Port Louis — 1 500 femmes entrepreneurs sont recensées. Leurs chiffres d'affaires varient entre quelques milliers de roupies et des dizaines de millions. Leur savoir-faire a évolué. Un échantillon est exposé à Pailles.
Quelques volailles pour fournir des oeufs à la famille, une vache pour le lait, un potager pour les épices, salades et autres légumes de saison, la couture pour habiller les enfants et même les voisins la Mauricienne d'hier était naturellement entrepreneur. La société de consommation a quelque peu brouillé ce réflexe chez les présentes générations. Mais pas entièrement, si l'on en croit le savoir-faire, l'originalité et la réussite étalés actuellement au centre de conférences de Pailles. S'y tient, et ce jusqu'à dimanche, une exposition-vente de l'entrepreneuriat au féminin.
La génération actuelle de femmes entrepreneurs évolue en professionnelles du monde des affaires. Seules ou à la tête d'une petite entreprise employant des salariés, elles s'imposent rigueur et recherche de qualité des chaînes de production sophistiquées. Si, au fond, elles poursuivent les mêmes objectifs qu'autrefois, faire mieux vivre leur famille, d'autres ambitions sont venues se greffer à cela : s'épanouir, s'émanciper
"Je gagne Rs 3 000 à Rs 5 000 par mois. Impossible de toucher autant et dans les mêmes conditions si j'étais retournée à l'usine", commente Padmini Kanaksabee. C'est un as de l'aiguille. Elle habille des poupées miniatures en robe de bal, de mariage ou en costumes traditionnels de séga. Des sacs en jute et canevas, sertis de strass et paillettes, ainsi que des colliers comptent également parmi ses créations.
Padmini Kanaksabee était autrefois ouvrière de la zone franche. Après le mariage, elle s'est occupée à plein temps de ses enfants jusqu'à ce qu'ils atteignent l'âge d'aller à l'école. Il y a deux ans, elle a pensé reprendre une activité économique. Mais plutôt que de retourner à l'usine, elle a tenté d'exploiter ses talents d'artisan développés lors d'ateliers de formation auxquels elle a participé dans son adolescence. "J'ai commencé avec Rs 3 000." Aujourd'hui, un agent vient régulièrement lui acheter ses poupées, surtout les ségatières. Padmini emploie trois personnes.
Avoir un rêve. Avoir foi en ses capacités. Oser. Démarrer petit. Persévérer. Ces valeurs sont derrière la réussite de chaque femme entrepreneur. "La timidité ne paie pas. Aujourd'hui, aucune femme ne peut se permettre de ne pas travailler et de se fier au seul salaire du mari. Je demande à toutes celles qui ont une idée de se lancer. Développez votre talent !" lance Ritabye Sivram.
Vivre de sa passion
Cette femme entrepreneur de Montagne-Blanche est bien placée pour parler du sens d'initiative. Mère de deux enfants et épouse de planteur, Ritabye Sivram, 33 ans, s'est lancée dans la fabrication de produits en rotin neuf ans plus tôt. "J'ai toujours aimé le rotin et j'ai poursuivi mon intérêt jusqu'à Roche-Bois où j'ai appris tout l'art de manipuler ce fin roseau. Un prix obtenu à une exposition m'a incitée à explorer davantage cette discipline."
Une chose menant à une autre, Ritabye Sivram est à présent propriétaire de son propre atelier. Elle y fabrique des salons et autres objets fonctionnels et décoratifs sur commande. Elle enseigne également son art dans cinq centres communautaires à titre privé. Elle gagne en moyenne Rs 15 000 par mois, sauf quand il y a de grosses commandes, bien entendu. Ces commandes, elle les décroche à la force de sa créativité.
"Je crée des modèles en m'inspirant notamment d'Internet et de catalogues. Je participe régulièrement aux foires et autres manifestations du genre pour me faire connaître." Ritabye Sivram emploie deux de ses élèves qu'elle paie à l'heure.
Souvent, les femmes aspirant à l'entrepreneuriat se plaignent d'un manque d'idées originales. Or, le parcours de Ritabye Sivram démontre qu'on peut vivre de sa passion. Il suffit de savoir comment lui donner corps. "Il ne s'agit pas de réinventer la roue. Mais nous avons tous en nous un talent, un savoir-faire qui nous distingue des autres. Le point de départ c'est d'identifier cette qualité, de l'évaluer. Ensuite, tout devient beaucoup plus simple. Surtout vu les incitations proposées par le gouvernement, encouragements qui n'existaient pas à mes débuts."
Véronique de Guardia s'est livrée à cette introspection il y a dix ans. En est née Presents, une marque de référence en matière de bijoux tendance, fabriqués à partir de pierres semi-précieuses, de cristal, d'os, de résine, de nacre, de noix de coco, de bois Trois boutiques, une dizaine d'employées, une présence dans les boutiques d'hôtels et au comptoir hors taxes de l'aéroport Le succès de Presents n'est plus à faire.
"Nos produits sont aimés tant par les hommes que par les femmes et les enfants. Nous en avons de vraiment jolis et pour toutes les bourses. Les modèles sont des créations de Mme de Guardia. Nous diversifions présentement dans les accessoires : sacs, ceintures, sandales Nous nous les décorons en utilisant nos matériaux de prédilection mais aussi la broderie", expliquent tour à tour Vanessa Iyasawmy et Agnès Gogi, responsables de vente.
La créativité n'a pas de limite. Deborah Ng Hung Yuk a démarré comme fabricant de vêtements prêt-à-porter. Aujourd'hui, elle a diversifié dans la fabrication d'abat-jour et a créé le label Faith. Son stand exhibe des abat-jour élégants, tendance et classe. "Nous fournissons des hôtels et des clients individuels. Nous opérons sur commande, de sorte à pouvoir proposer des produits intégrant le thème de la décoration intérieure du client", explique Marie-Noëlle Aumeerally, responsable d'étal. Faith emploie quatre femmes et ses abat-jour se vendent à partir de Rs 150.
"Remise de 30 %"
Et là où il y a créativité et esprit d'entreprise, les opportunités ne manquent pas. Lalitha Venkatramanan en donne l'exemple. Mariée à un ressortissant du Sud de l'Inde, région connue pour sa cuisine épicée, Lalitha et son époux ont fondé la société Suriya Masala & Spices. Elle propose aux Mauriciens une version tempérée des épices piquantes de l'Inde.
"Notre masala est spécial. La recette appartient à mon époux. Elle incorpore les épices authentiques venues de l'Inde. Seulement, nous y allons un peu doucement sur le piment. Suriya est toujours très attendu dans le réseau de 900 boutiques à travers l'île où nous assurons livraison", explique Lalitha Venkatramanan. Il n'y a pas que le masala. Sa société distribue d'autres denrées et épices importées de l'Inde. Chiffre d'affaires mensuel : Rs 300 000 en moyenne.
Les femmes ont donc depuis longtemps franchi le pas du système-D (pour débrouillardise) pour jouer dans la cour des grands. Les incitations offertes par le gouvernement ne devraient que les encourager à grandir davantage.
"Nous venons de signer une convention avec Air Mauritius pour qu'une remise de 30 % soit accordée sur le prix du billet d'avion à toute femme entrepreneur qui désire participer à une foire commerciale à l'étranger. Celles qui veulent prospecter le marché indien pourront prétendre à 10 % de remise. Profitez-en. Ne regardez pas uniquement le marché local. Pour vous, sky is the limit." Paroles d'encouragement du ministre des Droits de la Femme hier, à Pailles, qui sonnent une note joyeuse pour l'avenir de l'entrepreneuriat féminin.
Coup de pouce des autorités
Vous avez une idée mais ne savez pas comment vous lancer ? Cela ne devrait plus être un problème insurmontable. Le National Women Entrepreneur Council (NWEC) vous tend les bras. Vous n'avez qu'à vous y faire inscrire et l'organisme s'occupe de vous orienter et guider. Le NWEC, opérant sous la tutelle du ministère des Droits de la Femme, a recruté deux personnes pour accueillir les aspirants femmes entrepreneurs, les écouter, les aider à affiner leurs idées et à concevoir leur projet en des termes pratiques. "Nous évaluons leur potentiel et leur accordons une petite formation sur le monde des affaires. Elles nous quittent avec une attestation en main, un document qui leur ouvre pas mal de portes", explique Preety Ramjuttun, un des "Project Development Officers" fraîchement recrutés.
Hier encore, c'était surtout des femmes averties et possédant déjà un certain sens des affaires qui frappaient à la porte du ministère. Beaucoup étaient déjà entrepreneurs et étaient à la recherche de ressources pour améliorer ou agrandir leurs affaires. Depuis que le gouvernement a démarré son programme d'encourager les petites et moyennes entreprises, de plus en plus de néophytes viennent aux renseignements, indique Anita Gobin du NWEC.
"Elles ont souvent une idée assez vague de ce qu'elles veulent faire. Elles manquent de confiance en elles et se disent que leurs idées ne sont pas assez originales, qu'elles ne marcheraient pas " dit Preety Ramjuttun à propos des débutantes. Son travail est justement de les rassurer et de les encourager. Elle discute avec elles pour déterminer ce petit quelque chose qui leur donnerait un avantage compétitif sur le marché. "Il n'y a pas deux personnes qui font du achard de la même manière."
Quelque 1 500 femmes sont inscrites auprès du NWEC. Leurs chiffres d'affaires varient de quelques milliers de roupies à des dizaines de millions. "Les micro-entreprises réalisent globalement en chiffre d'affaires d'environ Rs 150 000 par an, ce qui n'est pas mal du tout pour un début", estime Anita Gobin.

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