San Finna (Ouagadougou)

Gabon: Bongo Ondimba - «billet» pour une présidence sans retour?

La Rédaction

29 Octobre 2006


éditorial

Invité de RFI le 24 Octobre 2006, au détour d'une question, Omar Bongo Ondimba annonce que si Dieu le veut, il sera encore candidat dans six ans, au terme de son septennat pour les élections présidentielles de 2012. L'homme qui parle ainsi a 70 ans et est jonché sur le « trône présidentiel » depuis 40 ans ! S'il met à exécution ses intentions, et rien n'indique qu'il ne le fasse pas (à moins que Dieu ne le veuille), au terme de ce mandat à venir, il aura dépassé les 80 ans et totalisera près d'un demi-siècle passé à la tête de son pays. Il est donc parti pour battre les records des Félix Houphouët Boigny, Mobutu Sese Seko, Gnassingbé Eyadema...

Cela ne pouvait pas, malgré les efforts faits pour, être accueilli par un concert unanime de vivats et de youyous. En témoigne cette réflexion du journal Le Messager du 27/10/06 qui souligne qu' « en 4 décennies de règne, Omar Bongo n'a pu construire que 937 km de routes bitumées dans tout le Gabon. Longtemps troisième producteur africain de pétrole, le Gabon alors peuplé de moins d'un million d'habitants, a absorbé en moyenne plus de 1000 milliards de fcfa de manne pétrolière chaque année. Ce qui n'empêche pas pour autant le pays d'être aujourd'hui classé au 123 ème rang dans le rapport sur le développement humain du PNUD, et réduit à quémander au FMI un programme de réduction de la pauvreté ! ».

Idem pour l'organe de presse « Pressafriq » du 27/10/2006 qui écrira : « ... à l'allure où vont les choses, il (NDLR : Omar Bongo) ne rentrera que dans les annales de la médiocrité. Le Gabon ne se souviendra pas de lui. Son nom, son histoire sombre et obscure ne serviront que de contre exemple ; ce qu'il ne faut pas faire en démocratie politique. Voila un homme à qui Dieu aura tout donné, mais qui de façon lamentable et incompréhensible va échouer inexorablement ! L'histoire de Bongo est invraisemblable. Et le peuple dans tout cela ? Aux calendres grecques ! »

Mais ce que l'on observera surtout, c'est le silence de bien de leaders, de la communauté africaine et mondiale. Loin de juger que cette candidature pourrait être de trop et d'en dénoncer le possible impact négatif sur la gouvernance « paisible » du pays, on se tait, allant même jusqu'à mordre à l'hameçon et se piquer de la justifier selon cet Evangile qui se confirme : non, si Omar Bongo Ondimba a fait cette sortie, au fond ce n'est pas de gaieté de coeur : c'est parce qu'une guerre de succession a éclaté à la faveur de supposée tentative de vente de l'Ile de Banié à la Guinée Equatoriale. Les rivalités qui se sont accusées à ce sujet ont menacé de gripper les institutions, voire de déboucher sur une déstabilisation du pays. Alors, pour mettre le holà à tout cela, le président gabonais a été obligé de monter au créneau et de tenir aux uns et aux autres en quelque sorte ce langage : «ça suffit, je suis toujours vivant et aux commandes, je peux rempiler, et d'ailleurs je rempile ».

Voilà notamment l'explication (qui ne jure pas avec le personnage) que Jean Karim Fall, le 24 Octobre dernier, a donnée sur RFI pour resituer les choses dans leur juste contexte ! Le Nouveau Réveil du 26/10/2006, justifiera à son tour la décision du président Bongo en ces termes : « ...la 'guerre' de succession est effectivement ouverte. Et le Président n'a pas eu tort de siffler la fin de la récréation »

Mais là, on peut franchement demander à voir sinon à se vexer pour de telles analyses si courtes qu'elles font bon marché du sens critique des lecteurs et des auditeurs.

Pour en être édifié, commençons d'abord par cette fameuse bagarre autour de la vente de l'île. Comment peut-on expliquer que dans un Etat normal, un Ministre puisse envisager à lui tout seul, de vendre une portion du territoire, qui au surplus regorge de pétrole, à un autre Etat comme on le ferait d'un banal bien immobilier ? C'est vraiment difficile à avaler. Et ce qui est curieux, c'est que jusqu'à présent, on n'a pas encore élucidé ce mystère qui serait à la base de la querelle de succession.

Venons maintenant aux acteurs de cette querelle. Ce n'est guère plus solide, avouons-le. Nous avons affaire en tout premier lieu au fiston Ali Bongo Ondimba, Ministre de la Défense, deuxièmement au gendre André Mba Obame, Ministre de l'Intérieur, époux de la fifille bien aimée, la célèbre Pascaline, et troisièmement à la vieille garde (composée des fidèles compagnons de route) et qui ne veut pas « lâcher le morceau » aux jeunots.

Si cette guerre de succession qui menacerait les équilibres nationaux avait éclaté entre des éléments convaincus de l'opposition et Omar Bongo Ondimba, on aurait pu comprendre à la limite que pour le salut national, il soit acculé à des extrémités du genre de celle qui l'oblige à se sacrifier en rempilant. Mais attendez, cette affaire se déroule au sein d'une même famille politique. Qui plus est, elle met en présence un chef avec ses propres rejetons et ses fidèles lieutenants qui se disputent pour lui succéder. Que le chef de l'Etat -chef du parti et père de famille- ne puisse donc pas taper du poing sur la table pour ramener le troupeau dans le rang, semble tout à fait difficile à avaler. A moins bien sûr que Omar Bongo Ondimba ne soit plus Omar Bongo Ondimba, auquel cas on gagnerait effectivement à ouvrir sa succession.

La ficelle, on le voit, est trop grosse ; elle ressemble par trop à celle qui a été tendue pour tenter de faire croire que le Guide libyen avait fort à faire avec les clans qui se battaient pour sa succession dont l'un était emmené par son fils Seïf al-Islam et l'autre par les caciques du régime. Cette affaire gabonaise, quand on gratte un peu, ressemble fort à un scénario mal ficelé pour faire avaler la pilule d'une énième candidature de Omar Bongo Ondimba ! D'ailleurs, on sait bien que sur ce chapitre, les dictateurs ont toujours été fertiles en imagination. Ces princes présidents jusqu'à présent faisaient durer le suspense avant de trouver la solution magique pour imposer comme naturelle, leur candidature pour répondre à l'intérêt national et éviter que les manifestations populaires en leur faveur ne dégénèrent !

Là, les méninges ont bien fonctionné car c'est une grande première : un an à peine après sa réélection, le numéro Un gabonais inscrit déjà dans la perspective sa candidature, en la drapant de cette trouvaille qui est la lutte pour une succession familiale qui menace la sécurité nationale. Ainsi, il coupe court à tout rêve extérieur de lui succéder, étant entendu que dans la famille et parmi ses disciples, le mot d'ordre est à l'objectif prioritaire de la pérennisation de la dynastie. Après, mais après seulement, quand Dieu aura rappelé le père auprès de lui, la succession pourra être ouverte mais alors la dynastie aura renforcé ses fondements. « Bye bye » l'opposition qui, par cette prestidigitation bien orchestrée, en reste encore « baba » !

On pourrait dire «Bien joué » à Bongo (et aux siens) mais tant qu'à faire, pourquoi ne pas franchir le cap et se proclamer Bongo 1er ? Ca n'a peut-être pas réussi à Bokassa 1er mais sait-on jamais ; peut-être aura-t-il plus de chances !

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