United Nations Mission in the Democratic Republic of Congo (Kinshasa)
Corinne-Andrée Nguegang / Monuc
26 Octobre 2006
Parler des violences sexuelles sur mineurs pourrait tomber dans la banalité tant ce phénomène semble récurrent au Kasaï occidental. Même si la province ne détient pas la palme du record des cas enregistrés, puisqu'il s'agit d'un fléau à l'échelle national, cette atteinte à la dignité humaine ébranle les consciences car les dommages causés sur les personnes qui les subissent laissent des séquelles à vie.
Au cours des années de braise qu'a connu la RDC et particulièrement l'Est du pays, des dizaines de milliers de femmes et de filles ont été victimes de viols et d'agressions sexuelles commis de manière systématique par les forces combattantes. De ce fait, le viol a été utilisé comme une arme de guerre aussi bien pour saper les valeurs fondamentales de la communauté que pour s'assurer un contrôle par la peur ou l'intimidation. D'arme de guerre, le viol est devenu une arme tout court, une arme destinée à réduire à néant la vie de centaines de petits innocents dans le silence coupable des familles qui, pour la plupart des cas, acceptent un arrangement à l'amiable en contrepartie de promesses matérielles qui n'arrivent souvent pas.
Au Kasaï occidental, l'ONG « Synergie de lutte contre les violences sexuelles » s'inquiète du nombre croissant des cas de viol enregistrés ces derniers mois. 35 cas de viols ont été enregistrés en moins de 4 mois pour un phénomène qui, selon cette structure, était sporadique il y a quelques années. Le dernier cas en date et qui a fait l'objet de mesures disciplinaires et dont la justice s'est saisi, est celui d'une fillette de 12 ans violée par une autorité administrative dans le territoire de Demba, localité située à 65 kilomètres de Kananga. Après un compromis à l'amiable, il était question que ce dernier paye une amende en espèces et quelques chèvres.
Selon l'ONG nationale « Action pour la Promotion et la Défense des Droits de la Femme et de l'Enfant » APDFE en sigle, 368 cas ont été enregistrés dans les 5 communes de la ville de Kananga entre 2001 et 2005. Toutefois, les victimes mineures restent très probablement les plus nombreuses. Sur 22 cas enregistrés par l'Hôpital général de Kananga de janvier à mai 2006, il y a 19 mineurs dont l'âge varie entre 7 et 15 ans. Cela s'expliquerait aussi par une croyance populaire qui signifie qu'être le premier à connaître sexuellement une enfant apporterait de la chance ou du succès dans les affaires. Ainsi des féticheurs recommanderaient aux jeunes gens d'avoir des rapports sexuels soit avec une fillette ou des bébés, soit avec une vieille femme ce qui les immuniserait aussi contre des maladies, notamment le VIH / sida.
D'une façon générale, on note un nombre très réduit de condamnation judiciaire. Les victimes hésitent à dénoncer soit par peur de représailles, soit pour éviter d'être répudiée par le conjoint s'il s'agit d'une femme mariée car selon la coutume Lulua (l'ethnie majoritaire dans le Kasaï occidental) dès qu'une femme mariée est violée elle doit être répudiée jusqu'à nouvel avis car elle porte en elle une souillure. Son retour auprès de son mari se fait moyennant le paiement d'une amende constituée d'une chèvre après négociations au sein du conseil de famille.
Pour la Section des Droits de l'Homme de la MONUC / Kananga qui a fait de ce fléau un de ces chevaux de bataille aux côtés de ces principaux partenaires intervenant dans le domaine, l'assistance médicale, psychologique et économique reste de mise. Elle préconise des séances de sensibilisation car il faut informer la population sur les conséquences de ce fléau pour les victimes et la société toute entière, leur expliquer la procédure à suivre en cas de viol et enfin encourager à dénoncer les auteurs qui doivent être ensuite poursuivis en justice.
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