Sihem Bounabi
2 Novembre 2006
«Je prouverai que plus de 30 000 Algériens ont été massacrés par les Français»
Dans le cadre du XIème SILA, Jean-Louis Planche a animé mardi dernier au Café littéraire une rencontre-débat autour des massacres qui ont marqué les Hauts Plateaux (Sétif, Guelma et Kherrata) de mai à juin 1945.
Très ému, il revient sur le contexte qui avait régné à l'époque : «Une vilaine histoire de marché noir et de comptes à régler entre Européens dans le contexte de la psychose de l'insurrection des Algériens a dégénéré en des actes ignobles et en massacres qui ont duré près de douze semaines.» Avec beaucoup de minutie et s'appuyant sur des preuves puisées dans les archives européennes, il décrit à une assistance attentive le déroulement des événements de cette funeste journée du 8 mai 1945 à Sétif.
Afin de démontrer que les Européens civils étaient les premiers à avoir tiré sur la foule et l'ampleur de la boucherie, il explique que «des officiers britanniques, qui étaient au balcon, avaient envoyé un rapport que l'on peut consulter aux archives britanniques où l'on peut lire : "on ne peut pas dire combien il y a de morts, les premiers coups de feu sont partis des balcons, les autres Européens ont entendu les premiers coups de feu et la panique a commencé. Ils ont cru à une insurrection des Algériens et les Français se sont mis à leur tirer dessus pendant vingt minutes"».
L'historien a, ensuite, illustré, à travers des témoignages et des actes d'une violente barbarie, la folie meurtrière qui a amené les colons, les policiers et les militaires français à massacrer systématiquement les Algériens. Il confiera que, lors de ses recherches, il avait d'abord trouvé beaucoup de contradictions dans les rapports de la police. Ainsi, il explique que, dans certains rapports, on peut lire qu'on ne peut pas comptabiliser le nombre de victimes parce que les morts ont été emmenés par la foule. Il s'insurge en s'exclamant : «C'est délirant, une foule qui s'enfuit parce qu'on lui tire dessus n'emmène pas ses morts.»
Ainsi, «ce n'est qu'en épluchant les archives des télégrammes et des comptes rendus des appels téléphoniques de l'époque que l'on se rend compte de l'ampleur du massacre. Cela a été très dur de découvrir au fur et à mesure ces actes ignobles. Mais il faut lever le voile sur ces événements».
Le massacre s'est poursuivi pendant six, huit à douze semaines selon les régions et ne s'est arrêté que vers la mi-juin parce que «c'était l'arrivée des moissons et des vendanges et les colons craignaient de ne plus avoir de main-d'oeuvre».
Jean-Louis Planche met en exergue le fait que les atrocités commises sur les Algériens en 1945 sont considérées comme «le plus grand massacre de
l'histoire de la France contemporaine».
Face à cette folie meurtrière, l'historien s'insurge contre le silence des hauts responsables du gouvernement français. Il s'exclame en soulignant : «Pourquoi le pouvoir français n'a pas arrêté ce massacre. Le pouvoir était à Alger, il ne pouvait pas ignorer les faits. Car, pendant la Seconde Guerre mondiale, de juin 1943 à août 1944, Alger était devenue la capitale de la France.» Ainsi, il trouve un document des archives où il était écrit qu'il n'y avait pas de survivants à Kherrata.
L'historien conclut son intervention en mettant en exergue le fait que «l'histoire de la guerre d'Algérie n'ait pas encore été écrite, c'est pire».
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