Jean-Bruno Tagne
24 Octobre 2006
Elle s'insurge contre la lenteur de l'enquête et le silence du directeur de cet hôtel.
Les clients de l'Hôtel Hilton de Yaoundé n'ont pas connu leur quiétude habituelle, samedi 21 octobre dernier. Environ 25 membres de la famille Djomo Pokam, le jeune homme tué le 21 août dernier et défenestré d'une des chambres de l'hôtel, ont décidé de faire un sit-in devant le lieu du crime. Vêtus d'uniformes en pagne et assis sur le macadam sous un soleil brûlant, ils tiennent chacun des photos de leur fils. On y voit le corps sans vie d'un homme couvert de traces de coups, les vêtements déchirés, un trou dans le poignet, du sang au niveau de l'anus, la tempe écrasée et le corps entièrement marqué par des traces de fer à repasser. L'horreur.
Deux mois après le meurtre de leur fils, la douleur reste intacte dans la famille Djomo. On en voit qui pleurent, devant des passants compatissants qui se sont joints à la famille devant l'Hôtel Hilton. Quelques policiers sont là, pour empêcher, expliquent-ils, qu'il y ait des débordements. Les vigiles de l'hôtel eux, chiens fermement tenus en laisse dissuadent les manifestants à aller plus loin. Quelques membres de la famille s'énervent et leur langage devient incontrôlable. "Assassins, assassins ", sanglotent-ils à l'égard des vigiles.
Selon Chimi Djomo, l'un des portes parole de la famille du défunt, ce sit-in est le début d'une série qui va se poursuivre tous les 21 du mois jusqu'à ce que les assassins de Narcisse Djomo Pokam soient arrêtés. Il annonce que cette initiative est également suivie aux Etats-Unis et au Canada où des membres de la famille Djomo manifestent aussi devant les Hôtels Hilton de ces pays. "L'objectif, affirme M. Chimi Djomo, est d'empêcher que pareil crime se reproduise au Hilton. Il faut que le cas de Narcisse fasse tâche d'huile. Nous voulons que la vérité éclate. Et la vérité c'est que notre fils est mort pour rien." Et M. Chimi Djomo de remercier le chef de l'Etat d'avoir dessaisi la délégation provinciale de la police judiciaire du Centre de ce dossier pour le confier à la direction de la police judiciaire. Preuve, selon lui, que cette affaire est suivie en " hauts lieux ".
Toute en larme, Lina Djomo, la sÅ"ur du défunt a une autre idée de leur sit-in. Il s'agit, soutient-elle, de faire pression sur le directeur du Hilton qui, depuis que le drame a eu lieu, " reste muet comme une carpe ". "Il en sait des choses, mais ne veut pas les révéler. Par pitié, que ce monsieur parle ", se lamente-t-elle face aux journalistes. Lina s'étonne également de la lenteur des enquêtes pour une affaire "si évidente ". Et Lina Djomo de conclure qu'on veut cacher des choses, ce d'autant que, poursuit-elle, "beaucoup d'argent se balade dans cette affaire ".
Presqu'à l'unisson, tous les membres de la famille Djomo présents au sit-in devant l'Hôtel Hilton de Yaoundé samedi dernier, dénoncent la " suffisance et l'arrogance " du directeur général de cette structure qui, depuis le décès de Narcisse Olivier Djomo Pokam dans son hôtel, n'a pas " daigné " envoyer la moindre lettre de condoléance et ne s'est même pas présenté aux obsèques de ce dernier...
Après un sit-in d'environ une heure, la famille Djomo s'est retirée alors que quelques-uns des membres ont été emmenés par la police pour interrogatoire. Pour leur sit-in, affirme-t-on de source policière, ils n'ont obtenu aucune autorisation. Ils ont promis de revenir le 21 novembre prochain si d'ici là les assassins de leur frère ne sont pas connus.
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