Ibrahima Kh. Ndiaye
20 Septembre 2006
La Maison africaine de Bruxelles reste ce foyer d'accueil et d'hébergement des étudiants et stagiaires africains. Mise en place au début des années 60, cette Maison se révèle un véritable foyer familial pour ses pensionnaires qui bénéficient d'avantages certains pour une bonne intégration et une réussite dans les études. Seulement, la gestion du bien commun pose problème et les récriminations sont souvent légion.
Au 33 rue d'Alsace-Lorraine et dans le cÅ"ur du quartier Matonge à Bruxelles, la Maison africaine, qui accueille étudiants et stagiaires africains, reste très facile à trouver à la sortie des stations de métro " Porte de Namur " et " Trône ". D'une apparence anonyme, l'immeuble n'est pas immaculé que pourrait le laisser croire sa couleur et son accès reste soumis au franchissement de deux portes. Et il faut détenir une clé magnétique pour accéder aux locaux. Dès les premiers pas, le visiteur se rend compte de la vétusté du bâtiment de quatre niveaux et d'une cave. L'immeuble porte l'empreinte de coups de pinceaux récents qui cachent mal son âge plus que centenaire.
Au rez-de-chaussée se trouvent les bureaux, une salle télé et un entrepôt. Au sous-sol sont implantés les salles informatiques et de télé, la bibliothèque, une buanderie et les locaux du service d'entretien.
Des escaliers permettent d'accéder aux chambres sur les quatre niveaux supérieurs. Les toilettes sont communes, même si chaque pensionnaire jouit d'un minimum de confort dans sa chambre : une armoire, un bureau, des étagères, un fauteuil et un lavabo. Le lit est individuel.
Avec 80 chambres occupées par des ressortissants de 25 nationalités, la Maison porte bien son vocable africain. Si le statut de 1961 a évolué vers une Organisation non-gouvernementale, Association sans but lucratif (Asbl), la MA est toujours résolument tournée vers le même objectif : " permettre aux étudiants africains de passer un séjour plus ou moins confortable à Bruxelles et qu'ils réussissent avant de rentrer dans leurs pays ".
Logés aujourd'hui au cÅ"ur de Bruxelles, les étudiants africains ne sentent pas du tout dépaysés du fait du quartier Matonge. Non seulement la MA est à proximité des grands instituts de formation, mais également des différents moyens de transport publics (métro, bus, tram et train).
De nationalité congolaise, Mbay Chilond, la cinquantaine entamée, depuis trois ans à la MA, semble être le doyen de la communauté estudiantine. L'enseignant et pasteur est inscrit en théologie et trouve que le cadre recèle des avantages certains au-delà de son emplacement.
" Je dois dire que sur le plan psychologique et social, je vis au milieu de mes frères Africains et le courant passe donc mieux. Nous ne sommes pas stressés. Nous bénéficions également d'un changement régulier de draps et de certains petits avantages pour les étudiants non boursiers comme la petite banque alimentaire ", souligne M. Chilond, qui n'a pour autant pas connu d'autre cadre de vie depuis son arrivée à Bruxelles.
Le Sénégalais Alassane Sèye, étudiant en électronique médicale, pense également que le « cadre est propice pour apprendre de nos autres frères Africains ». Ce dernier, comme de nombreux étudiants, avoue s'être retrouvé à la MA par " pur hasard ". " J'avoue que j'étais, à mon arrivée, un peu déçu par le cadre de vie de la Maison africaine, notamment par la vétusté du bâtiment. Je trouve également que le prix de la location réclamé aux étudiants boursiers est exorbitant par rapport aux services offerts. Mais, de façon globale, les conditions et la vie au quotidien conviennent aux étudiants qui n'ont pas beaucoup de moyens ", soutient M. Sèye.
La Maison dispose de deux types de chambre. Et selon les différences qui se mesurent par l'isolation, l'électricité, le chauffage et la peinture, le montant du loyer est de 215 et 235 euros et la plupart des étudiants sont boursiers de l'Etat belge.
Hygiène douteuse
Les difficultés de la vie communautaire à la MA sont déclinées par rapport à la gestion du bien commun. Le directeur est le premier à décrier la situation partagée par presque tous les locataires. " Il y a trois ans, nous avons mis en place une salle informatique neuve avec des machines neuves connectées à Internet et une imprimante. N'ayant pas de moyens de contrôle, les étudiants ont commencé à démonter les ordinateurs ", regrette Thierry Van Pevanage qui pense que l'alternative pour la connexion sera de disposer d'un réseau Internet sans fil, vu que nombre d'étudiants disposent d'un ordinateur portable dans leur chambre. Nous remarquerons que le seul ordinateur fonctionnel à la salle informatique est pris d'assaut par les étudiants et certains peuvent patienter des heures durant pour prendre possession de la machine. Les responsables des lieux avouent rencontrer peu de soucis avec les étudiants pour la plupart responsables et déjà cadres dans leur pays. Mais le problème de l'entretien demeure récurrent.
" Nous connaissons des failles nous-mêmes dans la notion du bien public et la propreté. Les chaises des toilettes sont souvent cassées, l'hygiène laisse parfois à désirer avec des traces d'aliments, etc. ", regrette Mbay Chilond.
L'affichage recouvre pratiquement tous les pans des murs des couloirs. Et les exhortations sont multipliées pour en appeler à un esprit responsable. Mais, les étudiants et stagiaires semblent faire fi. Les salles de cuisine sont très illustratives des appels à la responsabilité individuelle.
" Ce four micro-onde est neuf. Si nous y mettons des objets en métal, acier, aluminium, l'appareil va exploser. Faisons y attention ". Ou encore : " Cher étudiant : veuillez à l'entretien minimum de votre partie du frigo. Cela est indispensable à l'hygiène et la bonne santé de chacun. Cordialement ". Et est encore apposée sur le frigo cette note : " Il est strictement interdit de déposer les casseroles dans les frigos ".
Tous ces conseils ne semblent guère susciter l'adhésion des concernés tant il est fréquent de voir que les attitudes décriées sont réelles.
Un restaurant pourrait être une alternative. Mais cette idée est balayée d'un revers de la main par les autorités qui rappellent qu'un restau existait. " Le restaurant a été fermé, il y a sept ans du fait de la sélection des bénéficiaires. Nous sommes ici dans le quartier Matonge et de nombreux habitants débarquaient ici pour manger, boire, nous posant ainsi un problème d'insécurité. Les externes semaient la pagaille. Le repas était très bon marché ", informe le directeur. " Les étudiants venaient rarement se restaurer contrairement aux gens du quartier ", selon Mme Nicolay, pour justifier la fermeture. Mbay Chilond lance un appel à l'intention des dirigeants africains pour venir en aide aux pensionnaires, arguant du fait que la MA devrait être une " fierté africaine ".
Un symbole de la solidarité Nord-Sud
" Une maison chaleureuse pour accueillir, héberger et accompagner pédagogiquement et socialement les jeunes Africains, arrivés en pays étrangers sans relations et parfois sans bourse d'étude ". La même philosophie, qui avait amené, à la fin des années 50, Mme Monique Van Der Straten Waillet à créer la Maison africaine (MA), semble toujours tenir pour les continuateurs de l'Å"uvre. Les critères d'attribution de chambre obéissent à la " détention d'un passeport africain, au statut d'étudiant ou de stagiaire inscrit dans une université ou institution reconnue par le gouvernement belge et l'évaluation de la volonté de la personne à retourner dans son pays ", souligne Thierry Van Pevenage l'actuel directeur de la Maison. Autant dire que le dernier critère, un souci majeur de la coopération au développement reste très subjectif.
L'Asbl apporte à ses pensionnaires un soutien social et culturel aux étudiants et stagiaires, souligne le directeur. " Nous essayons de faire un certain nombre d'activités pour mieux nous faire connaître. L'étudiant africain qui arrive pour la première fois en Europe peut paraître perdu. Nous essayons, par exemple, d'aider les étudiants à ouvrir un compte bancaire, à effectuer des démarches dans la commune... Nous avons également une assistante sociale qui s'occupe de trouver des bourses aux étudiants en difficulté, vu que certains ont du mal à boucler les fins du mois. Un autre volet consiste en une fourniture annuelle de 10 tonnes de nourriture, généralement non périssable. Nous avons également un service vestiaire pour aider les étudiants à passer l'hiver auquel ils ne sont pas du tout habitués ", souligne M. Van Pevenage.
Le volet culturel mis en Å"uvre se traduit par des " visites de sites touristiques, l'organisation d'expositions en rapport avec l'Afrique (pièces de théâtre suivies de débats sur les stéréotypes par exemple). Bien sûr qu'il y a des aspects plus festifs comme le repas de Noël, de clôture académique ou les verres de rencontre ", selon Thierry Van Pevenage.
Avec un séjour de 28 ans en terre africaine dont 18 ans en Afrique noire, Michelle Nicolay, à l'origine intendante et aujourd'hui assistante sociale, semble la plus africaine du personnel de la MA. Ayant largement dépassé l'âge de la retraite, elle verse, de gaieté de coeur, dans le bénévolat. Elle est celle qui accueille les nouveaux arrivants, les guide dans les chambres, leur explique le fonctionnement de la Maison. Pas du tout dépaysée, l'assistante sociale pense que son travail à la MA, depuis 1988, est une " continuité dans mon expérience ".
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