Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Amadou Ciré SALL , député des sénégalais de l'extérieur en France, "Nous battrons Rewmi et l'opposition réunie aux prochaines élections."

Propos recueillis par Moustapha BARRY

3 Novembre 2006


interview

L'image de léthargie qui colle à la fédération Pds en France n'inquiète pas son secrétaire général, Amadou Ciré Sall, député des Sénégalais de l'extérieur. Selon lui, ses militants font du travail de terrain sans tambour ni trompette.

Avant de promettre de battre l'opposition en France où les Sénégalais ont été 28 442 à s'inscrire sur les listes électorales contre 11 000 en 2000. Le député libéral est revenu aussi sur les accords signés entre la France et le Sénégal et sur l'incendie criminel dont a été victime la Franco-Sénégalaise Mama Gallédou toujours dans le coma artificiel.

Commençons par la grave brûlure de Mlle Mama Gallédou, avez-vous ses nouvelles ?

Depuis que les évènements ont eu lieu, je me suis mis en rapport avec notre responsable du parti sur place, qui a aussi pris contact avec les autorités municipales qui nous ont mis en rapport avec l'avocat de la famille de la victime. Elle est toujours dans des conditions difficiles puisqu'elle est dans un coma artificiel. Nous avons appris que sa famille a fait le voyage sur Marseille pour être à son chevet. Nous suivons tout cela de près.

Et les autorités consulaires du Sénégal à Marseille ?

J'ai pris contact avec M. Barro qui est le chargé d'affaires du Consulat du Sénégal à Marseille parce que le consul général est à la retraite et l'intérim est assuré par lui. M. Barro suit cette affaire. Il avait promis qu'il allait établir un document qu'il enverrait à l'ambassadeur du Sénégal à Paris et à moi-même. J'attends d'avoir le document pour savoir.

En tant que député des Sénégalais de l'extérieur, pourquoi ne vous êtes-vous pas rendu auprès de la victime ?

Depuis que j'ai appris cette affaire, j'ai voulu me rendre à Marseille. Mais le tuteur de la victime qui s'appelle Ousmane Diagana me l'a déconseillé parce que les parents ne sont pas prêts à recevoir les gens. D'ailleurs, c'est cela qui a fait que j'ai repoussé mon voyage au Sénégal parce que nous sommes en session budgétaire et je devais y être depuis la semaine dernière.

Parlons des préparations des élections. Les inscriptions sont terminées il y a deux mois. Combien de Sénégalais de France se sont inscrits ?

Au niveau de la France, je suis très satisfait des inscriptions. Je viens de recevoir le document officiel de la Decena qui chiffre à 28 442 les Sénégalais inscrits en France. Malgré les difficultés liées au démarrage, si on fait le rapport aux 60 000 Sénégalais immatriculés au consulat, on peut dire que ce sont de bons résultats comparés au 11 000 inscrits de 2000. Si nous avions démarré plus tôt les inscriptions, nous aurions dépassé le nombre que nous avons obtenu. A ce retard, s'ajoute la période choisie pour inscrire les gens, qui est une période de vacances. Beaucoup de personnes ne sont pas disponibles en ce moment. Malgré tout, nous avons eu d'excellents résultats au niveau du Havre, d'Evreux, de Mantes-La-Jolie, etc. Quand on fait le point, la Normandie, qui a inscrit 2 400, arrive en tête après Marseille (2 031 inscrits), Bordeaux et Lyon. Mais l'enjeu des élections se situe au niveau de Paris.

N'est-ce pas peu les 28 442 inscrits par rapport au nombre important de ressortissants sénégalais en France qui ne sont pas forcément immatriculés dans les différents consulats ?

On considère que nous sommes plus de 100 000 Sénégalais en France, y compris ceux qui ne sont pas immatriculés. Mais si nous n'avions pas eu des problèmes de démarrage et que les inscriptions n'avaient pas coïncidé avec les vacances, on aurait inscrit plus de la moitié des Sénégalais. C'est pourquoi il faut tenir en compte de toutes ces difficultés pour apprécier à sa juste valeur les 28 442 inscrits. ( ). Je regrette beaucoup que les commissions qui devaient sillonner Paris, n'aient pu le faire. J'ai commencé à siéger dans les commissions d'inscription depuis 1993. Elles se sont toujours déployées dans les foyers à Paris, après les villes de la banlieue. Cette année, on n'a pas pu le faire par manque de moyens.

Par exemple, la commission n'a pu s'y rendre par manque de moyens dans une ville comme Nantes où il y a 3 000 Sénégalais. Je trouve cela déplorable parce que les Sénégalais ont envie de s'inscrire pour exercer leur droit citoyen. Et ce sont des gens qui sont prêts à soutenir le président de la République. Sinon, on aurait dépassé les 28 442. Je suis un député et j'ai envie que les Sénégalais s'inscrivent puisque c'est un droit. Je ne m'arrête pas seulement aux militants du Pds. Ceux qui sont convaincus que le président de la République a fait d'importants résultats, pourront lui apporter leur soutien et les autres feront leur choix. Je ne suis pas seulement le député du Pds, mais je suis député du Sénégal. Je souhaite à l'avenir qu'on prenne toutes les dispositions nécessaires pour que les inscriptions commencent à la date indiquée. ( ).

Parmi ces 28 442, beaucoup sont venus à la recherche de la pièce nationale d'identité. Comment allez-vous convaincre ces gens à voter le 25 février prochain ?

Personnellement, j'ai sillonné la France depuis le mois de janvier. J'ai constaté qu'il y a certes la carte nationale d'identité, mais il y a surtout des gens qui veulent soutenir le président de la République. J'ai rencontré des Sénégalais qui me disent qu'ils ne sont pas du Pds, mais qu'ils se sont inscrits pour voter pour le président de la République parce qu'ils disent que le président Abdoulaye Wade est en train de faire un excellent travail à Ziguinchor par exemple.

D'autres me disent qu'ils voteront pour le président à cause de ses réalisations. ( ). Les problèmes des Sénégalais de l'extérieur avant l'alternance avaient pour noms : allocations familiales, tracasseries douanières entre autres. Un Sénégalais de France ou des Etats-Unis qui arrivait à l'aéroport de Dakar, vivait à longueur de journée des tracasseries douanières. En route pour son terroir, il est arrêté à tout moment, fouillé. Mais dès le début de l'alternance, la première mesure prise par le président de la République a été de mettre fin à ces tracasseries douanières. Tous les Sénégalais de l'extérieur reconnaissent cela et beaucoup veulent apporter leur voix au président Wade rien que pour cela. Il y a aussi le difficile problème des allocations familiales. ( ). Le taux des allocations familiales est passé de 750 F Cfa d'avant alternance à 3 900 F Cfa par mois. La paiement est effectué dans les villages, évitant ainsi le déplacement des ayants droit.

Le président de la République a fait aussi modifier la loi pour permettre la cooptation des immigrés comme conseillers ruraux parce qu'il considère que les Sénégalais de l'extérieur sont des acteurs de développement, car ils sont souvent en contact avec les responsables politiques, des Ong françaises et sont membres d'associations qui peuvent demander des aides pour construire des écoles, des dispensaires, faire des forages, creuser des puits. ( ). C'est pour vous dire que ce n'est pas seulement la carte d'identité qui a mobilisé, mais ils ont constaté que le président de la République a répondu favorablement à leurs demandes. ( ). En plus, il leur donne la possibilité jusque dans les foyers de suivre minute par minute ce qui se passe au Sénégal à travers la télévisions sénégalaise. Ils n'ont plus besoin de venir me voir en tant que député.

La Rts dans les foyers, n'est-ce pas de la propagande ?

Ce n'est pas de la propagande. C'est nous qui l'avons demandé. Le président de la République est quelqu'un qui maîtrise bien l'immigration. En 1999, en tant que secrétaire général de la fédération, je lui ai fait visiter plus de quarante-quatre foyers. C'est le seul homme politique qui peut dire qu'il n'a pas besoin qu'on lui parle des problèmes de l'immigration puisqu'il les connaît bien. Lorsqu'il a fait cette visite, il a senti que les Sénégalais qui vivaient dans ces foyers, ignoraient ce qui se passe au pays. Il y a eu ce projet de permettre aux Sénégalais de l'extérieur de suivre leur télévision. Et il l'a finalisé. ( )

Revenons sur la préparation des élections. Avez-vous pu inscrire vos militants ?

Nous avons mobilisé nos militants pour ces inscriptions depuis le mois de janvier dernier quand je suis revenu de la session budgétaire. Nous avons entrepris une campagne d'information et de sensibilisation. Nous avons organisé des rencontres et des réunions. Quand la commission se déplaçait et que j'ai son planning, j'appelais le responsable de la section où doit se rendre la commission. Je lui demande d'informer nos militants mais aussi tous les Sénégalais. J'ai visité plus de quarante foyers. Là où je n'ai pas pu aller, j'ai été en contact avec le responsable.

Pourtant, on n'entend presque pas la Fédération en France, sinon lors des visites du président Wade

Il faut que les gens se détrompent parce que nous n'avons besoin de faire beaucoup de bruit. Nous n'avons pas besoin de taper des tam-tam pour dire que nous sommes là. Mais tous ceux qui nous connaissent, savent que nous sommes sur le terrain. Les élections ne se gagneront pas seulement en faisant beaucoup de bruit. La politique, c'est la proximité. Il faut aller vers les Sénégalais et c'est ce que je fais. Depuis le mois d'octobre, j'ai validé plus de dix nouvelles sections. Et nous avons aujourd'hui 54 sections Pds en France. La massification se poursuit. A un moment donné, quand le président Wade vient à Paris ou quand il est à Dakar, il reçoit des informations comme quoi le Pds n'existe pas en France.

On lui dit que c'est Idrissa Seck qui est fort. C'est pourquoi, nous avons voulu montrer à l'opinion nationale et internationale le 20 mai dernier au Palais des Congrès à la Porte Maillot, que le Pds reste le parti le plus important en France malgré tout ce qui se dit. Les gens du palais du congrès m'ont dit que ce ne sont deux personnes qui arrivent à faire le plein du palais du congrès. Il s'agit de Michel Sardou et Johnny Hallyday. Et la troisième, c'est Abdoulaye Wade. Nous avons réussi notre pari. Nous ne faisons pas de la politique spectacle comme le Parti socialiste qui en a l'habitude.

 Mais il y a des structures de jeunesse qui ne fonctionnent pas

Le problème des jeunes est différent. C'est un problème de leadership. Il faut reconnaître que nous avons beaucoup de difficultés avec l'Ujtl parce qu'ils sont complètement divisés. Je suis légaliste. Un groupe a été reconnu par le ministre de la Jeunesse, Aliou Sow à qui je rends hommage. C'est un homme courageux qui est venu régler le problème. C'était au temps de Yankhoba Diattara qui contrôlait également un autre groupe. Diattara ne fait plus partie du Pds, mais les problèmes ont demeuré. Ce qui fait qu'il y a jusqu'à présent un problème de leadership. Mais malgré ces divisions, ce sont des gens qui restent attachés au président Wade.

Mais certains ont rejoint Rewmi comme à Marseille, Nancy, Amiens et ailleurs. Ils ont même organisé une conférence de presse de ralliement

Les jeunes qui ont organisé la conférence de presse à Paris ne sont pas des jeunes de l'Ujtl. Ce sont des jeunes qui avaient quitté le parti et ils ne sont pas nombreux. Il y a M. Niane d'Amiens qui a été battu à plate couture par les jeunes de l'Ujtl. D'ailleurs, je me prépare à tenir un meeting à Amiens à mon retour de Dakar pour montrer à Niane que le Msis n'existe pas à Amiens. Il est en train de faire croire à Idrissa Seck que le Msis existe à Amiens alors qu'il n'en est rien. Cependant, il faut reconnaître qu'à Montpellier, les étudiants affiliés au Msis sont un peu nombreux. Mais là aussi, c'est normal parce que ce sont des étudiants qu'Idrissa Seck avait aidé à obtenir des bourses. Au moins, ils rendent l'ascenseur.

Mais ce ne sont pas des étudiants qui ont quitté le Parti démocratique sénégalais pour rejoindre Rewmi. Ce qui est important, c'est qu'on va vers des élections. Et il faut que les gens retirent leurs cartes. Nous allons les sensibiliser et les encourager à le faire. Et je n'ai pas peur pour le Pds en France.

N'avez-vous pas peur du Rewmi ?

Pas du tout ! C'est moi qui ai fabriqué tous ces gens-là ! Quand ils étaient au Pds, ils étaient avec moi. Je les ai amenés partout et, aujourd'hui, ils sont repassés après moi pour faire de la récupération, mais ils n'ont pas pu. Je tiens la communauté sénégalaise. Nous savons combien ces Sénégalais restent attachés au président Wade. Alors, je n'ai peur ni du Msis ni de l'opposition réunie. Ils le savent très bien. Et ils savent très bien qu'ils n'ont aucune chance de nous battre ici en France. Nous les battrons à plate couture le 25 février 2007. L'une des preuves, c'est que 42 villages de la communauté rurale de Bokiladji, qui étaient à l'Afp, nous ont rejoint.

Parlons des accords entre le Sénégal et la France sur l'immigration, quelles appréciations en faites-vous ?

Ce sont de très bons accords qui profitent beaucoup au Sénégal. Mais les Sénégalais se sont précipités à en parler négativement, sans en avoir lu une seule ligne. Des gens qui sont des militants du Pds m'ont appelé pour en savoir plus. Je leur ai dit que je n'avais pas encore lu le rapport et qu'ils attendent que je le fasse pour me faire une idée. Quand j'ai lu le rapport, j'ai constaté qu'il y a des avancées significatives dans beaucoup de domaines. Par exemple, un opérateur sénégalais qui avait beaucoup de mal à obtenir un visa, peut l'avoir facilement aujourd'hui avec ces accords. C'est pour vous dire que les gens ont mis l'accent sur le rapatriement. Mais ils ne savent pas que celui-ci existait avant les accords. La France est un pays souverain. Quand elle décide d'expulser une personne en situation irrégulière, le président Abdoulaye Wade n'y peut absolument rien. Mais il a demandé aux autorités françaises de respecter la dignité humaine. Il leur a aussi demandé que si la France expulse des Sénégalais en situation irrégulière, le Sénégal en ferait autant s'il y a des Français dans le même cas.

Mais les expulsés sénégalais n'ont-ils pas plus à perdre que les Français ?

Je ne le crois pas parce qu'il y a des Français qui font la pluie et le beau temps au Sénégal. Quand ils seront expulsés, ils ressentiront la même chose que les Sénégalais parce qu'ils y font des affaires. Beaucoup de Français cherchent aussi à gagner leur vie au Sénégal.

Un Sénégalais en situation irrégulière entretient au moins une dizaine de personnes au Sénégal. Est-ce que l'impact n'est pas plus important de ce point de vue ?

Je suis d'accord sur ce point. Mais le président de la République a tout le temps souhaité que le gouvernement français assouplisse ses positions concernant l'immigration. Nous avons dit que ces immigrés, même clandestins, contribuent au développement économique et social de son pays. Quand un immigré arrive en France et vit dans un foyer, il doit militer dans une association villageoise. Les cotisations sont obligatoires et servent à construire une école, à creuser un puits, un collège. C'est pourquoi nous avons tout le temps plaidé pour la révision des conditions d'immigration de la France, mais elle ne veut rien savoir. Nous ne pouvons pas l'y obliger.

Ce qui choquerait les Sénégalais, c'est le fait que les autorités aient formalisé l'expulsion des Sénégalais

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L'accord est là (Il montre le passage concernant l'expulsion des Sénégalais en situation irrégulière, Ndlr). On ne l'a pas formalisé du tout. L'accord traite beaucoup plus le cas des opérateurs économiques qui n'avaient pas la possibilité d'en avoir, des artistes, des universitaires (...) Les autres thèmes de l'accord concernent la participation des migrants au développement de leur pays d'origine, visa et circulation, admission au séjour étudiant, visa de transit, travailleur membre de famille et regroupement familial, surveillance des frontières, coopération dans le domaine de la santé, coopération dans le domaine de l'agriculture et de la pêche, coopération dans le domaine financier, coopération décentralisée, actions communes de communication, mise en oeuvre.

Ce n'est pas l'immigration choisie ?

Non ! Tout le monde a entendu la position de Wade sur l'immigration choisie. Il a dit qu'il est contre cela. Nicolas Sarkozy peut l'appeler immigration choisie, nous nous l'appelons immigration concertée. ( ). Le Sénégal et la France ont chacun proposé un document de base de travail qui a produit cet accord. Pour nous, c'est la concertation parce que ce n'est plus Sarkozy, qui est à Paris, qui décide de ce qu'il veut faire des Sénégalais en situation régulière ou irrégulière.

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