Libération (Casablanca)

Maroc: L'amazigh à l'école

Nouri Zyad

15 Septembre 2006


L'insertion de l'enseignement de la langue amazighe dans le système éducatif reste, sans conteste, l'une des marques majeures du Maroc du 3ème millénaire. Si d'aucuns parlent d'acquis, d'autres vont jusqu'à qualifier cet événement de révolution. Aussi multiples que soient ces qualificatifs, ils renseignent tous sur un fait commun : le Maroc a récupéré l'une des composantes essentielles de sa personnalité nationale.

En fait, l'année 2003 a vu la réconciliation de l'école, plutôt la société, avec l'un des idiomes véhiculaires d'une grande partie des Marocains : Les amazighophones. Réconciliation de langues, mais aussi de cultures. Réconciliation avec l'histoire. Le dernier recensement de 2004 les a limités à un peu plus de 50% de la population. Une victoire ? Certainement, dans la mesure où il s'agit d'une décision politique qui allait rétablir le droit indéniable des Marocains à l'apprentissage de l'amazigh dans leurs écoles nationales. Toutefois, cet acquis est resté orphelin. Sa mise en application reste à la merci des conditions objectives et subjectives de chaque école à part.

Les professionnels ne nient jamais que l'opération a commencé dans une cacophonie totale. Ils se plaignent aussi d'une programmation plutôt expérimentale et non scientifique. L'expérience était tout à fait nouvelle et de l'avis de tous, elle n'a pas pris son temps de maturation ni de préparation. Et les cadres pédagogiques et enseignants ont été pris de court. On avait commencé sans disposer effectivement des moyens du bord nécessaires. Le plus intéressant est qu'il fallait répondre, le plus vite possible, à une demande politique de plus en plus consistante. Alors qu'on parle de la généralisation de son enseignement, plusieurs régions restent encore exclues. Certes, la première année était à un niveau pilote, mais, la généralisation est encore un objectif reporté.

A l'heure actuelle, d'aucuns disent aussi que certains volets commencent maintenant à connaître davantage de visibilité. «Il est vrai qu'au début, l'anarchie était le maître mot, chacun faisait ce qu'il voulait, sans aucune coordination ni concertation», explique un cadre pédagogique chargé de l'enseignement de l'amazigh.

Pour les gens du terrain, le problème se pose au niveau de la répartition des trois heures imparties à cette matière. Jusqu'à maintenant, plusieurs régions ne disposent pas d'un emploi du temps clair pour ce qui est du troisième et du quatrième niveaux. Comment dès lors travailler correctement ? Comment concevoir que certaines écoles font enseigner le deuxième niveau à des élèves qui n'ont à aucun moment étudié la première année. «Franchement, l'expérience du premier et du deuxième niveaux a été très réussie, mais celles de l'année précédente et celle de cette année connaissent des dysfonctionnements flagrants», déclare à Libé l'un des cadres pédagogiques qui a accompagné l'opération depuis son début. Les enseignants n'ont profité d'aucun stage de formation concernant notamment le quatrième niveau. Jusqu'à maintenant, il n'y a aucune orientation officielle possible à même d'indiquer aux enseignants la manière d'enseigner ces deux niveaux, ce qui laisse la voie libre aux efforts d'interprétation.

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La question ne se limite pas à des problèmes intrinsèques au système éducatif, mais s'étend à des questions d'ordre sociolinguistique. Plusieurs écoles n'enseignent pas nécessairement la langue amazighe comme l'élève l'a apprise et la parle dans sa maison et son douar. Deux langues cohabitent dès lors au sein du foyer. Les parents ont leur amazigh, les enfants ont la leur. En plus de cela, l'adoption du Tifinagh avait mis les parents en dehors de toute l'opération. «L'amazigh à l'école est une sorte de schizophrénie collective, des parents qui parlent l'amazigh mais qui ne connaissent pas l'alphabet Tifinagh...je pense qu'il faut revoir cette question de manière assez globale», s'indigne un enseignant et parent d'élève.

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