L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Côte d'Ivoire: Résolution 1721 - plus facile à voter qu'à faire faire

Boureima Diallo

2 Novembre 2006


analyse

C'est ainsi. On s'y attendait plus ou moins. Le Conseil de Sécurité des Nations unies a approuvé mercredi 1er novembre dernier la résolution proposée par la France, prolongeant ainsi d'un an presque jour pour jour le mandat du gouvernement transitoire en Côte d'Ivoire. La résolution onusienne, la 1721, entérine la décision de l'Union africaine de donner à Charles Konan Banny, le premier ministre de Côte d'Ivoire, "tous les pouvoirs et moyens nécessaires" à la mise en oeuvre du plan de paix pour la réunification du pays et la tenue d'élections avant novembre 2007.

Selon la résolution 1721, dire que Charles Konan Banny aura "tous les pouvoirs et moyens nécessaires" est synonyme pour le chef du gouvernement d'avoir un contrôle sur les forces de sécurité du pays, sur le nerf de la guerre que sont les Finances et, mieux, il aura autorité pour désarmer les milices, et il pourra superviser les inscriptions des électeurs.

Mais Banny aura-t-il vraiment tant de pouvoirs, transformant Gbagbo en une sorte de Reine d'Angleterre, sans pouvoirs réels ?

Le doute est permis, car qui connaît le fondateur du FPI sait qu'il ne peut aucunement accepter d'occuper ce rôle de série B.

Et d'ailleurs, la première riposte pour créer sur tous les toits que Gbagbo reste et restera le N°1 de cette république "souveraine" de Côte d'Ivoire viendra de son ambassadeur à l'ONU, Philippe Djangone-Bi.

En effet, le représentant de la Côte d'Ivoire à l'ONU ne s'est pas embarrassé de circonlocution pour dire haut et fort qu'"aucun pouvoir ne sera transféré à Konan Banny".

Et selon le représentant de Gbagbo au Palais de verre de Manhattan la résolution 1721 "maintient Gbagbo dans ses pouvoirs exécutifs actuels, mais il peut les déléguer au Premier ministre pour qu'il puisse effectuer des tâches spécifiques".

Comme on le voit là, à peine votée, cette résolution censée ramener la Côte d'Ivoire sur les chemins de la paix et du développement est sujette à moults interprétations. Et si on n'y prend garde, on prendra un an encore pour interpréter l'esprit de cette résolution, à faire du surplace.

On se souvient, il y a tout juste un an, la Résolution 1633 avait décidé le renforcement des pouvoirs du Premier ministre Charles Konan Banny et on s'était surpris tous à espérer béatement que la Côte d'Ivoire n'était plus loin du bout du tunnel.

Mais les diversions, les blocages ont vite eu raison de la détermination du banquier Konan Banny à réussir son mandat. En tout cas, près d'un an après, le bilan du chef du gouvernement ivoirien est très mitigé avec pour symbole, son incapacité à parvenir à un consensus sur l'épineuse question de l'identification des populations en vue des élections.

Certes à la décharge de Konan Banny, il faut noter d'abord la lourde et inefficace formule de gouvernement d'union nationale hérité des accords de Linas-Marcousis.

Il y a ensuite la mauvaise volonté de Gbagbo et de son clan et aussi des rebelles calfeutrés au Nord et qui tirent avantage de cette situation de ni guerre ni paix.

Il y a enfin l'ambiance délétère qui a fini de gagner tous les leviers socio-économiques de cet géant de la sous-région.

C'est dire donc que si on n'y prend garde, la résolution 1721 risque fort d'être une copie conforme de la 1633. Le moins que l'on puisse dire c'est d'affirmer que ce ne sera nullement une partie de plaisir pour Konan Banny.

D'abord, Banny n'est autre qu'un technocrate perdu dans les méandres de la politique politicienne où chaque camp tire la couverture à lui. Qui pis est, il n'a pas d'électorat, pas de clientèle. C'est dire donc qu'il n'a pas l'onction populaire et sauf erreur ou omission, il n'a jamais été un élu.

Alors, que pourra-t-il faire même revêtu de ce nouveau costume qu'est la résolution 1721 ? A vrai dire, la résolution 1721 pense avoir rogné quelques pouvoirs à Gbagbo. Mais en réalité, le fils de Mama semble n'avoir rien perdu de ses prérogatives pour régner sur une partie de son territoire, en tout cas pour un an encore !

Il y a quelques deux jours en effet, la haute hiérarchie militaire ivoirienne, avec à sa tête le général Philippe Mangou, lui jurait obéissance et fidélité à toute épreuve.Boureima Diallo

Certes on ignore ce que valent ces paroles de militaires, mais par contre, nous savons que Gbagbo a littéralement verrouillé tous les postes stratégiques de l'Administration, où ses hommes, triés sur ce volet, ont été intelligemment placés.

Gbagbo est d'autant plus renforcé dans sa position actuelle que malgré la charge mise dans la balance par la France pour le réduire en un poids léger, celle-ci a dû revoir sa copie face au niet des USA, de la Chine, de la Russie et de la Tanzanie de le laisser ainsi "trucider", tous ces pays soutenant Gbagbo et estimant que la première mouture de la résolution 1721 était irrecevable, car elle violait la Constitution et la souveraineté de la Côte d'Ivoire.

Bref, Paris, principal auteur de la résolution 1721, a dû fortement l'édulcorer. Et c'est une résolution molle, presque sans saveur qui est sortie de cette longue nuit du mardi 31 octobre au 1er novembre.

Une résolution qui n'a pas véritablement un grand pouvoir de contrainte pour les hommes qui se complaisent dans ce statu quo à Abidjan. En Côte d'Ivoire d'ailleurs, cette résolution ne fait aucunement l'unanimité.

En effet, certains craignent que la proposition française ne suscite la colère des partisans de Gbagbo, car pour eux, la formulation de la résolution réduit ses prérogatives.

Parallèlement,ce vote onusien pourrait également provoquer le mécontentement de l'opposition qui, depuis, exige le départ pur et simple de Gbagbo.

Reconnaissons cependant que l'objectif qui a prévalu à l'adoption de la résolution 1721 était tout à fait noble. Il s'agissait d'éviter dorénavant les blocages constatés dans le passé lorsque le Président Gbagbo s'appuyait sur la Constitution ivoirienne pour passer outre le premier ministre.

Echaudée par les multiples tergiversations de Gbagbo à emprunter le chemin de la paix, Paris entendait ainsi y mettre un frein.

La virée ivoirienne est particulièrement salée pour la France. En effet, on évolue à un million d'euros par mois, ce que Paris dépense pour entretenir ses 4000 soldats stationnés en Côte d'Ivoire.

Qui pis est, cette crise a déstabilisé durablement bien de sociétés françaises installées dans ce pays. Pour dire vrai, la France n'est pas la seule à trépigner d'impatience pour un retour de la paix en Côte d'Ivoire.

Kofi Annan, le patron sortant de l'ONU, en avait fait une affaire personnelle. D'abord, il est africain et, mieux, il est originaire du Ghana, pays limitrophe de la Côte d'Ivoire.

Pour cela et certainement pour d'autres choses, il entendait achever son 2e mandat à la tête de l'institution onusienne après avoir fortement contribué à résoudre cette crise.

Et Kofi Annan s'est dépensé afin que le pays d'Houphouët retrouve la paix, mais las de courir derrière une paix improbable, il a dû se résoudre à évidence.

Bref, la persistance de la crise en Côte d'Ivoire restera longtemps encore une tâche dans ce parcours brillant effectué par Kofi Annan à la tête de l'ONU. Son successeur, le Sud-Coréen Ban Ki-Moon, aura-t-il le même entregent pour s'occuper de cette crise ?

Attendons de le voir à l'oeuvre. Ce qui semble sûr, c'est que le prochain départ de Kofi Annan ne semble pas déplaire outre mesure à Gbagbo et son clan. Ceux-ci, en effet, suspectaient l'ONU et son chef de partialité dans cette crise ivoiro-ivoirienne.

Nous ne serons donc pas étonné que les responsables politiques à Abidjan qui ont pignon sur rue poussent un ouf de soulagement après le premier janvier 2007, date du départ de Kofi Annan.

Un autre probable départ qui ne sera pas pour déplaire à Gbagbo, c'est celui de Jacques Chirac. Les deux hommes se connaissent bien, mais n'ont pas d'atomes crochus.

Alors, la résolution 1721 pourrait-elle être malgré tout la bonne ? Compte tenu des espoirs déçus de voir ce pays cheminer de nouveau dans la paix, tout triomphalisme serait hasardeux. Donc wait and see.

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