Ambroise Ebonda
2 Novembre 2006
Le dernier président de l'apartheid pur et dur s'en est allé.
Pieter Willem Botha n'est plus. Le dernier président de l'apartheid pur et dur s'en est allé à 90 ans. Il a été retrouvé mort, mardi 31 octobre, à son domicile situé près de la ville de Wildernes, dans la province du Western Cape. Pieter Botha, surnommé le "Grand crocodile", en raison de ses positions intransigeantes, avait dirigé l'Afrique du Sud, de 1978 à 1989. D'abord comme Premier ministre, puis comme président, pendant les années de répression les plus féroces du régime d'apartheid. Des problèmes cardiaques l'avaient obligé à passer le flambeau à Frederik De Klerk en 1989. Il y a moins d'un mois, il avait été hospitalisé dans une clinique de la ville de George, dans le Sud-Ouest, pour ce que les médecins avaient qualifié de "contrôle de routine", pour démentir les informations faisant état d'une nouvelle crise cardiaque. Le Grand crocodile a-t-il finalement été lâché par son coeur ? Selon l'agence de presse sud-africaine, citant un membre du personnel assurant la sécurité de l'ancien président, " Botha est mort à la maison, paisiblement ". Il se serait éteint dans son sommeil.
Ses amis et ses ennemis d'hier se relaient dans les médias sud-africains pour apporter leur témoignage de l'homme et du dirigeant que fut Pieter Botha. "Alors que pour beaucoup M. Botha restera un symbole de l'apartheid, nous nous souvenons aussi de lui pour les démarches qu'il a
entreprises afin d'ouvrir la voie vers l'accord final négocié pacifiquement dans notre pays", a notamment déclaré Nelson Mandela, qui fut pourtant l'une de ces victimes. Un témoignage volontairement positif, pour ne pas qu'on retienne de Botha seulement son côté sombre. L'histoire elle, a sans doute déjà retenu du Grand crocodile qu'il était l'homme qui tenta vainement de moderniser l'odieux système d'apartheid afin qu'il se perpétue de décennie en décennie.
L'héritier de l'apartheid
Pieter Botha vient à la vie en 1919 dans une famille d'agriculteurs afrikaners ruinés. Grâce à une bourse, il parvient à faire des études de Droit à Bloemfontein, avant de se lancer dans la politique au Parti national de Daniel Malan qu'il va aider à moderniser. Il se révèle être un politicien féroce doté de talents d'organisateur. Il va donc connaître une ascension rapide dans les arcanes du régime d'apartheid. Botha est ainsi élu au Parlement en 1948 et s'y impose comme un défenseur acharné de la ségrégation raciale pour protéger les libertés et les droits de la minorité blanche. Le Premier ministre Hendrik Verwoerd le fait entrer dans son gouvernement comme vice-ministre, puis comme ministre du développement des communautés, chargé des métis. Botha se montre loyal et se discipline comme ministre, hostile aux débats publics sur les décisions prises par le gouvernement dont il applique consciencieusement les politiques de l'apartheid.
Une telle fidélité mérite une sacrée récompense. Verwoerd en fait son ministre de la Défense en 1966, poste prestigieux qu'il va conserver jusqu'en 1980, le temps de moderniser l'armée sud-africaine et d'entamer la mise en place d'un programme nucléaire militaire et civil. Lors de son passage au ministère des Affaires étrangères, l'Afrique du Sud devient le onzième fabriquant d'armes au monde alors que le pays fait l'objet d'un embargo de l'Onu depuis 1977, et va même disposer de sa première bombe atomique en 1979. C'est donc fort logiquement qu'il hérite du pouvoir en 1980, comme Premier ministre, puis comme président en 1989, à la faveur d'une réforme constitutionnelle. Il dirige l'Afrique du Sud d'une main de fer, multipliant les états d'urgence, des escadrons de la mort et des exécutions, pour mâter la révolte de la majorité noire. Mais la poussée de la majorité noire est telle que Botha sait que les changements sont inéluctables. Il tentera vainement des réformes timides comme la création d'un parlement tri - caméral avec des chambres pour Blancs, Indiens et métis. Mais la poussée est telle que le régime blanc est obligé de négocier.
Le pardon, malgré tout
Ces négociations seront menées par De Klerk qui profite des problèmes cardiaques de Botha pour s'imposer comme président de l'Afrique du Sud. De sa région de George où il s'est retiré, Pieter Botha tente encore d'arrêter le torrent à l'aide de ses seules mains. Il ne cesse de dénoncer les réformes de son successeur, dont la libération de Nelson Mandela, la légalisation des partis noirs et le démantèlement progressif de l'apartheid. En 1992, lors du référendum sur les négociations constitutionnelles, il appelle à voter "non" contre les réformes de De Klerk. Mais encore, il va refuser de témoigner devant la Commission Vérité et réconciliation mise en place par le gouvernement de Nelson Mandela. Il n'acceptera non plus de s'excuser, même en termes vagues et collectifs, pour les violations des droits de l'homme commises sous l'apartheid. " Je ne demanderai pas l'amnistie, ni maintenant, ni demain, ni après-demain ", aimait-il à dire, et il a tenu bon.
N'empêche, à l'instar de Nelson Mandela, ses victimes d'hier ont passé l'éponge du pardon, sur les traces de sang laissées par les régimes d'apartheid. Le Congrès national africain (Anc), interdit sous Botha et au pouvoir depuis les premières élections multiraciales de 1994, a publié un communiqué laconique présentant ses condoléances "à la famille, aux amis et collègues" de l'ancien président.
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