L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Voitures "reconditioned", Maurice veut exploiter le filon africain

Port Louis — Le projet du gouvernement : que des entreprises engagées dans le commerce de voitures importent des véhicules accidentés. Ceux-ci seront alors retapés au port franc avant d'être vendus en Afrique.

Coup de peinture, tôle refaite et réfection de l'intérieur le véhicule accidenté serait alors fin prêt pour la vente en Afrique, mais pas sur le circuit commercial local.

Importer des voitures accidentées pour ensuite les retaper. Jusque-là, rien d'exceptionnel. Sauf que ces voitures remises à neuf seront vendues sur le marché africain par le biais du port franc. Ce projet est celui du gouvernement mauricien qui, à travers le Board of Investment (BOI), souhaite que des firmes implantées dans le business de voitures se jettent à l'eau.

Car il s'agit d'un marché de plus de 400 millions d'habitants des pays du Common Market for Eastern and Southern Africa (Comesa) qu'il faut exploiter. Alors que le marché mauricien est, lui, très restreint, avec seulement 10 000 voitures vendues chaque année.

Le projet du gouvernement : que des compagnies mauriciennes engagées dans le business de voitures importent, à un prix forfaitaire, des voitures accidentées dont le moteur est en parfait état. Ces voitures seront ensuite remises à neuf dans le port franc avec des travaux de peinture et de tôle et la réfection des coussins et de l'intérieur de la voiture. Un produit à valeur ajoutée qui sera ensuite destiné au marché du Comesa de la Southern African Development Community (SADC).

Mais le BOI veut aussi aller plus loin. Certains concessionnaires de voitures à l'instar d'ABC Motors ne sont pas contre l'idée. Il s'agit d'adopter l'approche de Singapour qui incite les gens à vendre leur voiture au bout de cinq à dix ans. En retour, le gouvernement leur rembourse la valeur de la taxe douanière qu'ils ont payée.

Dean Ah Chuen, directeur d'ABC Motors, explique que le particulier "achète sa voiture à bail et la revend au bout de quelques années avec l'aide du gouvernement et des firmes spécialisées dans l'exportation de voitures".

Contrôle strict

Auto World, autre entreprise dans le business de voitures importées remises à neuf, se dit également intéressée par ce projet. D'autant plus qu'elle réexporte ses voitures vers le marché africain.

Nanda Narrainen, manager du BOI, confie qu'un comité sera bientôt mis sur pied pour étudier cette possibilité. Comité au sein duquel siégeront des responsables du ministère des Finances, de celui du Commerce, de la douane, entre autres.

Rajoo Jaddoo directeur du BOI explique de son côté que ce marché permettra "de diversifier les activités du port franc et d'attirer des investissements directs étrangers".

La BOI compte faire un suivi du projet avec la possibilité de visites dans les pays du Comesa et de la SADC. Il a d'ailleurs tenu plusieurs réunions dans le courant de la semaine avec les firmes spécialisées dans l'importation de voitures remises à neuf en provenance du Japon, de la Malaisie et de Singapour, entre autres. Des concessionnaires de voitures neuves étaient également présents. Gilles Lalane, directeur de la compagnie Eldo Motors qui importe des voitures neuves explique que le succès de ce projet dépendra aussi du fait que le gouvernement accepte d'interdire l'importation de voitures remises à neuf pour le marché local.

L'avantage de Maurice : l'Afrique du Sud, un des grands revendeurs de voitures remises à neuf sur le marché africain, de même que Dubayy, ne sont pas membres du Comesa. "On pourra réexporter les voitures remises à neuf avec 35 % de main-d'oeuvre en provenance de Maurice comme requis pour pénétrer le marché du Comesa", explique Dean Ah Chuen.

Mais d'autres concessionnaires, qui exportent déjà vers l'Afrique en important directement des pays d'Asie, sans passer par Maurice ne voient pas ce projet d'un bon oeil. Ils estiment que Maurice n'est pas assez compétitive au niveau du fret maritime et que Dubayy est un compétiteur sérieux.

Rajoo Jaddo insiste : le BOI va tout faire pour éliminer les obstacles. Et à ceux qui songent déjà à exploiter ce filon pour Maurice, il précise qu'il y aura un contrôle strict dans le port franc et ces voitures ne risquent pas de se retrouver sur le circuit commercial local.


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