Fraternité (Cotonou)

Pour soutenir la décision de gratuité de l'école, Boni Yayi décaisse 2,8 milliards

Karim Oscar Anonrin

2 Novembre 2006


Après sa récente tournée en Europe, le chef de l'Etat, le docteur Boni Yayi s'est adressé hier à la Nation, dans un discours radiodiffusé. 2.800.000.000Fcfa, voilà le montant de la subvention que le président Boni Yayi, entend débloquer dans l'immédiat pour accompagner le système éducatif dans notre pays.

Si ce geste du chef de l'Etat vient à point nommé, vu les difficultés que rencontrent les acteurs du système éducatif dans notre pays, il n'est d'aucun doute que cela mettra désormais fin à la polémique que suscite depuis plusieurs semaines, l'annonce par le gouvernement de la gratuité de l'école maternelle et primaire. En effet, les parents d'élèves se sont longtemps plaints depuis cette annonce. Pendant que certains s'inquiètent de ce que le gouvernement ne tienne parole, d'autres se demandent s'ils pourront rentrer en possession des frais de scolarité payés dans les établissements scolaires avant que le gouvernement ne proclame la gratuité de l'école.

Par ailleurs, ce sont les responsables des établissements scolaires qui se plaignent ; car avec l'annonce de la gratuité de l'école maternelle et primaire, leurs besoins ont accru parce que plusieurs parents d'élèves qui payaient la scolarité de leurs enfants, ont tout simplement gardé leurs sous pour d'autres fins. Fort heureusement, car encore au début de l'année académique 2006-2007, le président Boni Yayi, dans son discours, a réaffirmé la suppression pour compter de cette année des contributions et souscriptions à la maternelle et au primaire dans tout le Bénin. Et pour rassurer les parents d'élèves, il a annoncé l'évaluation dans tous les établissements scolaires publics, des contributions et souscriptions parentales. Selon le chef de l'Etat, les parents d'élèves ayant déjà payé les scolarités seront remboursés par les directeurs d'écoles.

Un forum national est même prévu pour se tenir sur le système éducatif dans notre pays. Il n'a pas manqué d'inviter les populations à faire inscrire massivement leurs enfants à l'école, afin d'améliorer sensiblement le taux de scolarisation et de réussite dans le pays. Une décision salutaire.

Lire ci-dessous l'intégralité du discours du président Boni Yayi

Mes chers compatriotes,

Comme vous le savez, nous vivons dans un monde qui change à un rythme accéléré devenant de plus en plus un village planétaire et suscitant en même temps de nombreux défis. Seules les nations qui réussiront la révolution sur la qualité et la compétitivité des ressources humaines pourront relever ces défis.

Comme vous le savez également, notre pays a opté dès 1990 pour le renouveau démocratique. Ce renouveau démocratique est en marche et fait notre fierté même au-delà de nos frontières. Aujourd'hui le peuple a opté pour l'émergence économique c'est-à-dire la prospérité et le progrès social de notre Nation. Il s'agit là d'une question de vision et de leadership avec pour fondement une place de choix à la qualité des ressources humaines.

Si tel est le cas, et je sais que c'est votre conviction, alors des exigences s'imposent à nous tous. C'est pourquoi mon gouvernement place au coeur des priorités de son action le problème du système éducatif, conformément à notre constitution et à notre vision.

Compte tenu de la complexité du sujet, le gouvernement a décidé l'organisation très prochainement d'un Forum National sur notre système éducatif, en vue de lui permettre d'accompagner le développement que nous appelons de tous nos voeux. En attendant l'organisation de ce forum, le gouvernement a pris des mesures sur l'urgence de la situation, destinées à rendre progressivement gratuit l'enseignement de base dans notre pays, conformément aux dispositions de notre constitution à laquelle nous sommes tous attachés.

Mes chers compatriotes,

Mes multiples rencontres avec les protagonistes du secteur de l'éducation et les réactions enregistrées au sein de nos concitoyens m'ont persuadé du constat suivant : l'école béninoise ou plus exactement notre système éducatif est confronté à de multiples défis qui pourraient compromettre à terme, même à court terme son évolution, voire l'avenir de notre nation si rien n'était fait. Le défi le plus inquiétant est aujourd'hui celui de la faiblesse de notre engagement à régler la question de l'accès à l'éducation pour tous dans l'équité, la justice et la solidarité.

Au regard de tout ce qui précède, j'ai décidé des mesures suivantes :

1. la suppression pour compter de cette année scolaire des contributions et souscriptions à la maternelle et au primaire sur toute l'étendue du territoire national dans nos établissements publics ;

2. l'évaluation dans tous les établissements scolaires publics, des contributions et souscriptions parentales prélevées, pour permettre au gouvernement de prendre en temps opportun, les mesures les plus appropriées allant toujours dans le sens de l'allègement de la charge des populations.

Mes chers compatriotes,

La mesure de gratuité qui vient d'être prise ne doit pas être source d'inquiétude. Elle procède d'une vision et l'Etat consentira tous les efforts nécessaires pour sa mise en oeuvre. En d'autres termes, les efforts à fournir mettront un accent particulier sur la qualité de l'enseignement, la qualité de l'enseignant, la qualité du matériel didactique et de toute la super-structure que requiert l'école du vingt et unième siècle.

En attendant, j'ai décidé le déblocage dans l'immédiat d'une subvention d'un montant de (2 800 000 000 FCFA) deux milliards huit cent millions de francs CFA pour permettre aux écoles de faire face aux premières exigences de la rentrée.

Nous n'oublions pas, dans le même ordre d'idées, les parents d'élèves qui ont déjà payé les contributions scolaires. Il va de soi que ces parents d'élèves seront remboursés par les directeurs des écoles concernées à travers ladite subvention.

Bien entendu, avec ces mesures, l'école obligatoire devra immédiatement prendre son sens. Dans ce cadre, j'invite chacun et chacune et particulièrement le Personnel de Commandement et les Elus locaux à sensibiliser les populations pour une inscription massive en vue d'améliorer sensiblement le taux de scolarisation et de réussite dans notre pays, dont le niveau actuel ne dépasse guère 30 % dans les enseignements de base.

Mes chers compatriotes,

Il est évident que la mise en oeuvre de ces mesures exige une gestion rigoureuse, conformément à nos engagements de faire prévaloir la bonne gouvernance et la transparence dans la gestion des affaires de notre Nation. A ce titre, il sera mis en place des mécanismes efficaces de suivi et de contrôle réguliers pour garantir la bonne utilisation de ces subventions.

L'école est devenue un grand enjeu dans la compétition des nations. C'est pourquoi, la nôtre école devra toujours bénéficier de notre attention et de notre permanente sollicitude. Je prends déjà pour preuve les mesures prises dans le collectif budgétaire au titre de l'année 2006 et dans le projet de budget 2007 en cours d'examen à l'Assemblée Nationale, institution de la République à qui je rends hommage parce qu'elle est aussi toujours attentive à la souffrance de notre peuple.

Mes chers compatriotes,

Les défis que nous devons relever exigent la discipline, la cohésion et l'adhésion de tous. Ceci est nécessaire d'autant plus que la communauté internationale apporte déjà son adhésion et est prête à apporter son soutien à cette vision dès lors qu'elle est exprimée de manière claire et pertinente. A cet effet, j'invite toute la Nation à adhérer et à se mobiliser pour ce prochain Forum National sur le Système Educatif qui déterminera votre vision, notre vision à nous tous, c'est-à-dire celle d'une nation moderne à cette ère du net, de la connaissance et du savoir.

Vive la République.

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