Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Assemblée nationale, des députés jugent la lutte contre la corruption

Claude Tadjon

26 Octobre 2006


Réunis en conférence sur la gestion durable des forêts, ils évoquent aussi la prochaine session budgétaire.

A l'unanimité, le bureau de l'Assemblée nationale s'est prononcé, le 5 octobre dernier, en faveur de la levée de l'immunité de deux députés. Il s'agissait là, d'une réponse favorable à une requête introduite par le gouvernement avec comme conséquence la mise à la disposition de la justice du député Rdpc du Wouri centre, Edouard Etondè Ekoto et du député Rdpc du Mbam et Inoubou, André Booto à Ngon. Ceci, dans le cadre des enquêtes judiciaires sur les détournements de deniers publics au Port autonome de Douala et au Crédit foncier du Cameroun, deux entreprises publiques où ces parlementaires ont occupé les fonctions de président de conseil d'administration.

Trois semaines après cette décision, Edouard Etondè Ekoto et André Booto à Ngon sont désormais des visages bien connus par les habitués des parquets des tribunaux de grande instance du Mfoundi à Yaoundé et du Wouri à Douala où ils sont régulièrement entendus. Avant-hier, André Booto était encore entendu par le procureur de la République à Yaoundé. La levée de l'immunité et les péripéties judiciaires de ces élus sont accueillies sans excès de zèle par leurs collègues, aussi bien ceux du même parti (le Rdpc au pouvoir) que ceux de l'opposition. Participants à la première conférence internationale des parlementaires sur la gestion durable des écosystèmes de l'Afrique centrale, quelques députés interrogés sur la campagne dite d'assainissement en cours et la levée de l'immunité de leurs confrères s'accordent sur la nécessité d'un assainissement dans la gestion des ressources de l'Etat, une exigence plus forte encore, selon eux, lorsqu'il s'agit de parlementaires.

Pour le député Sdf du Boyo dans la province du Nord-Ouest, Jua Paulinus, les élus de l'Assemblée nationale doivent être d'une certaine probité : "C'est pas bon d'avoir des députés criminels. Il ne s'agit pas seulement de la corruption; tout député coupable d'un crime doit être sévèrement sanctionné. La levée de l'immunité de certains députés s'inscrit dans cet ordre des choses, il ne faut pas utiliser l'immunité parlementaire pour empêcher la justice de suivre son cours." Il ajoute que l'intégrité du député est un sujet qui "préoccupe". " On essaye de nettoyer la maison", soutient le député de la province du Nord-Ouest.

Son collègue Sdf du Moungo Nord, dans la province du Littoral, M. Nguetcham, se dit solidaire de la décision prise en inter-session par le bureau pour la levée de l'immunité de Edouard Etondè Ekoto et de André Booto à Ngon. Le fait qu'il s'agisse de deux autres députés Rdpc mis à la disposition de la justice, après le cas Fon Doh Gahwanyim III le 14 février 2006, n'a rien de significatif pour lui : "Ce n'est qu'une coïncidence. Il aurait pu s'agir des députés d'un autre parti". Toutefois, le parlementaire ne cache pas sa gêne devant cette récurrence de levée d'immunité au cours d'une seule législature: "çà dérange un peu, car ces levées d'immunité tendent à renforcer l'idée selon laquelle l'Assemblée nationale du Cameroun est un refuge pour les gens qui se reprochent quelque chose. L'image d'une aussi prestigieuse institution en a pris un sérieux coup. Mais nous-nous élevons contre toutes les attitudes qui visent à spolier l'Etat des moyens dont il a besoin." Aussi, le député Nguetcham constate que parmi ses collègues, il y en a qui n'auraient pas dû siéger au parlement "si l'exécutif avait fait le travail du contrôle de la gestion de certaines personnalités à temps, s'il avait mis sur pieds des mécanismes pour s'assurer que les gens ne s'enrichissent pas de façon arrogante sur le budget de l'Etat".

Gêne

Contrairement à son collègue. Nguetcham, Roger Nkodo Ndang, député du Rdpc du Nyong et Mfoumou dans la province du Centre, affirme qu'il ne saurait y avoir de gêne après la levée de l'immunité de trois députés en moins de huit mois : "Nous sommes tous des Camerounais soumis aux lois de la République", lance-t-il. Pour lui, c'est bien la preuve que l'assainissement de la gestion des biens publics n'épargne personne : "Si une enquête judiciaire est bloquée parce qu'un député est mêlé à une affaire, le bureau de l'Assemblée lui donne l'autorisation d'aller défendre sa cause devant la justice. C'est ce qui a été fait".

Hier, le sénateur congolais (Brazzaville), Clobert Ibinda, modérateur des débats de la conférence sur la gestion durables des forêts en Afrique centrale, a reconnu que la levée de l'immunité des députés ou des sénateurs n'est pas encore une réalité au Congo. Il s'est montré toutefois admiratif, devant l'expérience camerounaise en la matière : "Dans le cadre de la bonne gouvernance, j'observe que le Cameroun est en train de faire de bonnes choses, les autres pays de la sous région devraient s'en inspirer pour ralentir les élans de ceux qui veulent détruire nos économies".

Liens Pertinents

A 19 jours de l'ouverture de la prochaine session de l'Assemblée consacrée essentiellement à l'examen et au vote de la loi des finances, les députés camerounais conviés à ces assises sous-régionales ont aussi dévoilé quelques unes de leurs attentes. M. Nguetcham du Sdf ne cache pas son inquiétude quant à l'arrivée tardive des textes à examiner: "Nous attendons du gouvernement qu'il respecte enfin les dispositions légales qui disposent que pour l'examen d'une loi de finances, les textes soient déposés au moins quinze jours avant l'ouverture de la session", affirme-t-il. Son collègue du même bord politique, Jua Paulinus se montre plutôt préoccupé par les élections législatives et municipales à venir : "Les attentes des Camerounais portent sur la commission électorale indépendante. On espère que le gouvernement nous permettra d'examiner soit son projet de loi, soit une de nos propositions sur cette question", confie-t-il.

Après l'atteinte du point d'achèvement de l'initiative Ppte par le Cameroun, Roger Nkodo Ndang du Rdpc affirme attendre "beaucoup" du budget en cours : "Nous espérons que les fonds qui devaient être reversés au Cameroun seront inscrits dans le budget pour qu'on puisse réaliser les Å"uvres sociales à travers le pays".

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