Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Plaidoyer pour une introduction effective de la littérature congolaise à l'école

Pr. Alphonse Mbuyamba Kankolongo, Unikin

16 Septembre 2006


guest column

Kinshasa — On sait que plus d'une voix autorisée a déjà posé l'épineux problème de l'introduction effective de notre littérature - orale et écrite - à deux niveaux importants de notre enseignement : le secondaire et le supérieur. Mais, ce voeu tant de fois répété s'est souvent buté à une réaction tranchante que voici : notre littérature manque des oeuvres de valeur ; la plupart de nos écrivains écrivent mal du fait qu'ils ne maîtrisent pas souvent l'instrument linguistique qu'est la langue française ; de plus, ils ne maîtrisent pas suffisamment les techniques appropriées des genres littéraires (poésie, prose, théâtre) ; bref, leurs écrits ne touchent pas notre profonde sensibilité. Ce jugement assez sévère et parfois objectif s'est justifié à un moment donné. A l'heure qu'il est, il semble bien que les choses ont évolué autrement. Et ce jugement d'autrefois mérite d'être nuancé.

En effet, très peu connue, très moins lue en Rd-Congo même, son berceau, notre littérature dès les années 1970 n'a cessé d'acquérir des titres de noblesse et ses lettres de créance en dehors de nos frontières nationales. En témoignent les nombreux prix littéraires que certains de nos écrivains ont remportés : Entre les eaux, premier roman de V.Y. Mudimbe paru en 1973, a décroché deux ans plus tard - en 1975 - le Grand prix catholique international de littérature ; La gangue et Un voyage comme tant d'autres de Maliga Kintende ont été primés en 1977 et 1981 au concours de la meilleure nouvelle de langue française organisée par Radio France International ; Cannibale, roman de Bolya Baenge a été couronné en 1986 - année de sa sortie - par le Grand prix littéraire de l'Afrique noire octroyé à Paris par l'Association des Ecrivains de France et d'Outre-mer, etc.

QUESTION DU CHOIX DE TEXTES

De plus, en consultant aujourd'hui - chose qui était rare il y a de cela encore vingt ans - les principales anthologies consacrées à la littérature négro-africaine de langue française, on retrouve des traces d'auteur congolais cités à côté des auteurs de grande valeur comme de Sénégalais Léopold Sédar Senghor, le Martiniquais Aimé Césaire, les Congolais de Brazzaville Tchicaya U' Tansi et Sony Labou Tansi, etc. Comment alors, nous-mêmes Congolais les premiers concernés, nous semblons ignorer et négliger notre littérature alors que nous continuons à lire, à analyPROFESSEUR ALPHONSE MBUYAMBA KANKOLONGO Université de Kinshasaser et à commenter quantité d'oeuvres de tous les ténors de la littérature négro-africaine.

C'est-à-dire que le problème de l'introduction effective de la littérature congolaise de langue française à l'école ne se pose plus, le vrai problème qui se pose maintenant est celui du choix des textes valables à enseigner car ils existent déjà et celui d'accès à l'information. En effet, les textes qui existent sont souvent introuvables dans nos bibliothèques, ne sont pas en vente dans nos librairies (presqu'inexistantes de nos jours), pour tout dire, ils sont presque absents sur le marché du livre. Une autre difficulté majeure réside également dans la carence des oeuvres critiques (couramment appelées monographies) sur cette littérature qui permettent une lecture intelligente des oeuvres.

Dans cet ordre d'idées, deux initiatives prises au niveau de l'enseignement supérieur et universitaire méritent d'être chaleureusement saluées : il s'agit, d'une part, dans le cadre du nouveau programme, de la création d'un Département des lettres et civilisation congolaises comme matière d'enseignement au sein des départements de français des Instituts supérieurs et des départements de lettres et civilisation françaises des Facultés des lettres et sciences humaines des Universités.

Au niveau secondaire, nous espérons que l'introduction de notre littérature sera effective dès l'année secondaire 2006-2007, avec la sortie imminente de notre anthologie sur cette littérature intitulée : De l'aube au crépuscule Manuel de littérature et civilisation congolaises, manuel scolaire destiné aux classes de 5ème et 6ème , toutes options confondues. Voici ce qu'en dit le préfacier, le professeur Mukala Kadima-Nzuji : « Ce livre a pour destinataires les élèves de l'enseignement secondaire, les étudiants des universités et instituts supérieurs, les enseignants et chercheurs, les amateurs de littératures. Par le choix et la diversité des textes qu'il propose, par l'abondance de notices et remarques qu'il soumet à l'attention du lecteur, par le découpage thématique qui le sous-entend, il est une manière d'introduction à une lecture méthodique de la société congolaise telle qu'elle-même, à travers son penser, son agir et son devenir, il est un outil de travail indispensable ».

LITTERATURE CONGOLAISE ENSEIGNEE EN FRANÇAIS

De ce qui précède, la question est de savoir s'il faut enseigner ou non la littérature congolaise est un faux problème. Nous venons de donner de façon lapidaire les arguments essentiels qui militent en faveur de cet enseignement. Qu'elle soit orale ou écrite, la littérature congolaise de langue française n'est rien d'autre qu'une partie de la culture congolaise exprimée ou supportée par la langue française. Tout enseignement de cette langue aux Congolais ou aux Africains ne peut par conséquent négliger cet aspect de leur culture qu'ils sont appelés à revaloriser, à promouvoir et à propager en enseignant à leur tour. En outre, l'on sait que l'étude des textes littéraires reste d'un grand intérêt pour le développement du sens esthétique de l'élève, la formation de son goût et pour le faire entrer plus profondément dans la culture du pays.

En effet, si la langue est le véhicule de la culture, la langue française véhicule la culture française. Elle est donc un instrument moins efficace pour véhiculer une autre culture que la sienne propre. La littérature congolaise de langue française serait-elle donc la littérature française de coloration congolaise ou la littérature franco-congolaise ? S'il s'avère difficile de trancher nettement cette question, il n'en demeure pas moins vrai qu'il y a une certaine mixité culturelle.

Introduit par l'homme blanc dès l'occupation coloniale de notre territoire, le français de par la force des choses et de l'histoire fait désormais partie intégrante de notre patrimoine culturel. Cependant, les écrits en langue française constituent ignorent cette langue. Pour leur permettre aussi l'accès à notre littérature en langue française, il est souhaitable que les oeuvres de cette littérature fassent l'objet des traductions, du moins dans nos quatre langues retenues comme nationales par le Pouvoir public, à savoir, le lingala, le kikongo, le swahili et le tshiluba.

Au total, dans ce qui vient d'être dit, la promotion de nos langues tout en cheminant de façon heureuse et harmonieuse avec le français et celle de notre littérature enracinées dans nos réalités sont mieux placées pour contribuer, à leur manière - si modeste soit-elle- à la renaissance de notre pays complètement saccagé et dévalorisé sur le plan international.

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