Libération (Casablanca)

Maroc: Attention, l'obésité infantile progresse

Réunis avec des médecins français et britanniques, les médecins maghrébins ont livré des statistiques pas trop réconfortantes.

La sonnette d'alarme est tirée. L'obésité au Maghreb ne cesse d 'évoluer parmi les femmes et les enfants. En effet, des médecins, nutritionnistes et experts, réunis ce week-end en congrès à Tunis ont rendu un triste verdict. Les enfants du Maghreb deviennent de plus en plus obèses. En effet, 3 et 5% des enfants tunisiens, libyens, marocains ou algériens, sont touchés par l'obésité. Ce taux grimpe à 10% si l'on compte les enfants en surpoids, à la limite de l'obésité, précise un médecin endocrinologue. Le phénomène gagne du terrain chez les jeunes et "un enfant en surpoids a tous les risques de devenir un jeune ou un adulte obèse", a-t-il averti. Chez les adultes, les chiffres sont plutôt alarmants. En Algérie, une enquête régionale récente établit que 53% des femmes sont obèses ou en surpoids. Ce taux est de 36% pour des hommes.

D'où l'urgence de combattre cette maladie avant qu'elle ne devienne une fatalité. Les experts d'Algérie, de Libye, de Tunisie et du Maroc ont souligné l'importance de réhabiliter l'activité physique dans les villes. Constatant que les femmes forment le plus gros contingent d'obèses. Dans ce sens, "l'accent a été mis essentiellement sur l'urgence de mettre en route des programmes nationaux de prévention de l'obésité infantile dans tous les pays du Maghreb, où ils font encore défaut", a indiqué Dr. Khémaies Nagati, président de l'Association des Sciences de la Nutrition (Atsn).

Outre les insuffisances de la prévention, les changements socioéconomiques, la surconsommation attisée par la publicité, la sédentarité, sont globalement incriminés dans la propagation du fléau. L'obésité est une source de maladies graves et coûteuses pour les budgets de la santé. Elle est souvent le résultat d'un déséquilibre entre l'apport calorique quotidien et les dépenses énergétiques. Quand l'organisme reçoit plus qu'il ne dépense, il stocke une partie de l'apport. Il est cependant nécessaire de constater que le métabolisme de chacun est différent, et que certaines personnes vont donc plus facilement devenir obèses que d'autres (facteurs génétiques notamment).

Par ailleurs, ce qui aggrave ce phénomène, c'est que l'obésité n'est pas perçue comme une maladie dans certaines régions du Maghreb. Chez nous et plus précisément au Sud marocain, l'embonpoint est plutôt un signe de prospérité, voire de bonne santé. La dot d'une femme est estimée à son poids. Les jeunes filles sont soumises à des exercices et des rituels pour les engraisser. Le recours aux herbes traditionnelles pour atteindre l'objectif "obésité" est fréquent. Le fenugrec (halba), ktira, serghina, bakbouka, El foua, tafrha ou zakmouna (fruit d'argan) sont les plus utilisés. Parfois les femmes consomment régulièrement de la graisse crue du dromadaire. Mais de plus en plus, les gensrecourent à des médicaments connus pour augmenter le poids corporel tels que la cyproheptadine ou les corticoïdes.

Le surpoids est ici chanté. Il est alors considéré comme un signe de noblesse et d'origine aristocratique voire un des critères de beauté de la femme. Les poèmes sahraouis en disent long. La dernière enquête réalisée par le ministère de la Santé sur l'obésité au Maroc a montré que 13,3% des Marocains sont obèses et 26% présentent un surpoids, soit au total 39,3% de Marocains qui ont un poids supérieur à la normale. Les femmes sont plus touchées que les hommes et les urbains plus que les ruraux. La fréquence de l'obésité et du surpoids, au Maroc, a connu une évolution très significative depuis quelques années. Les changements du style de vie et notamment de la nature de l'alimentation, mais aussi l'usage de plus en plus fréquent de médicaments connus pour augmenter le poids corporel, expliquent l'évolution du surpoids et de l'obésité au Maroc.


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