, l'on nous signale le rapatriement à Saint-Louis, d'autres Sénégalais, cette aprés midi à 15 h 30 mn et à 16 h 30 mn, certains candidats malheureux nous réaffirment leur intention de reprendre le large, à la moindre occasion, pour encore essayer de rallier la péninsule ibérique.

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