A. Lemili
21 Octobre 2006
L'installation d'un nouveau chef de Sûreté de daïra à hauteur du Khroub a tout de suite fait le tour de la ville.
En fait, elle a imprimé l'imaginaire des uns et des autres par la «méthode» de travail de cet officier dont les petits vendeurs à la sauvette ou encore les transporteurs clandestins ont démultiplié l'action.
Nonobstant l'intérêt accordé à «nettoyer» les places publiques de ce type de commerce illicite, la mise en fourrière des véhicules et la verbalisation de leur propriétaire qui, quelque part sans doute mais pas forcément, peuvent être considérées comme normales, il n'en reste pas moins que les services de police ne s'attaquent pas à l'essentiel, la violence urbaine en l'occurrence. Une violence qui est d'autant plus spectaculaire qu'elle n'est plus le fait de délinquants qui oeuvrent selon des schémas et des conditions strictement typiques, à savoir le choix de lieux en général déserts, la nuit, les victimes isolées et plutôt vulnérables, à l'image des personnes âgées. Aujourd'hui et plus particulièrement dans une période à cheval entre les mois de septembre et d'octobre, même si des statistiques officielles pourraient soutenir le contraire et pour cause, rarement les actes de délinquance n'ont atteint un tel stade. Les agressions se faisant à découvert, en public et souvent en présence d'agents de l'ordre. En l'espace d'une dizaine de jours et entre certainement une centaine si ce n'est plus de cas similaires, un immeuble est régulièrement visité et cambriolé dans la nouvelle ville Ali Mendjeli.
En déposant une plainte pour cambriolage le 12 de ce mois, L. B. a effectivement obtenu le déplacement vers 23h des agents de la BMPJ censés relever des empreintes sur les lieux. Il nous a été donné de vivre cette investigation sur place et nous ne sommes pas très certains que la méthode utilisée pour relever une quelconque empreinte puisse être à même de donner des résultats. Le 17 du même mois, à hauteur de la cité des 1 039 logements et à 10h30, une vieille femme est agressée et dépouillée de ses bijoux (2 paires de fins bracelets en or). Les lieux sont connus des services de police puisqu'ils ont été le théâtre, l'année dernière et dans la même conjoncture (Ramadhan), de nombreuses agressions notamment sur les jeunes femmes travailleuses dont les cris ne suscitaient qu'indifférence de la part des personnes présentes au moment des faits et seulement à une centaine de mètres d'une unité d'intervention de la BMPJ.
Le 19, Mme M, cadre dans une banque, est attaquée alors qu'elle se rendait à son travail. Pour avoir vaillamment résisté et s'être défendue face à son adversaire en répondant coup pour coup au déchaînement de violence de ce dernier, elle sera blessée au poignet et à la cuisse d'un coup de couteau. Toutefois, elle ne se fera pas délester de son sac qui contenait «au-delà d'un téléphone mobile et d'un peu d'argent, insignifiants dans ce cas de figure, des documents personnels si difficiles à reconstituer et ré-obtenir». Quant aux vols par effraction dans les voitures, la situation est arrivée à un point tel que les victimes se contentent tout simplement d'aller chez le plus proche serrurier pour faire procéder à la réparation de ces dernières plutôt que d'aller vivre une procédure kafkaïenne dans un commissariat de police en déposant une plainte pour un inévitable document intitulé «P-V de recherches infructueuses» envoyé trois mois plus tard et qui ne servira à rien et même pas devant la justice et les sociétés d'assurance.
Ces quelques événements vécus ne sont, nous ne le répéterons jamais trop, qu'une goutte dans un océan de turpitudes. Et nous passerons évidemment sur les affrontements collectifs entre bandes rivales et voisins de communautés d'extraction sociale différente (citadins et «bidonvillistes») dans l'obligation de vivre ensemble.
Alors, quand parfois sont évoquées des opérations «coup de poing», il ne s'agit effectivement que d'opérations coup de poing bonnes encore une fois pour les statistiques et la consommation des médias sans plus, même si, en aparté, les responsables des services de sécurité concernés diront à qui voudrait les croire qu'ils sont «désabusés parce qu'il ne sert à rien d'arrêter des délinquants, d'étoffer des dossiers en béton, de présenter les coupables devant qui de droit pour les retrouver à vous narguer quarante-huit heures plus tard».
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